La véritable histoire du monde

Univers

— Papa, papa, raconte-nous la création du monde !

— Très bien. Il était une fois…

La petite phrase alluma aussitôt une étincelle dans leurs yeux pétillants. Les enfants s’étaient assis en demi-cercle, attendant la suite bouche bée. Rien qu’à voir leur expression béate, on les savait conquis d’avance. Mathieu avait un réel talent de conteur, une sorte de don qui dans sa famille se transmettait de génération en génération.

— …un peintre qui se faisait appeler « Le Créateur ». Sa peinture avait le pouvoir étrange de transformer le monde. Un véritable mystère aux yeux des scientifiques qui avaient tenté en vain de trouver une explication. Ses portraits étaient plus vrais que nature, plus expressifs que ne l’étaient les modèles eux-mêmes. Mais la véritable innovation dans la technique qu’il avait mise au point était ailleurs. Qu’il vienne à gommer une ride sur un front disgracieux, à ajouter quelques mèches de cheveux à un crâne dégarni, le changement se répercutait immédiatement sur le modèle. Finis les bourrelets des amateurs de bonne chère autrefois ventripotents. Les vieilles rombières, quant à elles, arboraient désormais un teint radieux d’une fraîcheur incomparable. Il fut bientôt célèbre dans tout le pays. Une véritable frénésie s’était emparée de la population. Tous se l’arrachaient, chacun voulant être encore plus jeune, encore plus beau. L’artiste ne savait plus où donner de la tête, tant les commandes affluaient. A présent, même le petit peuple voulait sa part du gâteau.

— Mais il est où Dieu dans tout ça ? s’écria un blondinet.

— Ça va venir. Écoute la suite. Donc, le peintre avait beau essayer de refuser des commandes, il lui était impossible de résister car il faisait beaucoup de mécontents. Pour pouvoir satisfaire tout le monde, il se mit à peindre de plus en plus vite au point que les habitants du pays se ressemblaient de plus en plus. Puis, il améliora encore sa technique. Sur une immense toile, il dessina une multitude de points qui représentaient l’humanité entière. Désormais, tous les êtres humains étaient comme des poupées de cire, lisses et inexpressifs. Tous identiques.

— Mais… et Dieu… ?

— Dieu ? Et bien, quand il a vu ce que l’humanité était devenue, il a traversé les turbulences et s’est frayé un chemin jusqu’à l’atelier du peintre. Il lui a demandé de lui prêter son pinceau.

— Ah bon ?

— Oui, parfaitement. D’ailleurs, le peintre a poussé un soupir de soulagement car il se doutait que l’heure de la délivrance avait sonné pour lui, l’heure de prendre la tangente. Alors Dieu a badigeonné le grand tableau avec de la peinture noire et a dit : « Voilà, on efface tout et on recommence. Et cette fois-ci, on va s’efforcer de mieux faire ».

— Et alors ?

— Alors, l’univers entier a disparu, y compris Dieu, car lui aussi figurait sur le grand tableau. Ensuite, il s’est passé quelque chose d’unique. Il y a eu un grand Boum. C’est ce qu’on a appelé le Big Bang.

— C’est quoi le Big Bang ?

— C’est le début de la véritable histoire du monde. Je vous en parlerai une autre fois… Il est temps d’aller dormir maintenant !

……………………………………………………………..

Voici ma participation au défi
LES PLUMES à thème n°19   lancé par AsphodèleLes plumes
sur le blog  Les lectures d’Asphodèle .

L’exercice consistait à rédiger un texte ayant pour thème la création. Les mots suivants étaient imposés :

Artiste, univers, expression, mystère,
délivrance, peinture, invention, monde,
résistance, don, innovation, agité, créateur,
unique, traverser, turbulence, tangente.

……………………………………………………………..

Les coulisses de l’histoire

Pour marquer le passage à la nouvelle année, j’ai eu envie d’écrire un texte sous forme de conte. Vous l’avez échappé belle car j’ai eu la tentation de raconter le récit de Mathieu sous forme de bribes, entrecoupées de descriptions. Ainsi, j’aurais pu caser très vite les mots, sans que le texte ait le moindre sens, vu qu’il n’y aurait que des petits bouts de phrases  🙂  Mais bon, c’était un peu trop facile. Un jour peut-être, si l’inspiration n’est pas au rendez-vous…

Autre chose : je n’ai pas réussi à placer « résistance » que j’ai remplacé par « résister ».

Publicités