La révélation — 11 —

Serrure

Épisode précédent

Soudain, Jules fut distrait de ses pensées par le bruit d’un claquement de portière. Il n’avait pas entendu la voiture s’approcher. Aujourd’hui, à la veille de Noël, il n’avait pris aucun rendez-vous et n’attendait personne. Il se pencha et aperçut, par la fenêtre qui donnait sur l’allée, la voiture de Guy Cauchois, l’homme à tout faire qui passait une fois par semaine au château pour effectuer tous les menus travaux qui s’imposaient dans une aussi grande bâtisse. Le sac de plastique qu’il tenait à la main était orné du logo rouge et or d’une grande enseigne de bricolage. Dès qu’il entendit ses pas dans le hall d’entrée, l’intendant le héla.

—Je m’apprêtais à faire du café ! Vous en voulez ?

Les deux hommes se serrèrent chaleureusement la main.

— Avec grand plaisir ! fit Guy tout en posant le sac sur une chaise avec précaution.
— Mais dites-moi, on dirait que vous transportez des œufs dans ce sac !
— Vous ne croyez pas si bien dire ! J’ai acheté tout un lot d’ampoules, répondit l’homme en souriant. Aujourd’hui, j’ai décidé de m’occuper de l’éclairage. L’autre jour, j’ai tout passé en revue, intérieur et extérieur.
— A ce propos, j’ai remarqué que la lumière du lampadaire, là sur le perron, donne une très faible clarté, fit Jules sans lever les yeux de la cuillère qu’il venait de remplir de café moulu. Le matin, il fait si sombre que je crains toujours de trébucher.
— A 8 heures, il fait encore nuit. Quelle idée aussi de venir travailler à l’aube ! Bientôt ça ira mieux. Vous verrez, dès le début du printemps ! Bon, je plaisante, ajouta-t-il, le regard malicieux. Promis, je mettrai une ampoule plus puissante.

L’intendant approuva en hochant la tête, tout en versant l’eau dans le réservoir de la cafetière. Lorsqu’elle atteignit le niveau requis, Jules rabattit le couvercle et appuya sur l’interrupteur.

—Tiens, j’y pense, ce matin je n’ai pas réussi à ouvrir la porte qui mène au parc. Ca tombe bien que vous soyez là. Vous avez essayé de l’ouvrir récemment ?
— Non. Je ne passe jamais par là. Allons-y tout de suite, on sera fixés.

Jules ouvrit un tiroir, à la recherche du deuxième trousseau de clés et prit celui qu’il avait posé sur son bureau.

— Je prends aussi mon trousseau, sait-on jamais, fit l’homme à tout faire.

Les deux hommes s’engagèrent dans le hall, contournèrent l’imposant escalier de marbre et se dirigèrent vers l’entrée nord qui donnait sur le jardin. Guy ouvrit le volet intérieur puis inséra sa clé dans la serrure. Il ne parvint pas à la faire tourner. Les deux autres clés donnèrent le même résultat.

— La dernière fois que vous l’avez ouverte, c’était quand ? interrogea Guy.

Sans attendre la réponse, il ajouta :

— On dirait qu’elle a été forcée.

Les deux hommes se regardèrent, interloqués.

— Une chance que rien n’ait été dérobé, ajouta l’intendant. Heureusement, il semble qu’ils n’aient pas réussi à entrer.

Guy s’était accroupi pour examiner la serrure de plus près. Il resta silencieux pendant un bon moment, passant le doigt le long de la plaque de laiton ouvragé, comme s’il recherchait un indice. Lorsqu’il se releva, il semblait préoccupé. Du pouce, il frottait pensivement son menton. Il prit alors une grande inspiration.

— Elle a été remplacée.
— Quoi ? Qu’est-ce qui a été remplacé ?
— La serrure.

Jules sentit un froid glacial lui parcourir l’échine. L’idée même que quelqu’un ait pu pénétrer dans le château sans y être invité était inconcevable. D’autant plus que l’alarme ne s’était jamais déclenchée, ce qu’il fit remarquer à l’homme à tout faire.

— Bon. Vous avez raison. Ce n’est pas normal, l’alarme aurait dû se déclencher. Je reviendrai après-demain pour la vérifier. Et j’en profiterai pour changer la serrure. Et si c’était le patron qui l’avait fait remplacer. Vous pourriez lui demander ?
— Oui, bien sûr. Je n’y avais pas pensé mais vous avez sûrement raison. C’est lui qui a dû s’en occuper. Il aura oublié de m’en parler. Allez venez, allons boire le café…

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Des mots une histoire

lancé par Olivia Billington sur son blog.

Les mots imposés :

lumière – éclairage – clarté – lampadaire
attente – rendez-vous – quand – bientôt
demain – jour – nuit – aube – début

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Les coulisses

Cette fois-ci, je n’avais écrit que le début avant de découvrir les mots. Par chance, la visite de l’homme à tout faire était prévue. La question de l’éclairage avec les ampoules à remplacer s’est rapidement imposée. Quant au reste, pas de difficulté particulière. Les mots n’avaient rien d’incongru cette fois-ci.

La révélation — 10 —

Bureau

Épisode précédent

L’intendant s’installa à son bureau. Comme d’habitude, tout était à sa place. Aucun papier ne traînait. Le pot à crayons était rempli d’un assortiment de stylos bille et de crayons bien appointés. L’usure de la vieille règle en bois, posée sur le sous-main de cuir vert bouteille, témoignait d’une utilisation intensive. Sur le côté droit, quelques lettres dépassaient d’un trieur assorti au nécessaire de bureau. Jules ouvrit le tiroir dans lequel il avait rangé le livre et le posa devant lui, puis il attrapa sa sacoche et en sortit le deuxième exemplaire, ainsi que le calepin dans lequel il avait noté les coordonnées des librairies à contacter. Un coup d’œil à la pendule murale lui confirma que l’heure était venue. Il décida de commencer par la librairie lyonnaise. Celle-ci était située rue Saint-Jean, dans la vieille ville, qu’il avait visitée il y a bien longtemps, lors d’une escapade amoureuse alors qu’il était fiancé à Marie-France, son ex épouse. Il avait eu grand plaisir à  découvrir ce quartier pittoresque et en gardait un très bon souvenir. Il décrocha le téléphone.

— Allo, je suis bien à la librairie Plumes ?
— Oui, monsieur. Je peux vous renseigner ?
— Oui. C’est au sujet d’un livre ancien. Heu…
— Ca tombe bien, c’est notre spécialité, répondit l’homme au bout du fil d’un ton enjoué.

Jules  esquissa un sourire, coupé dans son élan. Il se sentait un peu ridicule. Néanmoins, il poursuivit et expliqua ce qui l’amenait.

— Et bien… vous me voyez désolé. J’ai vendu le livre la semaine dernière, le jeudi pour être exact. Je suppose que le catalogue que vous avez consulté n’avait pas encore été mis à jour, c’est pourquoi le titre y figurait encore. Le nombre d’exemplaires de cet ouvrage est très restreint et il est très peu recherché. Je suis étonné qu’il ait pu intéresser deux collectionneurs différents quasiment en même temps. Quelle drôle de coïncidence !
— Est-ce que vous vous souvenez de l’acheteur ?
— Et bien, oui, ma foi. Nous ne vendons pas de livres de cette valeur tous les jours. C’était un homme. Il devait avoir la cinquantaine. Ou peut-être soixante ans. Je ne sais pas…
— A tout hasard, auriez-vous son nom ? Ses coordonnées peut-être ?
— Je ne suis pas autorisé à vous dévoiler son identité. Je pense que vous comprendrez, ajouta le libraire après s’être raclé la gorge.
— Oui, bien sûr… Juste une dernière question : est-ce qu’il vous a réglé en espèces ?
— En effet. Il a réglé en espèces, bien que nous acceptions rarement ce mode de paiement pour un objet d’une telle valeur.

L’intendant comprit qu’il n’en saurait pas davantage et abrégea la conversation. Après avoir chaleureusement remercié son interlocuteur, il raccrocha, un peu dépité. Le libraire ne se souvenait pas d’avoir vu des illustrations. Aucune indication relative à de quelconques gravures ne figurait non plus dans son catalogue. Hormis le fait qu’il pouvait s’agir du même acheteur que la fois précédente, à la librairie Delachaux, Jules avait l’impression de n’avoir pas avancé d’un pouce. Heureusement, il restait la deuxième adresse, dans laquelle il fondait tous ses espoirs. Il composa le numéro.

« Vous êtes bien à la librairie Ex libris. Nous ne sommes pas en mesure de vous répondre actuellement. Nous vous invitons à renouveler votre appel ».

Jules souffla, exaspéré par ce nouveau contretemps, tout en réalisant qu’il lui fallait absolument s’occuper de la réservation du restaurant pour le repas du lendemain. Il fouilla dans son portefeuille, examinant une à une les cartes publicitaires qu’il conservait précieusement dans une pochette. Il se faisait une joie d’offrir à sa fille un repas de Noël digne de ce nom. Finalement, il jeta son dévolu sur un petit carton de couleur pourpre, sur lequel figuraient les coordonnées d’un restaurant réputé. Après ses précédents fiascos, l’intendant se dit que c’était une erreur d’avoir attendu aussi longtemps. Un nouvel échec lui plomberait le moral. Aussi, c’est envahi d’un grand doute qu’il décrocha le combiné.

— Vous savez, il vaut mieux réserver plusieurs jours à l’avance en période de fêtes, fit son interlocuteur sur un ton de reproche. D’ailleurs, nous étions déjà complets en fin de semaine dernière.
— Et bien…, hésita Jules.
— Heureusement pour vous, nous avons eu une annulation de dernière minute ce matin. Vous avez beaucoup de chance !

Jules, soulagé, lui laissa ses coordonnées.

— Je note donc une réservation pour deux personnes, au nom de monsieur Longuemart, pour demain à 12 h 30. Je vous souhaite une très bonne journée. A demain…

Jules réalisa qu’il l’avait échappé belle. C‘était quitte ou double, comme dans les jeux de hasard. Cette fois-ci, la chance semblait enfin lui sourire. Il en avait bien besoin. Il composa à nouveau le numéro de la librairie Ex Libris. En vain. Il tomba une fois de plus sur le répondeur. Avant de se replonger dans ses recherches, il décida de consulter la presse locale, à laquelle il s’était abonné. Il se connecta sur le site des Echos de l’Ouest. Sur la page d’accueil figurait le proverbe du jour, qu’il trouva particulièrement subtil :
« La jeunesse est le temps d’étudier la sagesse; la vieillesse est le temps de la pratiquer. »
Jean-Jacques Rousseau

Hélas, il déchanta bien vite. Le journal avait profité de son précédent article sur le blog du château pour relancer la polémique. C’était fâcheux. Il n’était pourtant pas dans les intentions de Jules de remettre de l’huile sur le feu, bien au contraire. Les médias avaient pour habitude de s’engouffrer dans la brèche, dès lors qu’ils tenaient un os à ronger. Qui plus est dans une petite ville de province où la rubrique des faits divers faisait rarement les gros titres. Même s’il n’était pas en première page, l’article occupait tout de même deux colonnes. L’intendant haussa les sourcils d’exaspération, tout en hochant la tête. Madame le maire allait le maudire, pire, en faire son ennemi juré. Mieux valait faire profil bas car c’était une adversaire à laquelle il préférait ne pas se frotter. « Qui sait, se dit-il, avec les fêtes, l’affaire aller se tasser ».

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Des mots une histoire

lancé par Olivia Billington sur son blog.

Les mots imposés :

sagesse – proverbe – absolument – subtil – vieillesse
ennemie – adversaire – jeu – échecs – fiasco
erreur – accepter – joie – plaisir – offrir

 

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Photo Pat Berardici, avec l’aimable autorisation de son auteur

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Les coulisses de l’histoire

 

 

La révélation — 8 —

Nouveau théâtre

Épisode précédent

Il était l’heure de se préparer pour aller à la représentation. Charlotte était encore dans la salle de bains. Comme toujours, elle se faisait attendre. Pierre en profita pour consulter ses messages. L’un d’eux attira son attention. Il s’était abonné au blog du château et un e-mail d’alerte l’informait de la parution d’un nouvel article. Il cliqua pour suivre le lien.

— Ça y est, je suis prête !

Charlotte était radieuse. Vêtue d’un élégant tailleur pied de poule noir et blanc, d’un foulard de soie rouge et d’escarpins assortis, elle avait un chic fou. Soigneusement maquillée, mais avec discrétion. A 48 ans, mieux valait avoir la main légère. Elle sourit à son image dans le miroir du vestibule, remit en place une mèche blonde puis, satisfaite, se dirigea vers le salon tout en enfilant son manteau.

— Pierre, je suis prête ! Où es-tu ?

— J’arrive !

— C’est toi qui va nous mettre en retard maintenant, fit-elle avec malice. Mais qu’est-ce que tu fais ?

— Rien, j’arrive.

Charlotte le rejoignit dans son bureau.

— C’est quoi ça ?

— Rien, je te dis. Allez, on y va !

— Attend…

Charlotte fixait l’écran en écarquillant les yeux, le souffle suspendu. Peu à peu son visage se décomposa. Ca n’allait donc jamais s’arrêter. Elle qui espérait que l’histoire allait se tasser, voilà que ce Longuemart récidivait. Pour quelle raison s’acharnait-il à ce point et faisait-il preuve d’autant de cruauté à son égard ?

— Écoute, ma chérie, calme-toi. Ça va s’arranger. Tu vois bien, il fait des excuses publiques et il va même…

— Des excuses ! S’il n’avait pas commencé, il n’aurait pas besoin de s’excuser. Et puis quelle mouche l’a piqué ? Il veut faire la vérité sur quoi ? Il n’y a rien à dire !

— Tu as raison. Mais tu ne dois pas te mettre dans des états pareils. Tu te fais du mal inutilement.

— Et comment je devrais le prendre à ton avis ?

Pierre ne répondit pas. Il la prit simplement dans ses bras. Charlotte ravala les larmes qu’elle sentait monter. Elle n’aimait pas se montrer faible, mais c’était si bon de se laisser aller dans la douce chaleur de ces bras protecteurs. Abandonnée, elle ne put réprimer un sanglot. Pierre la serra encore plus fort.

— Si tu veux, on reste ici, murmura-t-il à son oreille.

Elle se dégagea doucement de son étreinte.

— Non ! Il n’en est pas question !

Pendant qu’elle se rafraichissait, Pierre éteignit l’ordinateur, un peu déçu. Finalement, il aurait préféré rester à la maison avec elle, la cajoler, la réconforter. Il aimait bien endosser le rôle de chevalier servant toujours prêt pour sa dulcinée. Résigné, il enfila un pardessus en cachemire gris et enroula autour de son cou l’écharpe de laine que Charlotte lui avait offert pour son anniversaire. Elle trouvait que ce simple accessoire, en ajoutant une touche de raffinement à sa tenue, lui donnait une certaine prestance.

A vingt heures passées, les abords du théâtre étaient déjà impraticables. La pièce avait attiré un public nombreux. Heureusement, Pierre avait trouvé facilement à se garer, dans le petit parking situé à l’arrière de la cathédrale. Lorsqu’ils sortirent de la voiture, quelques gouttes commençaient à tomber. Surpris par la pluie, un joueur d’orgue de Barbarie, qui s’était installé sur le parvis, s’empressa de ranger tout son attirail. Il se réfugia sous un porche, à proximité d’un soupirail qui crachait une épaisse vapeur à la moiteur presque bienfaisante, tant le froid était vif. A l’approche des fêtes, les rues étaient animées. Après la fermeture des magasins, on pouvait encore croiser quelques passants restés en ville pour admirer les illuminations ou pour boire un verre de vin chaud au marché de Noël. Pierre et Charlotte hâtèrent le pas en direction du théâtre. Une affiche aux couleurs criardes annonçait déjà le prochain spectacle : « La mousson ».  Alors qu’ils atteignaient les dernières marches du perron, ils aperçurent Philippe Martin, en compagnie de son épouse, en train de pavoiser au milieu d’un petit groupe de notables.

— Quand même, chuchota Pierre, j’ai du mal à me faire à l’idée qu’elle s’appelle Alizée, avec sa tête de gargouille. Il pouffa, ravi d’avoir pu soutirer un maigre sourire à son épouse.

Martin expliquait avec force gesticulations comment l’idée de créer plusieurs espaces lui était venue. L’agencement en niveaux séparés de quelques marches et l’utilisation de matériaux tels que le verre, le bois et l’acier en faisait un ensemble aéré, sans pour autant donner l’impression d’une bâtisse impersonnelle et sans âme. Charlotte ne pouvait pas se permettre d’ignorer la présence de son adversaire, surtout en de telles circonstances. Elle s’approcha du petit groupe, la tête haute, suivie de son époux.

— Charlotte, comment allez-vous ?

— Très bien, mon cher. Vous admirez votre œuvre ?

En s’adressant à lui en tant qu’architecte, elle ignorait délibérément le candidat à la mairie.

— Ma foi, mes amis étaient en train de me dire que c’était une véritable réussite, ce dont je suis très flatté, même si cela remonte maintenant à quelques années.

— Vous pouvez, au prix que cela a coûté à mon prédécesseur. Mais dites-moi, j’ai appris qu’il avait fallu procéder à quelques réparations. Une gouttière, si je me souviens bien. Serait-ce un défaut de conception ? ajouta-t-elle d’une voix aigre-douce.

— Bon, nous devons vous laisser, fit Pierre, en saisissant le bras de son épouse. La pièce ne va pas tarder à commencer.

Tous deux s’éloignèrent, sous le regard agacé de Martin.

— Tu  crois que je n’aurais pas dû ? fit-elle.

— Au contraire ! Mais il faut toujours savoir s’arrêter à temps. Là, tu ne lui as même pas laissé le temps de répondre. Tu lui as coupé l’herbe sous le pied !

Charlotte sourit. Elle avait épousé un homme admirable. Vraiment admirable. Ils entrèrent dans la salle de spectacle et s’installèrent. Quelques instants plus tard, la pièce commençait. Un agréable moment de répit après toutes les émotions de ces derniers jours.

Épisode suivant

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Ceci est ma participation au défi  « Des mots, une histoire 127″

Des mots une histoire

lancé par Olivia Billington sur son blog.

Les mots imposés :

élégance – prestance – raffinement – cruauté – barbarie
orgue – cathédrale – gargouille – gouttière – pluie
mousson – alizés – moiteur – douce – laine

Consigne facultative : commencer le texte par la lettre A et le terminer par la lettre Z

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Les coulisses de l’histoire

Toujours dans la continuité : le texte est écrit au préalable, puis j’insère les mots de ci de là, tant bien que mal… Vous noterez qu’il m’a fallu un peu ruser pour « gargouille », « mousson » et « alizés ».

Quant à la consigne facultative, et bien… elle était facultative et donc je l’ai carrément ignorée.

 

La révélation — 7 —

Château

Épisode précédent

L’intendant expédia le déjeuner tant il avait hâte de s’atteler à la tâche. Travailler le dimanche ne le dérangeait pas. Il avait la chance de pouvoir s’organiser comme il le voulait, son employeur lui laissant entièrement carte blanche. Il s’agissait de l’actuel propriétaire du château, un richissime marchand d’art. Celui-ci possédait plusieurs galeries à travers le monde et était tombé sous le charme dès qu’il avait aperçu le domaine de Saint-Simon. La situation géographique de la bourgade avait fini de le convaincre : à une heure de la montagne, elle bénéficiait d’un air si pur que la municipalité n’avait jamais eu à se soucier du sujet de la pollution.  Véritable aubaine pour la ville, le château et les terres attenantes avaient été cédés au marchand d’art pour une somme rondelette. L’entretien de la bâtisse représentait une charge que même la région ne pouvait assumer. Le château serait tombé en décrépitude sans l’offre inespérée de cet acheteur providentiel. Outre l’intendance, il avait confié à Jules Longuemart le soin d’effectuer des recherches sur son histoire. A la réflexion, madame de Frontignolles avait œuvré indirectement à la sauvegarde du monument en prenant cette sage décision.

L’intendant commença à admettre qu’il avait pris les choses un peu à la légère. Depuis toutes ces années il lui en avait voulu, alors qu’elle avait les mains liées. Elle ne pouvait pas se permettre de rouvrir les portes du château, pas plus que de lui offrir un poste d’intendant. A présent, il était grand temps de réparer les erreurs du passé. La première chose à faire était de rédiger un nouvel article sur le site du château. Depuis la veille, l’idée lui trottait dans la tête. Il tenta d’expliquer que ses allégations avaient peu de valeur. A supposer qu’il reste une descendance de la baronne de Saint-Simon, ce qui restait à prouver, rien ne permettait de dire que la dite descendance allait reproduire le même schéma. Il s’en voulait d’avoir ouvert une boîte de Pandore à laquelle il aurait mieux valu  ne pas toucher. Enfin, il se confondait en excuses et promettait de faire le jour sur toute cette histoire. Au moment où il cliqua sur le bouton « Publier »,  la bulle de culpabilité qui l’enveloppait commença à se diluer. Il soupira, enfin soulagé.

Jules enfila une paire de gants en coton blanc et sortit le livre du tiroir. Il le manipulait avec précaution. Ses gestes étaient lents et précis. Il prit quelques clichés afin de les comparer avec ceux déjà réalisés et les téléchargea sur son ordinateur. L’impression de réinventer le jeu des sept erreurs le fit sourire, alors que les photos s’affichaient sur l’écran, côte à côte. C’était étrange. Pour quelle raison l’artiste aurait-il peint des portraits avec aussi peu de différences ? Etaient-ce des esquisses ? Au vu du travail effectué, il était permis d’en douter. Jules fronça les sourcils. Quelque chose le tracassait. Etait-il possible qu’il y ait eu d’autres exemplaires de l’ouvrage, tous différents ? Sans trop savoir où cela le mènerait, une idée commença à germer : il devait en avoir le cœur net. Heureusement pour lui, Internet était accessible 7 jours sur 7. Il lança une recherche sur le titre de l’ouvrage et finit par trouver ce qu’il cherchait. Vingt quatre exemplaires avaient été répertoriés. La plupart appartenaient à des collectionneurs qui souhaitaient rester dans l’anonymat. Hormis les deux exemplaires en sa possession, deux autres ouvrages restaient accessibles, l’un dans une librairie lyonnaise, l’autre dans une petite ville du sud ouest de la France. Il griffonna rapidement leurs coordonnées dans un carnet en se promettant de les contacter dès le lendemain matin.

Il était déjà 17 heures lorsqu’il décida d’éteindre son ordinateur et de se détendre jusqu’à la fin du week-end. Et dire que c’était ce soir que se jouait au théâtre l’unique représentation de  « Quand soufflera la tempête, je partirai en courant » ! Il avait été furibond lorsqu’il avait appris qu’il ne restait plus la moindre place. Il s’en voulait encore un peu de s’être laissé à ce point accaparer par toute cette histoire , mettant sa vie entre parenthèses. Jules inséra un disque laser dans le lecteur et s’installa confortablement dans son fauteuil. Une douce musique s’éleva, envoûtante. C’était une ballade folk des années 70, un moment de pur bonheur. Lorsque la voix chaude de la chanteuse s’éleva, il ferma les yeux pour goûter à cet instant empreint de magie. Cette chanson, il avait beau la connaitre par cœur, il ne pourrait jamais s’en lasser. Tant de souvenirs y étaient attachés. C’est ce jour-là qu’il avait rencontré son premier amour de jeunesse, à l’occasion d’une kermesse. Elle était assise sur une balançoire, à l’écart des autres. Son K-way rouge vif se gonflait sous les assauts du vent et ses cheveux voletaient en tous sens. On aurait dit qu’elle allait s’envoler. Elle s’appelait Camille. Lorsque, quelques mois plus tard, il s’était inscrit à la Sorbonne, il ignorait alors qu’il avait bien malgré lui ouvert une brèche. Lorsqu’il rentra chez lui à l’occasion des premières vacances scolaires, il apprit qu’elle était partie à l’étranger, sans lui laisser la moindre adresse. Il en fut profondément blessé, puis, avec le temps il l’oublia. Bercé par la douce musique, Jules s’endormit.

Épisode suivant

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Ceci est ma participation au défi
LES PLUMES à thème n°24  lancé par Asphodèle
sur le blog  Les lectures d’Asphodèle .Ecritoire

L’exercice consistait à rédiger un texte ayant pour thème « l’air ». Les mots suivants étaient imposés :

Temps, vie, chanson, rien, diva, furibond, montagne,
souffle, pollution, tempête, ballade, léger, envoyer,
courant, bulle, prendre, gonfler, voleter, brèche, blesser, balançoire.

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Les coulisses de l’histoire

Pas de nouveauté : je poursuis mon histoire en utilisant la même méthode : le texte est déjà écrit et j’y  ajoute les mots imposés. Certains mots ne collant pas du tout avec ce que j’avais déjà rédigé, j’ai dû improviser. Le titre de la pièce est franchement ridicule, mais tant pis. J’ai dû rallonger le texte avec la partie consacrée à la  fin du week-end. Ainsi, Jules a pu se reposer un peu, bercé par la douce musique de Joni Mitchell et par de doux souvenirs.

Pour écouter « Amelia », c’est par ici. C’est une chanson que j’adore…

La révélation — 5 —

paquet

Episode précédent

En refermant la porte d’entrée, Jules vit que l’asphalte était mouillé. Il avait encore plu. Il baissa les yeux sur le paquet : son nom et son adresse étaient imprimés sur une étiquette de couleur bleue.  L’intendant dut chausser ses lunettes, suspendues par un cordon autour de son cou, pour lire le nom de l’expéditeur. Depuis quelques années, il avait bien du mal à déchiffrer les petits caractères.

Librairie Améthyste
Livres anciens
81 Faubourg St Honoré
75008 PARIS

 

Il retourna à son bureau, tout en se grattant pensivement la tête. Il avait hâte de découvrir le contenu du colis. A l’aide d’un coupe papier, Jules découpa méticuleusement le carton et en sortit un livre emballé dans du papier bulle. Un bon de livraison à son nom, ainsi qu’un certificat d’authenticité étaient joints à l’ouvrage. Rien d’autre. Aucune explication, pas le moindre mot. Un cadeau ? Un de ses enfants aurait égratigné la coutume familiale ? Il retira l’emballage translucide et en resta bouche bée. Une impression de déjà vu, comme si quelque chose recommençait. Il avait sous les yeux la copie conforme de l’ouvrage sur lequel il travaillait, une édition de 1564 de « Saint-Sauveur au temps de la baronnie », dans un état de conservation remarquable. Qui pouvait lui avoir envoyé ce livre, ici, chez lui ? Et pourquoi ?

En examinant les pages à la lumière de sa lampe de bureau, les mêmes images lui apparurent. Il y avait pourtant une différence. Il s’agissait bien des mêmes personnages et les portraits semblaient avoir été réalisés par le même peintre, mais le point de vue était différent. L’intendant plissa les yeux. Il était persuadé que certains objets n’étaient pas à la même distance les uns des autres ou qu’ils avaient changé d’apparence, comme s’ils avaient subi une mutation. Hormis ce détail, l’ouvrage était en tous points identique à celui qui appartenait aux archives du château. On reconnaissait les techniques de la reliure de la seconde moitié du XVIème siècle. Les coins métalliques encore utilisés au Moyen Age avaient disparu au profit d’ornements en forme d’arabesques gravés à la cire sur le cuir de la couverture. La peau, d’un brun profond, présentait la même patine que celle de l’ouvrage qu’il avait eu le loisir de feuilleter pour ses recherches.

Dans sa précipitation, Jules Longuemart réalisa qu’il n’avait pas pris la précaution d’enfiler des gants de coton, comme il le faisait habituellement. Il avait oublié. Il rangea le livre dans un tiroir qu’il ferma à clé et ralluma son ordinateur. En moins d’une minute, il était en possession des coordonnées de la librairie Améthyste.

— Librairie Améthyste, bonjour.

— Bonjour. Voilà, je viens de recevoir un colis expédié par vos soins…

— Il y a un problème ?

— Non, non, pas du tout ! En fait, je ne comprends pas. Je n’ai rien commandé. J’aimerais savoir s’il ne s’agit pas d’une erreur. Enfin… est-ce que vous pouvez me renseigner ?

— Vous pouvez me donner le numéro du bon de livraison ?

— Ah, oui. Attendez… 13-12-055

L’intendant communiqua également son nom et son adresse.

— Ne quittez pas, je regarde.

Un cliquetis se fit entendre, suivi d’une musique d’attente.

— Merci d’avoir patienté, fit la voix féminine à l’autre bout du fil. La personne qui a acheté le livre a payé en espèces et n’a pas laissé son nom. C’était pour un cadeau, un cadeau surprise apparemment, ajouta-t-elle d’une voix enjouée. Nous avons d’ailleurs été étonnés que le client nous demande de l’expédier par transporteur plutôt que de le remettre lui-même à son destinataire. Il nous a alors expliqué qu’il partait pour un lointain voyage, qu’il avait la nostalgie d’un pays où il avait autrefois vécu et qu’il n’avait pas le temps de s’en occuper. Vous le connaissez peut-être ?

— Et bien, je ne vois pas. Il n’a rien dit d’autre ?

— Non, rien de particulier. Je me souviens qu’il a juste parlé de nouveaux horizons, de dépaysement et de la beauté du soleil couchant sur le rivage. Un vrai poète ! Maintenant que j’y pense, il me semble qu’il était question de l’Australie. En tout cas, il doit beaucoup vous estimer. C’est un très beau cadeau, vous savez !

— Je m’en doute, oui. Vous vous souvenez comment il était ?

— J’ai une bonne mémoire mais je ne suis pas physionomiste. C’était un homme qui devait avoir une soixantaine d’années. Très distingué. C’est tout ce que je peux vous dire.

— Et bien, je vous remercie infiniment pour tous ces renseignements.

Jules raccrocha en se demandant qui était assez fou ou insouciant au point d’acheter un livre d’une telle valeur et de le lui faire expédier, à lui. Au bas mot, un tel ouvrage devait coûter aux alentours de 2000 euros. Se voir offrir un objet de valeur par un généreux donateur qui préférait rester dans l’ombre n’était pas commun. Le plus étonnant, c’est qu’il ne connaissait personne, ni de près ni de loin, qui ait vécu en Australie.

— Et bien ! Quelle aventure ! fit-il tout en émettant un sifflement, alors qu’il retournait à son ordinateur pour relever ses messages et poursuivre ses recherches. Les derniers événements avaient aiguisé sa curiosité. Maintenant, il n’était pas prêt d’abandonner, même s’il avait la vague impression de courir après des chimères.

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Ceci est ma participation au défi
LES PLUMES à thème n°23  lancé par Asphodèle
sur le blog  Les lectures d’Asphodèle .Ecritoire

L’exercice consistait à rédiger un texte ayant pour thème « là-bas ». Les mots suivants étaient imposés :

Inconnu, nostalgie, rivages, différence, dépaysement,
horizon, recommencer, mutation, ailleurs, lointain, voyage,
insouciance, oublier, découverte, chimérique, aventure,
soleil, distance, ici, asphalte, abandonner, améthyste.

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Les coulisses de l’histoire

Cette fois-ci encore, mon texte était déjà écrit. Dès que j’ai eu connaissance des mots imposés, je les ai parsemés ça et là, j’ai tout mis dans un sac à mots et j’ai secoué. Et voilà ! Ça n’a pas été facile, il me faut bien l’avouer. J’ai dû changer le nom de la librairie et insister lourdement sur le client à l’âme de poète.

J’ai également pris quelques libertés avec « découverte » que j’ai transformé en « découvrir » et avec « chimérique » qui est devenu « chimère ». D’ailleurs, je trouve que la règle devrait autoriser ce genre de transformation (utiliser le verbe plutôt que le nom ou l’adjectif, ou inversement).

La révélation — 4 —

Demeure

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— Quelle journée ! s’exclama Charlotte en étendant ses jambes sur le canapé. Il y a des jours où j’aimerais tout envoyer balader ! Sans toi, je crois que j’aurais renoncé à me présenter cette fois-ci.

— Voyons, ma bichette, je sais bien que c’est ta raison d’être. Et puis, cette ville ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui sans toi. Repose-toi, je m’occupe de tout !

— Ah, qu’est-ce que je ferais sans toi, répondit-elle en le regardant avec tendresse.

Dans le privé, Charlotte n’avait plus rien à voir avec la femme au caractère trempé que côtoyaient ses collaborateurs. Sa rencontre avec Pierre Lacombe lui avait procuré une véritable bouffée d’air frais. Il faut dire que feu monsieur de Frontignolles était un ténébreux, mais pas du genre « beau brun », plutôt un asocial dont le caractère soupe-au-lait en avait hérissé plus d’un. Pierre, tout au contraire, était plein de vie et aimait briller en société. Comédien né, ses tirades grandiloquentes étaient souvent qualifiées d’esbroufe par ceux qui le côtoyaient de loin. En réalité, sous des dehors superficiels se cachait un homme sensible et attentionné. Il savait émailler le quotidien de ces petits riens qui rendent la vie plus douce. Fin cordon bleu, il adorait passer des heures dans la cuisine, à mitonner pour sa femme des petits plats dignes d’un chef.  Ce soir, il avait décidé de préparer un repas de saison, tout simple, accompagné d’une crème renversée.

Bercée par les bruits familiers qui provenaient de la cuisine, Charlotte finit par s’assoupir.  Lorsqu’elle sortit de sa léthargie, un parfum de vanille embaumait jusqu’au salon. Elle s’étira paresseusement et rejoignit son époux. Durant toute la soirée, Paul déploya des trésors d’imagination pour lui faire oublier cette sombre journée. Il avait réussi à se procurer au dernier moment deux entrées pour la première d’une comédie dramatique qui devait se jouer au grand théâtre le lendemain soir. Il s’agissait de l’adaptation d’un roman qu’elle avait adoré, une pièce mise en scène par un scénariste de renom. Hélas, la surprise n’eut pas l’effet escompté. Charlotte, épuisée, l’écoutait d’une oreille distraite et, sitôt le repas terminé, se mit en devoir de débarrasser la table. C’était comme si elle ignorait délibérément ses propos, comme si un gouffre les séparait. Mais Pierre savait qu’il n’en était rien. Un peu déçu de voir la soirée ainsi s’écourter, il lui proposa malgré tout d’aller se coucher. Il s’occuperait de tout.

— Demain, je veux te voir pimpante et fraîche. Ceux qui cherchent à te nuire en seront pour leurs frais.

Depuis son divorce, huit ans auparavant,  Jules Longuemart vivait seul. Bien qu’il soit resté en bons termes avec son ex épouse, les occasions de retrouver un semblant de vie familiale se faisaient rares. Noël était souvent un prétexte pour recréer cette ambiance de fête qu’ils avaient autrefois partagée, lorsque les enfants étaient petits. Aujourd’hui, ils volaient de leurs propres ailes, loin d’ici. Grégory, qui travaillait pour une association humanitaire, était souvent en voyage.  Claire, la benjamine, enseignait le français dans une prestigieuse université de l’est des Etats Unis. Parfois, leur absence lui pesait, même s’il avait pris goût à cette vie solitaire. C’était le dernier week-end avant Noël, celui où la plupart des gens courent en tous sens à la recherche des derniers cadeaux. Pourtant, ce samedi-là était un samedi comme les autres pour Jules, car dans sa famille les échanges traditionnels de présents étaient révolus, depuis le jour où ses enfants avaient décrété qu’offrir des cadeaux pour Noël  c’était « un truc commercial trop nul ». Aussi, en se levant ce matin-là, il savait qu’il pouvait se permettre de prendre tout son temps. Le reflet que lui renvoya le miroir de la salle de bains le surprit. Des cernes bleuâtres, un teint de papier mâché accentué par la lumière artificielle et pour couronner le tout, une barbe de deux jours. L’histoire du mystérieux portrait occupait donc ses pensées à ce point ? se fit-il. Au point d’en oublier de se raser. Jamais il ne s’était laissé aller de la sorte. A cinquante ans passés l’homme, à l’apparence plutôt classique, était soigné. Vêtu la plupart du temps d’un complet de bonne facture, il possédait une bonne douzaine de chemises de couleur blanche, faciles à assortir en toutes circonstances. En revanche, il avait remisé depuis longtemps les cravates, qui, prétendait-il, donnaient aux hommes de son âge un look « has been ». Le week-end, il préférait porter une tenue moins conventionnelle : pantalon de toile, polo et chandail. Il allait s’installer devant son ordinateur lorsque la sonnette retentit. Il n’attendait pourtant aucune visite.

— Monsieur Longuemart ? fit une voix caverneuse. Une signature s’il vous plaît. Ici, ajouta le livreur en lui tendant une tablette tactile.

Intrigué, l’intendant examina le colis, se demandant de quoi il s’agissait. La boîte, de format modeste, aiguisait sa curiosité. D’autant plus qu’il n’avait passé aucune commande.

Épisode suivant

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Ceci est ma participation au défi  « Des mots, une histoire 125″
lancé par Olivia Billington sur son blog.

Les mots imposés :Des mots une histoire

ténébreux – sombre – gouffre – clair – caverneux
roman – asocial – adaptation – théâtre – dramatique
scénariste – comédien – grandiloquent

La consigne facultative : décrire un rendez-vous amoureux.

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Photo Pat Berardici, avec l’aimable autorisation de son auteur

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Les coulisses de l’histoire

Vous aurez identifié sans peine les portions de texte ajoutées ou modifiées, j’en suis sûre. Il faut dire que cette semaine, les mots ne s’accordaient pas du tout avec mon récit. Mais alors pas du tout ! Pour le coup, la personnalité du personnage de Pierre Lacombe prend une tournure que je n’avais pas prévue. Quand j’ai écrit « ses tirades grandiloquentes étaient souvent qualifiées d’esbroufe », il m’a tout de suite fait penser à Yves Montand ! Le pompon, je crois, est tout de même le livreur à la voix caverneuse…  🙂

Maudits biscuits !

biscuits aux noix de pécanVoici ma participation au défi d’octobre du blog L’entonnoir.  J’ai eu envie de participer au défi, à ma manière, en écrivant ce petit texte.

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Le défi

Pour le défi du mois d’octobre, je vous propose d’aller explorer le suspense et les intrigues psychologiques à la manière d’Alfred Hitchcock. J’ai toujours trouvé que ses films riment bien avec le mois d’octobre ! Parfois sombre, souvent tordu, toujours un casse-tête mental et une intrigue à rendre fou !

Saurez-vous écrire un texte qui nous baigne dans l’univers d’Alfred Hitchcock ?

Le défi est de composer un récit à la manière des films d’Alfred Hitchcock et débutant le texte par la phrase « C’est en sortant les biscuits du four que je compris ce qui s’était réellement passé. ».

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Maudits biscuits !

C’est en sortant les biscuits du four que je compris ce qui s’était réellement passé.

Une heure et demi plus tôt…

A la veille du nouvel an, les rues de New York étaient illuminées. Le bitume était luisant après l’averse qui m’avait surpris au moment où je sortais du cabinet d’avocats dont j’étais l’un des associés. La circulation était dense en ces périodes de fêtes. Une enfilade de points lumineux rougeâtres, ponctuée par la lueur bleutée des néons,  s’étirait sur la 5ème avenue. Je me hâtais avant la fermeture des magasins. Au bout de dix ans d’un mariage qui  battait de l’aile, je me faisais un devoir de trouver un cadeau à peu près potable pour Marjorie. C’était la condition indispensable pour avoir la paix, une paix à laquelle je tenais plus que tout.

Déjà dix ans… C’était alors une jeune femme pleine de charme, intelligente et rieuse. Je l’avais rencontrée à Central Park. La balançoire sur laquelle elle s’était installée pour lire oscillait lentement. Le mouvement pendulaire faisait virevolter ses longs cheveux avec une grâce qui me subjugua. Lorsqu’elle referma son livre et se leva, j’étais encore là à la regarder, comme hypnotisé. Un bout de papier s’était échappé des pages du livre, mais elle s’éloignait déjà. Je m’étais précipité et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, j’étais devant elle et lui tendait le feuillet qu’elle venait d’égarer. Nous avions immédiatement engagé la conversation et, à ma grande surprise elle avait accepté de m’accompagner lorsque je lui avais proposé d’aller nous promener au zoo. Le temps semblait s’être arrêté. La ville et ses gratte-ciel me paraissaient à des années lumière. L’agitation citadine s’était métamorphosée en un lieu apaisant, hors du temps. J’étais amoureux.

 Je m’ébrouai. Le foulard que j’avais dégoté chez Sacks m’avait coûté une petite fortune mais au moins ma mission était accomplie. Je la mettais au défi de trouver le moindre reproche à me faire. J’en avais d’ailleurs profité pour acheter le même cadeau pour Clara. A quoi bon se casser la tête, il ferait tout aussi bien l’affaire. Les femmes sont toujours sensibles à ces petites attentions, dès lors qu’on y met le prix.

Lorsque je pénétrai dans notre luxueux appartement de l’Upper East Side, je perçus un subtil parfum flottant dans l’air : l’odeur des cookies aux noix de pécan pour lesquels je me serais damné. Quelques éclats de voix m’indiquèrent que les invités étaient déjà arrivés. J’eus tout juste le temps de cacher le deuxième cadeau dans le placard de l’entrée lorsque Marjorie me fit un signe et, d’un clin d’œil, m’invita à la rejoindre à la cuisine. Elle connaissait mon péché mignon et me tendit un biscuit qu’elle préleva de la plaque de cuisson. Tous ces biscuits parfaitement alignés me donnaient l’eau à la bouche.

– Dis-moi ce que tu en penses. Il y a une autre fournée en cours de cuisson.

Le cookie était parfait. Tiède, goûteux et croquant à souhait. Je me surpris même à fermer les yeux pour mieux apprécier et me délecter de ce biscuit à l’avant goût de paradis.

– Allons retrouver nos invités, tu veux bien ? Vas-y, je te rejoins dans une minute.

Les invités se connaissaient tous et les discussions allaient bon train. Je me mis en devoir de servir l’apéritif. A Noël, Champagne et caviar étaient de rigueur. Alors que je remplissais plusieurs coupes de ce breuvage raffiné, je sentis ma tête tourner. Je n’avais pourtant pas encore bu la moindre goutte d’alcool. Le léger malaise s’accentua, aussi je demandai à Marjorie de me remplacer.

– Va boire un verre d’eau fraîche. Et, au fait, tu peux sortir la deuxième fournée ? Ils doivent être cuits.

C’est en sortant les biscuits du four que je compris ce qui s’était réellement passé.

Quinze cookies étaient parfaitement disposés sur la plaque que je déposai sur le plan de travail. Trois rangées de cinq biscuits, impeccablement alignés. La fournée précédente en comportait seize, je me souvenais qu’ils formaient un carré parfait. Je remarquai à présent que leur disposition avait été modifiée : là aussi, trois rangées de cinq biscuits. Personne n’irait imaginer qu’il en manquait un, celui que j’avais mangé !

– Bien joué, Marjorie, pensais-je en m’écroulant, secoué de spasmes et sentant la vie m’échapper inexorablement. Comment avait-elle su pour Clara ?

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Les coulisses de l’histoire

J’ai choisi New York comme cadre, car je n’imaginais pas un film de Hitchcock se déroulant en France. De plus, l’histoire devait avoir lieu dans un milieu huppé où le personnage principal serait un homme riche dont la réussite professionnelle était proportionnelle à sa goujaterie.

Pour m’aider à trouver l’inspiration et à démarrer l’histoire, j’ai utilisé un générateur de mots.  J’ai commencé à rédiger le texte en me servant de ces mots,  pour ensuite en éliminer la plupart une fois que l’histoire avait pris corps.