La question du lieu dans un roman ou une nouvelle

Nom de villeSi la question des personnages est très souvent abordée, celle concernant les lieux l’est beaucoup moins. Je m’interroge sur la façon de situer le cadre dans lequel se déroule une histoire. Vaut-il mieux faire appel à un lieu qui existe vraiment ? Faut-il le nommer ou lui inventer un nouveau nom ?

Bien entendu, la question se pose moins lorsqu’il s’agit d’un récit fantastique ou  de science fiction, sauf à mélanger les genres. Je pense plutôt aux histoires réalistes, celles qui se déroulent de nos jours.

Pour situer le cadre de vie de votre héros, avez-vous pour habitude de nommer la ville dans laquelle il habite ainsi que tous les lieux qu’il va traverser ? Ou bien préférez-vous rester évasif et vous limiter à des descriptions, tout en vous inspirant d’un lieu réel, mais sans jamais le nommer ? Ou alors inventez-vous un nom de toutes pièces ? C’est ce que j’ai fait pour « La révélation » avec Saint-Sauveur.

Pour ma part, lorsque je dois décrire un lieu (une ville) j’hésite toujours. Décrire certaines rues ou quartiers de Paris en utilisant leur vrai nom ne me pose pas de problème. C’est une ville cosmopolite, mondialement connue, où tout peut arriver. En revanche, nommer la petite ville dans laquelle j’ai grandi ou celle où je vis actuellement, me donne l’impression d’ôter de la saveur à l’intrigue, d’en faire quelque chose d’étriqué.

J’éprouve cette même réticence lorsque je lis un roman dans lequel une partie de l’intrigue se déroule dans une ville que je connais bien. Comme si, bizarrement, la description d’un quartier ou d’une rue que j’ai déjà vue faisait perdre de la crédibilité ou de la force à l’histoire. En revanche, aucun problème lorsque par exemple je lis un auteur américain. Il s’agit de lieux qui ne me sont pas familiers, que je découvre à travers le regard du romancier et qui ont du coup un petit air d’exotisme. Et pourtant, ils existent réellement.

Vaut-il mieux inventer le nom d’une ville ? Si elle est imaginée de toutes pièces, faut-il malgré tout la situer avec précision ou rester évasif ?

Autre chose : pensez-vous qu’il faut décrire l’environnement dans lequel vit le héros dès les premières pages ou faut-il instiller les descriptions par petites touches tout au long du récit ?

Merci d’avance pour vos témoignages…

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31 réflexions sur “La question du lieu dans un roman ou une nouvelle

  1. Je ne donne jamais de nom de lieu, parce que je préfère laisser libre l’imagination des lecteurs. Je fais des descriptions, des mélanges de différents endroits et libre aux lecteurs de situer l’action où ils le souhaitent, ça permet une certaine identification.
    Et je décris par petites touches, tout comme les descriptions physiques. Je préfère donner des détails dans l’action que de dresser tout un portrait.

    • Je pense que si les descriptions sont réussies et l’intrigue prenante, le fait de nommer les lieux peut donner une certaine crédibilité à l’histoire. Lorsque j’ai écrit l’article, je voulais prendre Stephen King comme exemple. Heureusement que je suis allée vérifier : j’ai découvert que la grande majorité des noms de villes qui reviennent dans ses romans sont pure invention, tout en s’appuyant malgré tout sur des endroits bien réels, la plupart situés là où il vit, dans le Maine.

      • Oui, aussi.
        Pour ma part, je ne veux pas limiter le lecteur à ma ville, d’autant plus que bon, une ville de Belgique, je ne sais pas si ça a beaucoup de charme. J’aime autant laisser dans le flou, libre aux lecteurs de situer l’action là ou là, sachant que c’est une ville et pas la mer ou la montagne. C’est peut-être une erreur, je ne sais pas, mais je suis tellement nulle en géographie, j’ai si peu voyagé que j’aurais l’impression de mentir… :/

      • Quand tu écris « une ville de Belgique, je ne sais pas si ça a beaucoup de charme », c’est exactement ce à quoi je fais référence : je ne peux pas évoquer une ville que je connais bien, parce que je la connais trop bien. Il ne peut rien s’y passer d’intéressant à raconter. Alors qu’ailleurs, tout doit être tellement plus palpitant…

      • Oui, c’est vrai. Et comme moi, je ne connais pas cet ailleurs, je n’ose pas y faire référence, parce que ça sonnerait faux, même super bien documentée (je fais beaucoup de recherches pour mes romans). Tu me diras, quand je décris un meurtre, c’est pareil, je ne connais pas… Cer, mais, quand il s’agit de lieux, je ne sais pas, j’ai du mal.

      • Et oui, tu vois, pour un meurtre ça ne te pose pas de problème, alors que pour un lieu c’est plus compliqué…
        Y a-t-il un psychanalyste dans la salle ? 🙂 Bon, je plaisante mais je crois qu’il y a un vrai sujet. J’espère en tout cas ne pas te perturber pour tes prochains écrits.

    • Tiens donc ! Tu ne sais plus où tu situes tes histoires… Il est vrai que quelquefois cela n’a pas la moindre importance, surtout s’il s’agit d’un conte (quelque part dans une lointaine contrée…).

      • C’est exactement ça ! Je construit le décor autour de l’histoire. Une histoire de folie se situe ds le cerveau, donc je planterai ce décor-là, selon mes propres critères. Une histoire se situait avant le bing-bang, j’ai crée mon décor quelque part avant l’univers… etc. Mais c’est souvent au second plan. C’est d’abord l’histoire. Mais parfois je plante un décor en avant pour donner une ambiance…

      • Pour les histoires courtes, c’est vrai que le décor n’est pas primordial, mais imagine une histoire de 100 pages, qui plus est une histoire réaliste. Difficile de s’en sortir sans un minimum de descriptions.

  2. Comme toi je ne me vois pas donner le nom du village où je vis sauf si sur un coup de folie je me mettais à écrire mes mémoires !!! Sauf pour Paris ou autres mégapoles comme tu le dis aussi ! Sinon, j’aime quand même en tant que lectrice avoir une idée du lieu pour le climat de l’histoire, mais j’aime aussi la petite part de fantastique qu’il peut y avoir à partir d’un lieu qui existe déjà, là ça devient intéressant… Qu’importe le nom après tout du moment qu’on arrive à situer l’action (et sa crédibilité) au nord, au sud, à l’ouest, à l’est, à la mer, à la montagne et ça permet des descriptions sans pour cela en faire des tonnes non plus, juste par « instillations » comme tu le dis encore ! Tu sais très bien le faire mais puisque tu demandes, on te donne notre avis ! 😆

    • Pour la part de fantastique, il faut que le village ou la ville ait quelque chose de spécial, non ? Peut-être un village médiéval, chargé d’histoire…
      Ah mais oui, je demande ! Quand j’ai des interrogations, je trouve intéressant d’avoir le point de vue des autres (et pas n’importe quels « autres »). 🙂

  3. Je crois que je ne situe jamais mes récits dans un lieu… J’y place des détails concrets et bien réels mais sans aucun lieu. Libre à l’imagination du lecteur de se créer ses propres images à partir de mes mots.

  4. J’ai pas de règles très strictes : donc au feeling ! Mais quand je vais décrire un lieu, je sais d’avance la totalité des caractéristiques à décrire – que j’ajoute au texte ou pas.
    Un lieu très précis est requis si celui-ci a une influence dans l’intrigue, ou si l’auteur veut être encadré – ça rassure souvent. S’inspirer d’une ville réelle permet d’éviter les incohérences éventuelles. On peut chercher à mettre en avant l’exotisme de notre ville natale et ainsi la redécouvrir.
    Si un lieu qu’on connait rend fade le récit – c’est souvent parce qu’on un vécu routinier avec ce lieu – alors il faut faire lire à quelqu’un qui ne le connait pas. Sinon chercher à rendre le récit extraordinaire.
    Une description par petite touche me semble l’idéal surtout si on la croise avec d’autres éléments de la fiction. Sauf si on veut combler un manque d’action dans le texte.
    Et pour les noms, on peut se donner des fantaisies en le nommant par un surnom mignon, ou sa qualité principale, un anagramme… Ex dans les séries de flic new-yorkais, le district 12 n’existe pas en vrai ( on a bien le 11 et le 13.)
    Voilà comment je procède – sans être exhaustif. J’espère que ça va t’aider. Parce que avoir des théories, c’est bien, mais il faut les comprendre…
    PS: ça existe le mot « instillations » en VF ?

    • Tiens, c’est vrai : un lieu peut avoir une influence dans l’intrigue… Je n’y avais pas pensé. Je le voyais plus pour aider à la visualisation des différentes scènes. Je pense que la visualisation est un élément essentiel pour captiver l’attention et amener le lecteur à imaginer ce qui se passe.
      Merci pour tous ces détails merquin.
      Quant à « instillation », il existe bien en VF, mais le sens en a été légèrement détourné… A partir d’aujourd’hui, le mot devrait vivre sa propre vie… 🙂

  5. Il me semble que, si on veut rendre un roman « réaliste » il vaut mieux le situer précisément, où en tout cas donner une idée de la région où on se trouve et des paysages qu’on peut y voir. Après, on peut ne pas vouloir citer le nom précis de tel petit village et on peut toujours inventer un faux nom de village. C’est valable bien sûr pour les romans où il y a beaucoup de descriptions et où l’action se déroule souvent en extérieur. Mais s’il y a beaucoup de huis clos et que le paysage n’a aucune importance, on peut imaginer de toutes pièces les noms de rues, de villes, de fleuves, etc. ou rester carrément évasif et ne rien préciser du tout. Dire juste « le village », « la rivière », « la cathédrale », etc.

    Personnellement, j’écris actuellement un récit autobiographique qui se déroule à Paris dans certains lieux bien précis, et je compte déplacer l’action dans un autre quartier – mais en restant à Paris.

    • Finalement, j’ai l’impression qu’utiliser un lieu bien réel mais en le nommant différemment est une bonne formule. Qu’est-ce qui te motive lorsque tu dis que tu vas déplacer l’action de ton récit dans un autre quartier ? Il y a forcément une raison pour que tu le fasses…

  6. Je me suis posée le même genre de questions pour un projet sur lequel je travaille actuellement… Je trouve intéressant moi quand le récit est ancré dans la réalité au point de connaître avec précision les lieux de l’action, ça me donne une impression d’intimité plus grande avec le récit et le héros ! Du coup, j’ai fait beaucoup de recherches, que je continue encore, mais je cite les lieux où mes personnages passent (quand ce sont de grandes villes, sinon, je reste évasive, je pense que du coup je suis à mi-chemin entre deux extrêmes).

    Après, pour l’une de tes autres questions, je préfère distiller des informations au compte-goutte, dans un juste équilibre, il ne faut pas non plus que les informations sortent de nul part pile quand on en a besoin… Mais je ne suis pas forcément fan de donner absolument tous les détails dès le départ, c’est moins intéressant et c’est trop dense.

    • Si tu fais beaucoup de recherches, c’est donc que tu utilises des lieux que tu ne connais pas ou peu, je suppose. Voilà : qu’est-ce qui fait qu’on est plus enclins à décrire des endroits qui ne nous sont pas familiers ? L’intérêt pour la nouveauté ? Parce qu’on a l’impression que tout est possible, alors que dans la ville où on habite il ne se passera jamais rien… ?
      Je suis tout à fait d’accord pour ne pas donner tous les détails d’un coup, au début. Comme tu dis, ce serait trop dense, avec de longues descriptions qui inciteraient le lecteur à fermer le livre au bout de quelques pages.

      • C’est une bonne question, je ne m’étais jamais demandé pourquoi je suivais d’instinct une telle démarche. Encore une fois je suis à mi-chemin entre les deux. J’ai décidé que mon héroïne voyagerait, je n’ai jamais vraiment visiter énormément de pays, je dois donc faire des recherches. Par contre, quand je la fais évoluer en Bretagne, je visualise ma campagne sans nommer de nom de lieu (son nom de famille vient quand même du lieu dit où vit un membre de ma famille). Pour une autre de mes nouvelles, j’ai décrit également ma campagne…

        Mais je ne citerai jamais clairement le nom… Peut-être parce que ça rejoint la notion d’intimité que j’évoquais ? Mon chez moi, c’est du domaine de l’intime, pour le moment je ne suis pas prête à donner le nom exact et à m’en servir si clairement. Pourtant je trouve toujours ça touchant quand le lieu est nommé et décrit avec précision, que ce soit pour de la fiction ou de l’autobiographie.

      • 🙂 – Non, juste de l’histoire qui se déroule, de ce qui concrètement se raconte. Dépouillement ..? Disons efficacité du récit ; je viens du théâtre et ça a son ifluence. Souvent les lieux sont interchangeables, pas ce qui se passe ; en théâtre aussi je défend que le concept de personnage(s) est caduque – vieux réflexe français. Les russes ou allemands, même les anglais sont dans l’action.

  7. Coucou MCL
    Je situe rarement un lieu précis sauf si je le connais bien …
    J’ai voulu un jour participer à un concours de nouvelles (Noires de Pau)
    Une des contraintes était que l’action devait justement se passer à Pau, et bien malgré toute la doc que l’on peut trouver sur cette ville et une idée d’histoire je n’ai pas réussi à boucler la nouvelle du fait de la difficulté de situer l’action dans un Pau crédible 🙂
    Bonne soirée 😉

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