La révélation — 9 —

Parc

Épisode précédent

Le lundi matin, Jules se leva en pleine forme. Il alluma la radio pour écouter les infos, comme il le faisait tous les jours avant de partir au travail. Il n’y était question que de réveillon, de cadeaux et de repas de fêtes. Le 24 décembre ! Pris par le tourbillon des récents événements, il n’y avait pas pris garde.  Le jour de Noël tombait le lendemain ! Cette année, seule sa cadette, Claire, serait présente. Rentrée de Boston depuis une semaine, elle séjournait actuellement chez son ex épouse. Une invitation au restaurant serait parfaite ; sa fille n’y verrait aucun inconvénient, bien au contraire. Il s’occuperait de la réservation plus tard dans la matinée, car maintenant il était temps de partir.

Il glissa le livre, enveloppé dans le papier bulle, dans sa sacoche et sortit. Pour une fois, l’intendant préféra délaisser le bus. Mieux valait ne pas prendre de risque avec un objet d’une telle valeur. Il sortit sa voiture, une Clio qu’il possédait depuis au moins 15 ans, referma le portail du garage et prit la direction de son lieu de travail. L’impasse dans laquelle se trouvait son petit pavillon débouchait sur une rue bordée d’immeubles cossus. Il tourna à droite, évitant ainsi la gare et ses embouteillages et se dirigea vers la sortie de la bourgade. Lorsqu’il passa devant l’hôpital, une bâtisse du XIXème siècle récemment réhabilitée, l’intendant hocha la tête avec satisfaction devant son imposante architecture. Elle était belle, sa ville. Dès les premiers beaux jours, elle attirait un flot permanent de touristes venus visiter ses monuments historiques ou profiter de ses nombreuses animations culturelles. Mais ce que Jules appréciait par dessus tout, c’était flâner et se perdre dans les petites rues pavés du vieux Saint Sauveur.

Le domaine de Saint-Simon était en vue. Jules stoppa devant l’entrée et descendit de voiture pour ouvrir la haute grille de fer forgé. La longue allée bordée de platanes, pendant longtemps émaillée de nids de poule, avait été fraîchement recouverte de bitume. Lorsqu’il arriva aux pieds du château, il était encore trop tôt pour téléphoner. Aucune des deux librairies ne devait ouvrir avant 10 heures. Jules était trop impatient pour attendre enfermé dans son bureau. Après avoir ouvert les volets du rez-de-chaussée, il décida de faire une promenade dans le parc. Il contourna l’aile droite en direction du jardin à la française qui se trouvait à l’arrière de la bâtisse. D’où que l’on se place, la ligne de fuite des allées de buis offrait une perspective étonnante, comme si le parc était pourvu de dimensions gigantesques. Une lubie du jardinier, féru de géométrie, qui en avait conçu les plans. En hiver, le jet d’eau central n’était pas en fonctionnement, à cause du gel. Malgré l’usure du temps on pouvait encore distinguer, gravée tout autour de la margelle, une frise représentant un entrelacement de fleurs que butinait un essaim d’abeilles. Jules essuya du revers de la main l’assise d’un banc de pierre et prit place. L’air était vivifiant. Il respira à pleins poumons, goûtant à cette sérénité retrouvée. Ce poste d’intendant avait été une véritable aubaine. A l’époque, il partageait son temps entre les quelques heures de cours d’histoire qu’il donnait à l’université, à une cinquantaine de kilomètres, et un travail de documentaliste à la bibliothèque de Saint-Sauveur. La possibilité d’alterner travaux d’intendance et de recherches historiques au château l’avait immédiatement séduit. Il avait préféré fuir le côté urbain et l’anonymat de la grande ville, mais plus encore la constante cohue des couloirs de la faculté. Cela remontait déjà à cinq ans et il n’avait aucun regret.

Perdu dans ses pensées, Jules ne s’était pas rendu compte qu’il était transi de froid. La température avait encore chuté de quelques degrés. Il se frotta vigoureusement les mains et se leva, les enfouissant dans les poches de sa parka. Le mieux était d’emprunter l’entrée qui se situait à l’arrière ; il serait plus vite au chaud. Jules sortit son trousseau. Impossible de faire tourner la clé dans la serrure. C’était pourtant la bonne clé. Tant pis, il lui faudrait réessayer un peu plus tard avec un autre trousseau qu’il gardait rangé dans un tiroir de son bureau. Il rebroussa chemin. Hormis le bruit de ses pas foulant les gravillons, tout n’était que silence. Un silence apaisant. Il tapa des pieds sur le seuil de la porte d’entrée et s’engouffra à l’intérieur. Il allait enfin pouvoir passer ses coups de fil.

Épisode suivant

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Ceci est ma participation au défi
LES PLUMES à thème n°25  lancé par Asphodèle
sur le blog  Les lectures d’Asphodèle .Ecritoire

L’exercice consistait à rédiger un texte ayant pour thème « la ville ». Les mots suivants étaient imposés :

Voiture, rue, immeuble, abeille, théâtre, anonymat, animation,
pavé, visite, parc, asphalte ou bitume,  bus, fuite, flâner,
embouteillages, urbain, gare, cohue, chuter, constant ou constance

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Les coulisses de l’histoire

Je poursuis avec la méthode que j’ai désormais adoptée (insérer les mots après avoir écrit le texte).  Cette fois-ci, j’ai eu chaud. Comme l’histoire commence à s’étoffer, j’ai frôlé la catastrophe. Je n’avais pas compté les jours et j’ai donc réalisé in extremis que le lundi correspondait au 24 décembre dans mon récit ! Panique à bord ! Il m’a fallu vite réajuster mon histoire pour éviter un problème de cohérence. Du coup, la suite risque d’être un peu chamboulée, sauf à faire l’impasse sur le jour de Noël si je juge qu’il n’apporte rien d’intéressant.

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Le voleur d’ombres

OmbreJ’avais à peine deux ans lorsque le médecin de famille annonça à mes parents  que j’aurais peu de chance de dépasser le mètre cinquante à l’âge adulte. Les ridicules sobriquets dont j’étais affublé, comme « petit bout », « p’tit Jean », m’allaient comme un gant. Piqûres de vitamines et séances de kiné se succédaient, en vain. Je fus gavé de grandes assiettées de pâtes, de frites dégoulinantes de graisse et pire que tout de purée de marrons. Ce régime cessa lorsque mon embonpoint n’eut rien à envier au physique ingrat du bonhomme Michelin. A l’âge de 17 ans, j’avais atteint ma taille définitive, ma taille d’adulte. Un an plus tard, à ma majorité, je décrétai que toutes  ces bêtises devaient cesser. Je mesurai alors 1 mètre 54. Sans être ridiculement petit, j’avais conscience de ne pas être dans la norme et que cela ne me faciliterait pas la vie.

C’est au retour d’un concert rock, un soir de pleine lune, que le changement se produisit. Légèrement éméché, je me cognai la tête à l’étagère de la penderie alors que je rangeais ma parka. Je n’y prêtai pas attention et m’affalai sur mon lit, sans même prendre la peine de me déshabiller. Quelques jours plus tard, le même incident se produisit. Mes idées étaient claires et je savais que c’était tout bonnement impossible. Pour en avoir le cœur net, j’empruntai à ma mère son mètre de couturière et pris les mesures avec application. Aucun doute, je devais avoir grandi. Pourtant, dès le lendemain, je réalisai que rien n’avait changé. Mes cheveux coupés en brosse frôlaient à peine le bord de l’étagère. L’illusion provoquée par cette obsession de grandir, qui ne m’avait jamais quitté, était presque parfaite. La période des examens approchant, je n’y pensai plus. Le printemps avait été gris et pluvieux, aussi je passai le plus clair de mon temps enfermé dans ma chambre à réviser. Le dernier jour des examens coïncidait avec le début de l’été. La journée était magnifique, les rayons du soleil illuminaient le campus. La tension de cette fin d’année scolaire était retombée. Les étudiants avaient envahi la pelouse fraîchement tondue. Certains profitaient de la douceur du temps, allongés dans l’herbe, alors que d’autres couraient joyeusement après un ballon. Mon jeu de jambes me permettait de participer à ces tournois tant prisés par la gent estudiantine. Oubliée ma petite taille, tant mon agilité me distinguait des autres joueurs. En fin de journée, je rentrais, épuisé mais heureux.

Les résultats des examens devaient être affichés la semaine suivante. Je me levai tôt tant j’avais hâte de découvrir mes notes. Tout en enfilant précipitamment mon jean, je constatai qu’il était trop court d’un bon centimètre. Cette fois-ci encore, le doute traversa fugitivement mon esprit. Ce jour là, deux bonnes choses m’arrivèrent presque simultanément, les meilleures depuis bien longtemps. J’étais reçu avec mention et je venais de faire la rencontre de Clémentine. Avec son mètre cinquante, nous étions parfaitement assortis. Nous promîmes de nous revoir. J’avais dégoté pour les vacances un travail sur un chantier, là où devait s’élever dans quelques mois un nouveau centre commercial. Au fil des jours, je devenais plus fort et ma peau avait pris cette couleur dorée qui faisait ressortir mes muscles. Mais le plus étonnant, c’est que j’avais pris encore quelques centimètres. A présent, c’était une certitude. La toise du médecin de famille que je m’étais finalement résolu à consulter ne pouvait pas mentir. Le docteur Martin n’avait aucune explication à me fournir, mais pour tout dire je m’en contrefichais. A la fin de l’été, j’avais atteint la taille de 1 mètre 62. Pendant ces trois mois, j’avais eu le temps de comprendre ce qui se passait. Ma soudaine croissance était toujours précédée de picotements dans les membres, comme si mon corps était soumis à d’intenses étirements. Cette sensation se produisait lorsque la lumière était intense, mais ce n’était pas tout. Une autre condition était nécessaire. Les picotements apparaissaient précisément au moment où mon ombre croisait l’ombre de quelqu’un d’autre. Mes quelques expérimentations confirmèrent cette observation. La lumière produite par un projecteur pouvait suffire, mais celle du soleil était la plus efficace, particulièrement lorsque qu’il était au zénith. A ce moment-là le pouvoir de l’ombre était concentré, mais plus difficile à capter. La seule personne dont je pouvais suffisamment me rapprocher était Clémentine et je dois reconnaître que son contact me faisait toujours un bien fou. Je me sentais revivre. Un jour, alors que nous dinions au restaurant, je lui trouvai une petite mine. Pourtant, la veille, nous avions pique-niqué et passé la journée au grand air.

— Tout va bien ma chérie ? Tu es bien pâle.

— Je suis un peu fatiguée, sûrement le changement de saison, me répondit-elle d’une toute petite voix.

Ses cheveux habituellement si brillants étaient ternes. Ses yeux étaient cernés. Pendant tout le repas, je lui trouvai bien peu d’entrain. Elle parlait peu et picorait le contenu de son assiette sans le moindre appétit. Un peu plus tard, lorsque je la déposai devant sa porte, elle baillait déjà à s’en décrocher la mâchoire. Le lendemain, elle déclina mon invitation à aller voir le dernier film de Tarantino. Le week-end suivant, nous partîmes passer le week-end à la maison de campagne de ses grands parents, comme prévu. Je retrouvai la jeune femme pimpante et gaie que je connaissais. Le dimanche, après le repas, nous nous étions joints à la traditionnelle promenade digestive. Dès que Clémentine me prit la main, je sentis les fameux picotements. Alors qu’elle me regardait tendrement, je crus voir son regard se ternir. Ses joues, rosies par le grand air avaient soudain pris une nuance blafarde. Je baissai les yeux, non pas pour fuir son regard, mais pour confirmer ce que je redoutais le plus : à cet instant précis, nos ombres se superposaient. Je compris d’où je tirais l’énergie qui me permettait d’être chaque jour plus grand et plus fort. Cette découverte me fit l’effet d’un électrochoc. Je savais que vivre dans la pénombre, loin de toute source de lumière, était inconcevable. Je ne voulais pas de cette vie pour Clémentine. Je devais partir, loin.

Dès le lendemain, je disparus de sa vie. Je disparus de la vie de tous ceux que j’aimais. Aujourd’hui je vis seul. J’ai élu domicile dans l’une des plus grandes villes du monde, là où je peux emprunter une infime parcelle de vie à chaque inconnu que je croise, sans que jamais personne ne puisse s’en apercevoir. Lors de ma dernière visite médicale, je mesurais 1 mètre 76.

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Photo Pat Berardici, avec l’aimable autorisation de son auteur

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Les coulisses de l’histoire

J’ai imaginé cette histoire à partir de la photographie. Cette silhouette avait quelque chose d’étrange, voire d’inquiétant. Au départ, j’avais l’intention d’écrire une histoire plus sombre, où le voleur d’ombres n’aurait pas d’états d’âmes. Finalement, il en a été autrement.

Vent de folie dans la ZAC – Episode 2 /3

UsineJ’ai écrit cette nouvelle dans le cadre du concours « Achève moi 2012 » organisé par le Service Culture de la Province de Liège. Il convenait de démarrer le récit avec l’un des six débuts de textes proposés.

C’est le texte écrit par Jean-Claude Bologne que j’ai retenu, texte dont vous trouverez l’intégralité dans le premier épisode.

Deuxième épisode

Lire le 1er épisode

Chaque membre du personnel s’était mis en tête d’épier les moindres faits et gestes de Paul Rouvière et la nouvelle se répandit comme une traînée de poudre. Les pétarades montant bruyamment du sous-sol les laissaient perplexes. Si ce n’était l’absence d’effluves produites par les gaz d’échappement, quiconque passait à proximité du réduit aurait juré qu’il s’agissait d’une vraie moto tant le bruit était assourdissant.

Après une période de franche rigolade au sein du personnel tant la situation était cocasse, l’affaire prenait une tournure inquiétante. Au service production, les employés quittaient un à un leur poste. De petits groupes commençaient à se former. Et si le patron n’était plus capable de gérer son entreprise ? Les derniers résultats n’étaient peut-être que de la poudre aux yeux, qui sait si les chiffres n’avaient pas été falsifiés. Lorsque le rejeton avait repris les rênes à la suite de Rouvière père, la méfiance s’était installée. Encore un fils à papa, sans grande expérience, qui héritait de l’entreprise créée par son géniteur. Pourtant, peu à peu, le nouveau PDG avait su gagner leur confiance, tant par son dynamisme que par des choix judicieux qui avaient permis une rapide croissance de l’entreprise.

Le ton montait. Soudain, une voix s’éleva au milieu du brouhaha :

— Il faut faire quelque chose. Nous devons aller voir le responsable des ressources humaines avant que la situation ne dégénère. Quelqu’un doit parler au patron !

— Oui, allons voir Grignon, acquiescèrent de concert les salariés !

Le dénommé Grignon était un petit homme rondouillard, qui donnait toujours l’impression d’être fort occupé. Pour l’heure, la porte de son bureau était fermée et il était tout à son occupation favorite, les mots fléchés du magazine TV qu’il venait de se procurer auprès du buraliste. Des éclats de voix le sortirent de sa rêverie. Il reprit instantanément la contenance que l’on attend d’un DRH et jeta le magazine dans le tiroir de son bureau.

Il refermait le tiroir d’un claquement sec lorsque la porte s’ouvrit, sans qu’il ait entendu frapper le moindre coup. Une bousculade s’ensuivit et un groupe de salariés s’engouffra dans le bureau. Grignon, voyant la tournure que prenaient les événements, les stoppa net.

— S’il vous plaît, ne parlez pas tous en même temps ! J’attends que l’un d’entre vous m’explique ce qui se passe.

L’air songeur du DRH laissait à penser qu’il s’efforçait désespérément de comprendre ce que recélait toute cette agitation. En réalité, ce qui lui vint à l’esprit à ce moment-là, telle une évidence, fut « JALONNER ». Il butait quelques instants plus tôt sur la définition « baliser en 8 lettres », et voilà que la solution lui venait là, au moment le plus inapproprié.

En somme, on lui demandait à lui, le pauvre Grignon, de demander des comptes à sa hiérarchie, qui plus est au PDG ! La situation était extrêmement embarrassante. Qu’à cela ne tienne ! Il allait confier cette lourde tâche, autrement dit « la patate chaude » au directeur général. Après tout, il fallait bien qu’il justifie son confortable salaire. C’était à lui de parler au patron ! Ni une ni deux, il prit son téléphone et composa le numéro.

 

24 heures plus tôt, à plusieurs milliers de kilomètres de là, quelque part à Shanghai…

— 這就是碳等菲尼倒西雅圖光榮

— 花蓮邊週一雪兒卓悅道別法國比利時意大利廣

—苯教德棉前衛馬槽渡渡鳥道別圖盧茲的里昂馬賽阿爾卑斯法國比洲美國巴黎廣利時碳等菲教德道別法道

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Pour une meilleure compréhension, nous allons traduire la conversation qui eut lieu.

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 — Alors, où en est-on avec Rome ?

— C’est en bonne voie, honorable chef. Nous avons bien avancé avec l’ITAC.

— Et Rouvière ? Je croyais que ce devait être l’affaire de quelques jours ? Nous n’avons pas de temps à perdre, vous devez passer à la vitesse supérieure avec la Jialing Rocane 600 cm3.  Ah ces français !

Chang acquiesça humblement d’un hochement de tête. Quelques courbettes plus tard, il s’éclipsa et rejoignit son bureau. Il déverrouilla son ordinateur, sélectionna le mail adéquat et cliqua sur « Envoyer » avec la satisfaction du devoir accompli.

Lire la suite

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Photo FredArt, avec l’aimable autorisation de son auteur

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Maudits biscuits !

biscuits aux noix de pécanVoici ma participation au défi d’octobre du blog L’entonnoir.  J’ai eu envie de participer au défi, à ma manière, en écrivant ce petit texte.

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Le défi

Pour le défi du mois d’octobre, je vous propose d’aller explorer le suspense et les intrigues psychologiques à la manière d’Alfred Hitchcock. J’ai toujours trouvé que ses films riment bien avec le mois d’octobre ! Parfois sombre, souvent tordu, toujours un casse-tête mental et une intrigue à rendre fou !

Saurez-vous écrire un texte qui nous baigne dans l’univers d’Alfred Hitchcock ?

Le défi est de composer un récit à la manière des films d’Alfred Hitchcock et débutant le texte par la phrase « C’est en sortant les biscuits du four que je compris ce qui s’était réellement passé. ».

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Maudits biscuits !

C’est en sortant les biscuits du four que je compris ce qui s’était réellement passé.

Une heure et demi plus tôt…

A la veille du nouvel an, les rues de New York étaient illuminées. Le bitume était luisant après l’averse qui m’avait surpris au moment où je sortais du cabinet d’avocats dont j’étais l’un des associés. La circulation était dense en ces périodes de fêtes. Une enfilade de points lumineux rougeâtres, ponctuée par la lueur bleutée des néons,  s’étirait sur la 5ème avenue. Je me hâtais avant la fermeture des magasins. Au bout de dix ans d’un mariage qui  battait de l’aile, je me faisais un devoir de trouver un cadeau à peu près potable pour Marjorie. C’était la condition indispensable pour avoir la paix, une paix à laquelle je tenais plus que tout.

Déjà dix ans… C’était alors une jeune femme pleine de charme, intelligente et rieuse. Je l’avais rencontrée à Central Park. La balançoire sur laquelle elle s’était installée pour lire oscillait lentement. Le mouvement pendulaire faisait virevolter ses longs cheveux avec une grâce qui me subjugua. Lorsqu’elle referma son livre et se leva, j’étais encore là à la regarder, comme hypnotisé. Un bout de papier s’était échappé des pages du livre, mais elle s’éloignait déjà. Je m’étais précipité et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, j’étais devant elle et lui tendait le feuillet qu’elle venait d’égarer. Nous avions immédiatement engagé la conversation et, à ma grande surprise elle avait accepté de m’accompagner lorsque je lui avais proposé d’aller nous promener au zoo. Le temps semblait s’être arrêté. La ville et ses gratte-ciel me paraissaient à des années lumière. L’agitation citadine s’était métamorphosée en un lieu apaisant, hors du temps. J’étais amoureux.

 Je m’ébrouai. Le foulard que j’avais dégoté chez Sacks m’avait coûté une petite fortune mais au moins ma mission était accomplie. Je la mettais au défi de trouver le moindre reproche à me faire. J’en avais d’ailleurs profité pour acheter le même cadeau pour Clara. A quoi bon se casser la tête, il ferait tout aussi bien l’affaire. Les femmes sont toujours sensibles à ces petites attentions, dès lors qu’on y met le prix.

Lorsque je pénétrai dans notre luxueux appartement de l’Upper East Side, je perçus un subtil parfum flottant dans l’air : l’odeur des cookies aux noix de pécan pour lesquels je me serais damné. Quelques éclats de voix m’indiquèrent que les invités étaient déjà arrivés. J’eus tout juste le temps de cacher le deuxième cadeau dans le placard de l’entrée lorsque Marjorie me fit un signe et, d’un clin d’œil, m’invita à la rejoindre à la cuisine. Elle connaissait mon péché mignon et me tendit un biscuit qu’elle préleva de la plaque de cuisson. Tous ces biscuits parfaitement alignés me donnaient l’eau à la bouche.

– Dis-moi ce que tu en penses. Il y a une autre fournée en cours de cuisson.

Le cookie était parfait. Tiède, goûteux et croquant à souhait. Je me surpris même à fermer les yeux pour mieux apprécier et me délecter de ce biscuit à l’avant goût de paradis.

– Allons retrouver nos invités, tu veux bien ? Vas-y, je te rejoins dans une minute.

Les invités se connaissaient tous et les discussions allaient bon train. Je me mis en devoir de servir l’apéritif. A Noël, Champagne et caviar étaient de rigueur. Alors que je remplissais plusieurs coupes de ce breuvage raffiné, je sentis ma tête tourner. Je n’avais pourtant pas encore bu la moindre goutte d’alcool. Le léger malaise s’accentua, aussi je demandai à Marjorie de me remplacer.

– Va boire un verre d’eau fraîche. Et, au fait, tu peux sortir la deuxième fournée ? Ils doivent être cuits.

C’est en sortant les biscuits du four que je compris ce qui s’était réellement passé.

Quinze cookies étaient parfaitement disposés sur la plaque que je déposai sur le plan de travail. Trois rangées de cinq biscuits, impeccablement alignés. La fournée précédente en comportait seize, je me souvenais qu’ils formaient un carré parfait. Je remarquai à présent que leur disposition avait été modifiée : là aussi, trois rangées de cinq biscuits. Personne n’irait imaginer qu’il en manquait un, celui que j’avais mangé !

– Bien joué, Marjorie, pensais-je en m’écroulant, secoué de spasmes et sentant la vie m’échapper inexorablement. Comment avait-elle su pour Clara ?

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Les coulisses de l’histoire

J’ai choisi New York comme cadre, car je n’imaginais pas un film de Hitchcock se déroulant en France. De plus, l’histoire devait avoir lieu dans un milieu huppé où le personnage principal serait un homme riche dont la réussite professionnelle était proportionnelle à sa goujaterie.

Pour m’aider à trouver l’inspiration et à démarrer l’histoire, j’ai utilisé un générateur de mots.  J’ai commencé à rédiger le texte en me servant de ces mots,  pour ensuite en éliminer la plupart une fois que l’histoire avait pris corps.

La collecte d’Halloween – petit défi littéraire

Voici ma participation au défi « Des mots, une histoire 79 » lancé par Olivia sur le blog « Désir d’histoires« .

Le défi : écrire un petit texte dans lequel les mots suivants doivent obligatoirement figurer.

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alchimie – blouse – histrion – carrosse – amélioration – sécurité – évidemment – poésie – don – chaste – convenance(s) – antienne – alternance – champion – romain – robe – poil – sphinx

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La collecte d’Halloween

Les enfants s’étaient séparés en petits groupes de trois pour la tournée traditionnelle d’Halloween. Chaque groupe s’était vu attribuer une rue du village par le chef des scouts qui n’était autre que l’histrion de service. Dieu que ce garçon était bête ! L’été passé, il les avait emmenés camper dans une clairière qui s’était avérée le pire endroit possible : l’étang  juste à côté était infesté de moustiques, la voie ferrée passait à proximité et il avait plu pendant tout le week-end sans espoir d’amélioration. Pour passer le temps, ils avaient entonné à tue tête des chansons grivoises au mépris des convenances, là où bien  évidemment on se serait plutôt attendu à de sages antiennes. Un week-end mémorable !

Tous les gamins, rassemblés sur la place du village, se dispersèrent au coup de sifflet. Pippo, Sag et Lucas se dirigèrent en traînant ostensiblement les pieds vers la rue des Chastes. Bien des langues se déliaient dès qu’il s’agissait d’évoquer la grande demeure qui faisait l’angle, juste après la fontaine aux lions. La maison aurait été habitée par une vieille folle, une espèce de sorcière, avaient-ils entendu dire, ce qui ne les réjouissait pas outre mesure. Du haut de ses douze ans, Pippo, de par son statut de « grand », devait se montrer courageux face à ses deux cadets. D’ailleurs, si son père lui donnait  du « Champion » à tout bout de champ, ce n’était sûrement pas pour rien. Malgré son assurance de façade, Sag et Lucas se sentaient en sécurité. Lorsqu’ils arrivèrent au 1 rue des Chastes, la maison leur parut encore plus lugubre qu’à l’accoutumée. La nuit commençait à tomber. Une faible lueur transparaissait au travers des vitres recouvertes d’une couche de crasse. Etait-il possible que la vieille s’éclaire encore à la lampe à huile ? La porte d’entrée, encadrée de fausses colonnes romaines, n’était pourvue d’aucune sonnette. Le garçon actionna le heurtoir en bronze, en forme de main : toc toc toc ! Après un temps qui leur parut interminable, la porte s’ouvrit dans un long grincement et une vieille femme au visage renfrogné leur apparut.

– Des bonbons ou un mauvais tour, firent en chœur les enfants !

– Un don ? Vous voulez de l’argent, c’est ça ? Vous croyez que je n’ai que ça à faire, vilains garnements !

– Non, non ! Nous demandons juste des friandises, s’écrièrent-ils en tendant une corbeille en osier !

– Ah, des bonbons ! Il fait froid dehors, entrez vite !

Elle claqua violemment la porte derrière eux et la referma à double tour. La pièce était plongée dans l’obscurité. Une pâle lueur provenait du fond de la grande pièce. La lumière émanait d’une citrouille, posée sur une table. Des trous, percés ça et là, lui donnaient l’apparence d’un visage boursouflé et monstrueux. La vieille femme était vêtue d’une sorte de  robe ou de blouse à carreaux défraîchie. Il émanait d’elle des effluves de biscuit rance qui obligèrent Sag à froncer le nez. Pendant qu’elle s’éloignait vers la cuisine à la recherche de friandises, les gamins inspectèrent la pièce. L’odeur ambiante d’humidité, la fine pellicule de poussière qui recouvrait le moindre bibelot, tout évoquait ces maisons restées trop longtemps inhabitées. Un livre étrange était posé sur la table, à côté de la citrouille. Sa couverture, illustrée d’une créature de légende qui rappelait le sphinx, faisait penser à un antique grimoire traitant d’alchimie ou de sorcellerie plutôt qu’à un recueil de poésies. Et si la vieille femme s’apprêtait à utiliser une formule magique sur la citrouille, ou pire, sur eux !  Il y avait bien une histoire qui racontait la transformation d’une citrouille en carrosse non ?

Lucas, le plus jeune, se mit à geindre en se tortillant, puis ce fut le tour de Sag qui commençait à s’impatienter et demandait en pleurnichant à rentrer à la maison. Tantôt l’un, tantôt l’autre tirait sur la manche de Pippo avec insistance.  L’alternance parfaitement synchronisée de leurs jérémiades agaçait le garçon qui n’avait qu’une hâte : se débarrasser de ces deux boulets.

– Madame, héla-t-il  d’une voix peu assurée !

La situation prit une tournure vraiment désagréable lorsqu’une petite musique lancinante s’éleva. Elle accentuait l’atmosphère lugubre qui régnait dans cette grande maison à l’aspect délabré.

– Madaaame, cria-t-il ! ça ne fait rien si vous n’avez pas de bonbons. De toute façon, il est tard et nos parents nous attendent.

La vieille pointa le bout de son nez, long, crochu et parcouru de vaisseaux violacés qui en faisait une vision d’épouvante. Pippo n’avait pas remarqué à quel point sa peau était parcheminée, comme si elle allait craquer au moindre mouvement.  Que resterait-il de ce visage au teint olivâtre et aux joues couperosées si elle venait ne serait-ce qu’à éternuer ? Sa peau se craquèlerait et partirait en lambeaux, c’est sûr, pensait le garçon qui  à présent n’en menait pas large.

– Désolée les enfants, je n’ai pas de bonbons à vous donner, fit-elle d’une voix chevrotante. Je n’ai rien trouvé.

– Tant pis, ce n’est pas grave. Une autre fois !

Pippo en profita pour entraîner ses petits camarades vers la porte d’entrée. Il tourna la clé et ouvrit la porte en grand.

– Attendez !

La vieille plongea la main au fond de la poche de son tablier et en sortit quelques pastilles vertes, ou plutôt un mélange de bonbons verdâtres et de miettes, auxquels étaient collés quelques poils de chat. Aucun ne pipa mot. Le cœur battant, Sag tendit timidement  la corbeille, dans laquelle une main aux ongles crasseux déposa un petit tas informe de bonbons agglutinés.

– Merci madame, firent-ils en courant en direction de la rue, sans se retourner.

La tournée d’Halloween n’avait plus la moindre importance. Ils n’avaient qu’une hâte, se retrouver en sécurité chez eux, avec leurs parents. Peu importe si cette année, pour la première fois, ils ne revenaient pas les bras chargés de roudoudous, rouleaux de réglisse, fraises tagada et autres bonbons multicolores. Avant même d’arriver chez Sag, Pippo vida le contenu de la corbeille en osier dans une poubelle. Ces bonbons étaient vraiment trop dégoûtants !

Cette nuit-là, à minuit pile, alors que tout le monde dormait, les petites pastilles verdâtres se mirent à scintiller intensément au fond de la poubelle. Nul ne les vit. Qui sait quel pouvoir recélaient ces minuscules bonbons que les enfants avaient aussi prestement dédaignés ?

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Les coulisses de l’histoire

J’avais dans l’idée d’écrire un texte sur Halloween, puisque la période s’y prête.  L’inspiration est venue au fur et à mesure, en utilisant les mots. Pour me mettre dans l’ambiance, j’ai écouté un extrait de la musique du film « Edward aux mains d’argent » de Tim Burton. Si vous aussi, vous voulez entendre la petite musique lancinante qui effraie les gamins lorsqu’ils sont dans la maison, c’est ici :

http://www.deezer.com   => rechercher « Tim Burton » puis cliquer sur l’extrait   Tim Burton –  Thème principal de « Edward aux mains d’argent »  (1er extrait).

Le concert est annulé – petit défi littéraire

Voici ma participation au défi “Des mots, une histoire 76″ lancé par Olivia sur le blog “Désir d’histoires“.

Le défi :  écrire un petit texte dans lequel les mots suivants doivent obligatoirement figurer.

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huppe – finasser – univers – flammèches – enquiquiner – saturation – évidence – époustouflant – attente – rituel – collection – hôpital – qui – nouveauté – mollusque – fabuleux – retraite – tordre – chicaner – blanc – portière

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A la fin du texte, vous trouverez un mini bonus, où j’explique comment m’est venue l’idée de cette histoire…

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Le concert est annulé

Un attroupement s’était formé autour de l’écriteau, des jeunes gens pour la plupart. Le concert avait été annulé. Le fait que les organisateurs aient fait profil bas et se soient défilés n’était pas en soi une grande nouveauté. Mais personne n’avait été informé, ce qui était un comble à l’heure des réseaux sociaux,  quand toute information mettait moins d’un quart d’heure pour faire le tour de la planète. Quelques quidams, dont la patience était arrivée à saturation, exprimaient un vif mécontentement, ce qui  laissait présager que l’univers musical n’adoucit pas toujours les mœurs. Tous s’étaient déplacés pour l’occasion en ce lieu fabuleux qui n’était pourtant pour la plupart d’entre eux qu’un  trou perdu. Qu’en avaient-ils à faire, eux, si le concert de rock était organisé dans l’une des plus belles cités médiévales du sud de la France ? Ils n’étaient pas venus ici pour faire du tourisme. Seule leur importait la musique.

Le soleil entamait sa descente à l’horizon. De part en part, on pouvait entendre le bruit strident des rideaux métalliques se baissant les uns après les autres. Les commerçants, face à l’animosité de ce jeune public, avaient décidé de battre en retraite et commençaient à plier boutique. Il était trop tard pour finasser, c’était une évidence, même si leur chiffre d’affaire risquait d’en pâtir. Une vague humaine s’insinua tel  un gigantesque mollusque à tentacules dans les ruelles menant aux  remparts pour rejoindre le parking. Les portières commencèrent à  claquer. A quoi bon rester, cela n’avait plus la moindre importance. Une heure plus tard, seule une dizaine de personnes demeuraient là,  au milieu de la place, une véritable collection de voyous déterminés à en découdre. On avait décidé de les enquiquiner ! Qu’à cela ne tienne, eux ne se contenteraient pas de chicaner.  Le petit groupe s’engouffra dans la rue Voltaire et se dirigea d’un pas décidé vers la Cathédrale Saint-Michel, célèbre pour ses époustouflantes gargouilles au faciès monstrueux. Du haut de ses huit siècles, l’édifice les dominait dans toute sa splendeur, mais ils n’en avaient cure. Ils s’approchaient hargneusement de la grande porte, armés de barres de fer, lorsqu’une voix les héla :

– A votre place, je n’y penserais même pas !

Une jeune fille à l’allure étrange, toute de blanc vêtue, les fixait d’un regard limpide. Assise tranquillement sur un banc, une huppe au plumage mordoré perchée sur son épaule, elle souriait. Son ton n’avait rien d’ironique.

Quelques garçons firent mine de se tordre de rire, comme s’ils avaient affaire à une folle, échappée d’un hôpital psychiatrique. L’oiseau, effrayé, agita ses ailes en laissant échapper quelques plumes de couleur rousse telles de flamboyantes  flammèches.

– Si vous touchez à la moindre pierre, si vous dégradez quoi que ce soit, je ne donne pas cher de vous, car depuis toujours Dame Carcas veille sur la cité.

La gamine ne reçut pour toute réponse que des ricanements grinçants et quelques grossièretés appuyées. Le premier coup partit, suivi de plusieurs autres. La porte de la cathédrale, une magnifique pièce de bois sculptée, résistait à ses assaillants et ne subit que peu de dommages. Très vite, ceux-ci se lassèrent et, de rage, se mirent à insulter celle qui les avait provoqués. La jeune fille dénoua le foulard de mousseline blanche qui entourait sou cou gracile et se leva. Elle fit tournoyer l’étole au dessus de sa tête, tout en pivotant sur elle-même, dans une sorte de rituel ancestral. Une fine poussière s’en échappa, formant un nuage laiteux qui enfla rapidement jusqu’à se transformer en une brume cotonneuse.

Le brouillard devint si épais que les garçons apercevaient à peine le bout de leurs pieds. La jeune fille avait disparu de leur champ de vision. Décidés à se sortir de cette situation cauchemardesque, ils tentèrent de repartir vers le pont-levis, seule issue pour quitter la cité. L’enchevêtrement de ruelles avait tout d’un labyrinthe. Partout, ce n’étaient que pavés et enfilades de murs de pierre. Des tourelles, dont le sommet était masqué par cette brume impénétrable, se succédaient inlassablement. A présent, la nuit était tombée, une nuit noire, sans lune.  Ils étaient condamnés à errer pendant de longues heures, dans l’attente d’une accalmie.

Nul ne sait s’ils sont parvenus à quitter la cité. Aujourd’hui encore, on raconte qu’ils errent dans les ruelles. A la nuit tombée, on peut même entendre le cliquetis des chaines du pont levis qu’ils essaient vainement de soulever. Si un jour vous passez par là, tendez bien l’oreille et écoutez. Vous ne me croyez pas ? Allez visiter la cathédrale, en passant par la rue Voltaire. Lorsque vous franchirez le porche, observez les impacts laissés par les barres de fer sur la porte. Si ça ce n’est pas une preuve…

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Comment l’idée de cette histoire a-t-elle fait son petit bonhomme de chemin ?

L’idée de cette histoire m’est venue en rentrant chez moi, après un grand week-end. Je roulais sur l’autoroute en écoutant la radio lorsque l’animateur a annoncé le groupe Superbus. Je suis dans la totale incapacité de citer le moindre de leurs titres et pourtant, je me suis souvenue à cet instant d’avoir pris cette photo  il y a quelques années. J’avais trouvé l’information totalement décalée : un concert de rock annulé pour cause d’extinction de voix dans la belle cité de Carcassonne. Je n’aurais jamais imaginé, à ce moment-là, que cette photo m’inspirerait cette histoire un peu tarabiscotée.

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Les gargouilles de la cathédrale Saint-Michel (Carcassonne)