La révélation — 10 —

Bureau

Épisode précédent

L’intendant s’installa à son bureau. Comme d’habitude, tout était à sa place. Aucun papier ne traînait. Le pot à crayons était rempli d’un assortiment de stylos bille et de crayons bien appointés. L’usure de la vieille règle en bois, posée sur le sous-main de cuir vert bouteille, témoignait d’une utilisation intensive. Sur le côté droit, quelques lettres dépassaient d’un trieur assorti au nécessaire de bureau. Jules ouvrit le tiroir dans lequel il avait rangé le livre et le posa devant lui, puis il attrapa sa sacoche et en sortit le deuxième exemplaire, ainsi que le calepin dans lequel il avait noté les coordonnées des librairies à contacter. Un coup d’œil à la pendule murale lui confirma que l’heure était venue. Il décida de commencer par la librairie lyonnaise. Celle-ci était située rue Saint-Jean, dans la vieille ville, qu’il avait visitée il y a bien longtemps, lors d’une escapade amoureuse alors qu’il était fiancé à Marie-France, son ex épouse. Il avait eu grand plaisir à  découvrir ce quartier pittoresque et en gardait un très bon souvenir. Il décrocha le téléphone.

— Allo, je suis bien à la librairie Plumes ?
— Oui, monsieur. Je peux vous renseigner ?
— Oui. C’est au sujet d’un livre ancien. Heu…
— Ca tombe bien, c’est notre spécialité, répondit l’homme au bout du fil d’un ton enjoué.

Jules  esquissa un sourire, coupé dans son élan. Il se sentait un peu ridicule. Néanmoins, il poursuivit et expliqua ce qui l’amenait.

— Et bien… vous me voyez désolé. J’ai vendu le livre la semaine dernière, le jeudi pour être exact. Je suppose que le catalogue que vous avez consulté n’avait pas encore été mis à jour, c’est pourquoi le titre y figurait encore. Le nombre d’exemplaires de cet ouvrage est très restreint et il est très peu recherché. Je suis étonné qu’il ait pu intéresser deux collectionneurs différents quasiment en même temps. Quelle drôle de coïncidence !
— Est-ce que vous vous souvenez de l’acheteur ?
— Et bien, oui, ma foi. Nous ne vendons pas de livres de cette valeur tous les jours. C’était un homme. Il devait avoir la cinquantaine. Ou peut-être soixante ans. Je ne sais pas…
— A tout hasard, auriez-vous son nom ? Ses coordonnées peut-être ?
— Je ne suis pas autorisé à vous dévoiler son identité. Je pense que vous comprendrez, ajouta le libraire après s’être raclé la gorge.
— Oui, bien sûr… Juste une dernière question : est-ce qu’il vous a réglé en espèces ?
— En effet. Il a réglé en espèces, bien que nous acceptions rarement ce mode de paiement pour un objet d’une telle valeur.

L’intendant comprit qu’il n’en saurait pas davantage et abrégea la conversation. Après avoir chaleureusement remercié son interlocuteur, il raccrocha, un peu dépité. Le libraire ne se souvenait pas d’avoir vu des illustrations. Aucune indication relative à de quelconques gravures ne figurait non plus dans son catalogue. Hormis le fait qu’il pouvait s’agir du même acheteur que la fois précédente, à la librairie Delachaux, Jules avait l’impression de n’avoir pas avancé d’un pouce. Heureusement, il restait la deuxième adresse, dans laquelle il fondait tous ses espoirs. Il composa le numéro.

« Vous êtes bien à la librairie Ex libris. Nous ne sommes pas en mesure de vous répondre actuellement. Nous vous invitons à renouveler votre appel ».

Jules souffla, exaspéré par ce nouveau contretemps, tout en réalisant qu’il lui fallait absolument s’occuper de la réservation du restaurant pour le repas du lendemain. Il fouilla dans son portefeuille, examinant une à une les cartes publicitaires qu’il conservait précieusement dans une pochette. Il se faisait une joie d’offrir à sa fille un repas de Noël digne de ce nom. Finalement, il jeta son dévolu sur un petit carton de couleur pourpre, sur lequel figuraient les coordonnées d’un restaurant réputé. Après ses précédents fiascos, l’intendant se dit que c’était une erreur d’avoir attendu aussi longtemps. Un nouvel échec lui plomberait le moral. Aussi, c’est envahi d’un grand doute qu’il décrocha le combiné.

— Vous savez, il vaut mieux réserver plusieurs jours à l’avance en période de fêtes, fit son interlocuteur sur un ton de reproche. D’ailleurs, nous étions déjà complets en fin de semaine dernière.
— Et bien…, hésita Jules.
— Heureusement pour vous, nous avons eu une annulation de dernière minute ce matin. Vous avez beaucoup de chance !

Jules, soulagé, lui laissa ses coordonnées.

— Je note donc une réservation pour deux personnes, au nom de monsieur Longuemart, pour demain à 12 h 30. Je vous souhaite une très bonne journée. A demain…

Jules réalisa qu’il l’avait échappé belle. C‘était quitte ou double, comme dans les jeux de hasard. Cette fois-ci, la chance semblait enfin lui sourire. Il en avait bien besoin. Il composa à nouveau le numéro de la librairie Ex Libris. En vain. Il tomba une fois de plus sur le répondeur. Avant de se replonger dans ses recherches, il décida de consulter la presse locale, à laquelle il s’était abonné. Il se connecta sur le site des Echos de l’Ouest. Sur la page d’accueil figurait le proverbe du jour, qu’il trouva particulièrement subtil :
« La jeunesse est le temps d’étudier la sagesse; la vieillesse est le temps de la pratiquer. »
Jean-Jacques Rousseau

Hélas, il déchanta bien vite. Le journal avait profité de son précédent article sur le blog du château pour relancer la polémique. C’était fâcheux. Il n’était pourtant pas dans les intentions de Jules de remettre de l’huile sur le feu, bien au contraire. Les médias avaient pour habitude de s’engouffrer dans la brèche, dès lors qu’ils tenaient un os à ronger. Qui plus est dans une petite ville de province où la rubrique des faits divers faisait rarement les gros titres. Même s’il n’était pas en première page, l’article occupait tout de même deux colonnes. L’intendant haussa les sourcils d’exaspération, tout en hochant la tête. Madame le maire allait le maudire, pire, en faire son ennemi juré. Mieux valait faire profil bas car c’était une adversaire à laquelle il préférait ne pas se frotter. « Qui sait, se dit-il, avec les fêtes, l’affaire aller se tasser ».

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Ceci est ma participation au défi  « Des mots, une histoire 128″

Des mots une histoire

lancé par Olivia Billington sur son blog.

Les mots imposés :

sagesse – proverbe – absolument – subtil – vieillesse
ennemie – adversaire – jeu – échecs – fiasco
erreur – accepter – joie – plaisir – offrir

 

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Photo Pat Berardici, avec l’aimable autorisation de son auteur

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Les coulisses de l’histoire

 

 

La révélation — 9 —

Parc

Épisode précédent

Le lundi matin, Jules se leva en pleine forme. Il alluma la radio pour écouter les infos, comme il le faisait tous les jours avant de partir au travail. Il n’y était question que de réveillon, de cadeaux et de repas de fêtes. Le 24 décembre ! Pris par le tourbillon des récents événements, il n’y avait pas pris garde.  Le jour de Noël tombait le lendemain ! Cette année, seule sa cadette, Claire, serait présente. Rentrée de Boston depuis une semaine, elle séjournait actuellement chez son ex épouse. Une invitation au restaurant serait parfaite ; sa fille n’y verrait aucun inconvénient, bien au contraire. Il s’occuperait de la réservation plus tard dans la matinée, car maintenant il était temps de partir.

Il glissa le livre, enveloppé dans le papier bulle, dans sa sacoche et sortit. Pour une fois, l’intendant préféra délaisser le bus. Mieux valait ne pas prendre de risque avec un objet d’une telle valeur. Il sortit sa voiture, une Clio qu’il possédait depuis au moins 15 ans, referma le portail du garage et prit la direction de son lieu de travail. L’impasse dans laquelle se trouvait son petit pavillon débouchait sur une rue bordée d’immeubles cossus. Il tourna à droite, évitant ainsi la gare et ses embouteillages et se dirigea vers la sortie de la bourgade. Lorsqu’il passa devant l’hôpital, une bâtisse du XIXème siècle récemment réhabilitée, l’intendant hocha la tête avec satisfaction devant son imposante architecture. Elle était belle, sa ville. Dès les premiers beaux jours, elle attirait un flot permanent de touristes venus visiter ses monuments historiques ou profiter de ses nombreuses animations culturelles. Mais ce que Jules appréciait par dessus tout, c’était flâner et se perdre dans les petites rues pavés du vieux Saint Sauveur.

Le domaine de Saint-Simon était en vue. Jules stoppa devant l’entrée et descendit de voiture pour ouvrir la haute grille de fer forgé. La longue allée bordée de platanes, pendant longtemps émaillée de nids de poule, avait été fraîchement recouverte de bitume. Lorsqu’il arriva aux pieds du château, il était encore trop tôt pour téléphoner. Aucune des deux librairies ne devait ouvrir avant 10 heures. Jules était trop impatient pour attendre enfermé dans son bureau. Après avoir ouvert les volets du rez-de-chaussée, il décida de faire une promenade dans le parc. Il contourna l’aile droite en direction du jardin à la française qui se trouvait à l’arrière de la bâtisse. D’où que l’on se place, la ligne de fuite des allées de buis offrait une perspective étonnante, comme si le parc était pourvu de dimensions gigantesques. Une lubie du jardinier, féru de géométrie, qui en avait conçu les plans. En hiver, le jet d’eau central n’était pas en fonctionnement, à cause du gel. Malgré l’usure du temps on pouvait encore distinguer, gravée tout autour de la margelle, une frise représentant un entrelacement de fleurs que butinait un essaim d’abeilles. Jules essuya du revers de la main l’assise d’un banc de pierre et prit place. L’air était vivifiant. Il respira à pleins poumons, goûtant à cette sérénité retrouvée. Ce poste d’intendant avait été une véritable aubaine. A l’époque, il partageait son temps entre les quelques heures de cours d’histoire qu’il donnait à l’université, à une cinquantaine de kilomètres, et un travail de documentaliste à la bibliothèque de Saint-Sauveur. La possibilité d’alterner travaux d’intendance et de recherches historiques au château l’avait immédiatement séduit. Il avait préféré fuir le côté urbain et l’anonymat de la grande ville, mais plus encore la constante cohue des couloirs de la faculté. Cela remontait déjà à cinq ans et il n’avait aucun regret.

Perdu dans ses pensées, Jules ne s’était pas rendu compte qu’il était transi de froid. La température avait encore chuté de quelques degrés. Il se frotta vigoureusement les mains et se leva, les enfouissant dans les poches de sa parka. Le mieux était d’emprunter l’entrée qui se situait à l’arrière ; il serait plus vite au chaud. Jules sortit son trousseau. Impossible de faire tourner la clé dans la serrure. C’était pourtant la bonne clé. Tant pis, il lui faudrait réessayer un peu plus tard avec un autre trousseau qu’il gardait rangé dans un tiroir de son bureau. Il rebroussa chemin. Hormis le bruit de ses pas foulant les gravillons, tout n’était que silence. Un silence apaisant. Il tapa des pieds sur le seuil de la porte d’entrée et s’engouffra à l’intérieur. Il allait enfin pouvoir passer ses coups de fil.

Épisode suivant

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Ceci est ma participation au défi
LES PLUMES à thème n°25  lancé par Asphodèle
sur le blog  Les lectures d’Asphodèle .Ecritoire

L’exercice consistait à rédiger un texte ayant pour thème « la ville ». Les mots suivants étaient imposés :

Voiture, rue, immeuble, abeille, théâtre, anonymat, animation,
pavé, visite, parc, asphalte ou bitume,  bus, fuite, flâner,
embouteillages, urbain, gare, cohue, chuter, constant ou constance

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Les coulisses de l’histoire

Je poursuis avec la méthode que j’ai désormais adoptée (insérer les mots après avoir écrit le texte).  Cette fois-ci, j’ai eu chaud. Comme l’histoire commence à s’étoffer, j’ai frôlé la catastrophe. Je n’avais pas compté les jours et j’ai donc réalisé in extremis que le lundi correspondait au 24 décembre dans mon récit ! Panique à bord ! Il m’a fallu vite réajuster mon histoire pour éviter un problème de cohérence. Du coup, la suite risque d’être un peu chamboulée, sauf à faire l’impasse sur le jour de Noël si je juge qu’il n’apporte rien d’intéressant.

La révélation — 8 —

Nouveau théâtre

Épisode précédent

Il était l’heure de se préparer pour aller à la représentation. Charlotte était encore dans la salle de bains. Comme toujours, elle se faisait attendre. Pierre en profita pour consulter ses messages. L’un d’eux attira son attention. Il s’était abonné au blog du château et un e-mail d’alerte l’informait de la parution d’un nouvel article. Il cliqua pour suivre le lien.

— Ça y est, je suis prête !

Charlotte était radieuse. Vêtue d’un élégant tailleur pied de poule noir et blanc, d’un foulard de soie rouge et d’escarpins assortis, elle avait un chic fou. Soigneusement maquillée, mais avec discrétion. A 48 ans, mieux valait avoir la main légère. Elle sourit à son image dans le miroir du vestibule, remit en place une mèche blonde puis, satisfaite, se dirigea vers le salon tout en enfilant son manteau.

— Pierre, je suis prête ! Où es-tu ?

— J’arrive !

— C’est toi qui va nous mettre en retard maintenant, fit-elle avec malice. Mais qu’est-ce que tu fais ?

— Rien, j’arrive.

Charlotte le rejoignit dans son bureau.

— C’est quoi ça ?

— Rien, je te dis. Allez, on y va !

— Attend…

Charlotte fixait l’écran en écarquillant les yeux, le souffle suspendu. Peu à peu son visage se décomposa. Ca n’allait donc jamais s’arrêter. Elle qui espérait que l’histoire allait se tasser, voilà que ce Longuemart récidivait. Pour quelle raison s’acharnait-il à ce point et faisait-il preuve d’autant de cruauté à son égard ?

— Écoute, ma chérie, calme-toi. Ça va s’arranger. Tu vois bien, il fait des excuses publiques et il va même…

— Des excuses ! S’il n’avait pas commencé, il n’aurait pas besoin de s’excuser. Et puis quelle mouche l’a piqué ? Il veut faire la vérité sur quoi ? Il n’y a rien à dire !

— Tu as raison. Mais tu ne dois pas te mettre dans des états pareils. Tu te fais du mal inutilement.

— Et comment je devrais le prendre à ton avis ?

Pierre ne répondit pas. Il la prit simplement dans ses bras. Charlotte ravala les larmes qu’elle sentait monter. Elle n’aimait pas se montrer faible, mais c’était si bon de se laisser aller dans la douce chaleur de ces bras protecteurs. Abandonnée, elle ne put réprimer un sanglot. Pierre la serra encore plus fort.

— Si tu veux, on reste ici, murmura-t-il à son oreille.

Elle se dégagea doucement de son étreinte.

— Non ! Il n’en est pas question !

Pendant qu’elle se rafraichissait, Pierre éteignit l’ordinateur, un peu déçu. Finalement, il aurait préféré rester à la maison avec elle, la cajoler, la réconforter. Il aimait bien endosser le rôle de chevalier servant toujours prêt pour sa dulcinée. Résigné, il enfila un pardessus en cachemire gris et enroula autour de son cou l’écharpe de laine que Charlotte lui avait offert pour son anniversaire. Elle trouvait que ce simple accessoire, en ajoutant une touche de raffinement à sa tenue, lui donnait une certaine prestance.

A vingt heures passées, les abords du théâtre étaient déjà impraticables. La pièce avait attiré un public nombreux. Heureusement, Pierre avait trouvé facilement à se garer, dans le petit parking situé à l’arrière de la cathédrale. Lorsqu’ils sortirent de la voiture, quelques gouttes commençaient à tomber. Surpris par la pluie, un joueur d’orgue de Barbarie, qui s’était installé sur le parvis, s’empressa de ranger tout son attirail. Il se réfugia sous un porche, à proximité d’un soupirail qui crachait une épaisse vapeur à la moiteur presque bienfaisante, tant le froid était vif. A l’approche des fêtes, les rues étaient animées. Après la fermeture des magasins, on pouvait encore croiser quelques passants restés en ville pour admirer les illuminations ou pour boire un verre de vin chaud au marché de Noël. Pierre et Charlotte hâtèrent le pas en direction du théâtre. Une affiche aux couleurs criardes annonçait déjà le prochain spectacle : « La mousson ».  Alors qu’ils atteignaient les dernières marches du perron, ils aperçurent Philippe Martin, en compagnie de son épouse, en train de pavoiser au milieu d’un petit groupe de notables.

— Quand même, chuchota Pierre, j’ai du mal à me faire à l’idée qu’elle s’appelle Alizée, avec sa tête de gargouille. Il pouffa, ravi d’avoir pu soutirer un maigre sourire à son épouse.

Martin expliquait avec force gesticulations comment l’idée de créer plusieurs espaces lui était venue. L’agencement en niveaux séparés de quelques marches et l’utilisation de matériaux tels que le verre, le bois et l’acier en faisait un ensemble aéré, sans pour autant donner l’impression d’une bâtisse impersonnelle et sans âme. Charlotte ne pouvait pas se permettre d’ignorer la présence de son adversaire, surtout en de telles circonstances. Elle s’approcha du petit groupe, la tête haute, suivie de son époux.

— Charlotte, comment allez-vous ?

— Très bien, mon cher. Vous admirez votre œuvre ?

En s’adressant à lui en tant qu’architecte, elle ignorait délibérément le candidat à la mairie.

— Ma foi, mes amis étaient en train de me dire que c’était une véritable réussite, ce dont je suis très flatté, même si cela remonte maintenant à quelques années.

— Vous pouvez, au prix que cela a coûté à mon prédécesseur. Mais dites-moi, j’ai appris qu’il avait fallu procéder à quelques réparations. Une gouttière, si je me souviens bien. Serait-ce un défaut de conception ? ajouta-t-elle d’une voix aigre-douce.

— Bon, nous devons vous laisser, fit Pierre, en saisissant le bras de son épouse. La pièce ne va pas tarder à commencer.

Tous deux s’éloignèrent, sous le regard agacé de Martin.

— Tu  crois que je n’aurais pas dû ? fit-elle.

— Au contraire ! Mais il faut toujours savoir s’arrêter à temps. Là, tu ne lui as même pas laissé le temps de répondre. Tu lui as coupé l’herbe sous le pied !

Charlotte sourit. Elle avait épousé un homme admirable. Vraiment admirable. Ils entrèrent dans la salle de spectacle et s’installèrent. Quelques instants plus tard, la pièce commençait. Un agréable moment de répit après toutes les émotions de ces derniers jours.

Épisode suivant

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Ceci est ma participation au défi  « Des mots, une histoire 127″

Des mots une histoire

lancé par Olivia Billington sur son blog.

Les mots imposés :

élégance – prestance – raffinement – cruauté – barbarie
orgue – cathédrale – gargouille – gouttière – pluie
mousson – alizés – moiteur – douce – laine

Consigne facultative : commencer le texte par la lettre A et le terminer par la lettre Z

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Les coulisses de l’histoire

Toujours dans la continuité : le texte est écrit au préalable, puis j’insère les mots de ci de là, tant bien que mal… Vous noterez qu’il m’a fallu un peu ruser pour « gargouille », « mousson » et « alizés ».

Quant à la consigne facultative, et bien… elle était facultative et donc je l’ai carrément ignorée.

 

La révélation — 7 —

Château

Épisode précédent

L’intendant expédia le déjeuner tant il avait hâte de s’atteler à la tâche. Travailler le dimanche ne le dérangeait pas. Il avait la chance de pouvoir s’organiser comme il le voulait, son employeur lui laissant entièrement carte blanche. Il s’agissait de l’actuel propriétaire du château, un richissime marchand d’art. Celui-ci possédait plusieurs galeries à travers le monde et était tombé sous le charme dès qu’il avait aperçu le domaine de Saint-Simon. La situation géographique de la bourgade avait fini de le convaincre : à une heure de la montagne, elle bénéficiait d’un air si pur que la municipalité n’avait jamais eu à se soucier du sujet de la pollution.  Véritable aubaine pour la ville, le château et les terres attenantes avaient été cédés au marchand d’art pour une somme rondelette. L’entretien de la bâtisse représentait une charge que même la région ne pouvait assumer. Le château serait tombé en décrépitude sans l’offre inespérée de cet acheteur providentiel. Outre l’intendance, il avait confié à Jules Longuemart le soin d’effectuer des recherches sur son histoire. A la réflexion, madame de Frontignolles avait œuvré indirectement à la sauvegarde du monument en prenant cette sage décision.

L’intendant commença à admettre qu’il avait pris les choses un peu à la légère. Depuis toutes ces années il lui en avait voulu, alors qu’elle avait les mains liées. Elle ne pouvait pas se permettre de rouvrir les portes du château, pas plus que de lui offrir un poste d’intendant. A présent, il était grand temps de réparer les erreurs du passé. La première chose à faire était de rédiger un nouvel article sur le site du château. Depuis la veille, l’idée lui trottait dans la tête. Il tenta d’expliquer que ses allégations avaient peu de valeur. A supposer qu’il reste une descendance de la baronne de Saint-Simon, ce qui restait à prouver, rien ne permettait de dire que la dite descendance allait reproduire le même schéma. Il s’en voulait d’avoir ouvert une boîte de Pandore à laquelle il aurait mieux valu  ne pas toucher. Enfin, il se confondait en excuses et promettait de faire le jour sur toute cette histoire. Au moment où il cliqua sur le bouton « Publier »,  la bulle de culpabilité qui l’enveloppait commença à se diluer. Il soupira, enfin soulagé.

Jules enfila une paire de gants en coton blanc et sortit le livre du tiroir. Il le manipulait avec précaution. Ses gestes étaient lents et précis. Il prit quelques clichés afin de les comparer avec ceux déjà réalisés et les téléchargea sur son ordinateur. L’impression de réinventer le jeu des sept erreurs le fit sourire, alors que les photos s’affichaient sur l’écran, côte à côte. C’était étrange. Pour quelle raison l’artiste aurait-il peint des portraits avec aussi peu de différences ? Etaient-ce des esquisses ? Au vu du travail effectué, il était permis d’en douter. Jules fronça les sourcils. Quelque chose le tracassait. Etait-il possible qu’il y ait eu d’autres exemplaires de l’ouvrage, tous différents ? Sans trop savoir où cela le mènerait, une idée commença à germer : il devait en avoir le cœur net. Heureusement pour lui, Internet était accessible 7 jours sur 7. Il lança une recherche sur le titre de l’ouvrage et finit par trouver ce qu’il cherchait. Vingt quatre exemplaires avaient été répertoriés. La plupart appartenaient à des collectionneurs qui souhaitaient rester dans l’anonymat. Hormis les deux exemplaires en sa possession, deux autres ouvrages restaient accessibles, l’un dans une librairie lyonnaise, l’autre dans une petite ville du sud ouest de la France. Il griffonna rapidement leurs coordonnées dans un carnet en se promettant de les contacter dès le lendemain matin.

Il était déjà 17 heures lorsqu’il décida d’éteindre son ordinateur et de se détendre jusqu’à la fin du week-end. Et dire que c’était ce soir que se jouait au théâtre l’unique représentation de  « Quand soufflera la tempête, je partirai en courant » ! Il avait été furibond lorsqu’il avait appris qu’il ne restait plus la moindre place. Il s’en voulait encore un peu de s’être laissé à ce point accaparer par toute cette histoire , mettant sa vie entre parenthèses. Jules inséra un disque laser dans le lecteur et s’installa confortablement dans son fauteuil. Une douce musique s’éleva, envoûtante. C’était une ballade folk des années 70, un moment de pur bonheur. Lorsque la voix chaude de la chanteuse s’éleva, il ferma les yeux pour goûter à cet instant empreint de magie. Cette chanson, il avait beau la connaitre par cœur, il ne pourrait jamais s’en lasser. Tant de souvenirs y étaient attachés. C’est ce jour-là qu’il avait rencontré son premier amour de jeunesse, à l’occasion d’une kermesse. Elle était assise sur une balançoire, à l’écart des autres. Son K-way rouge vif se gonflait sous les assauts du vent et ses cheveux voletaient en tous sens. On aurait dit qu’elle allait s’envoler. Elle s’appelait Camille. Lorsque, quelques mois plus tard, il s’était inscrit à la Sorbonne, il ignorait alors qu’il avait bien malgré lui ouvert une brèche. Lorsqu’il rentra chez lui à l’occasion des premières vacances scolaires, il apprit qu’elle était partie à l’étranger, sans lui laisser la moindre adresse. Il en fut profondément blessé, puis, avec le temps il l’oublia. Bercé par la douce musique, Jules s’endormit.

Épisode suivant

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Ceci est ma participation au défi
LES PLUMES à thème n°24  lancé par Asphodèle
sur le blog  Les lectures d’Asphodèle .Ecritoire

L’exercice consistait à rédiger un texte ayant pour thème « l’air ». Les mots suivants étaient imposés :

Temps, vie, chanson, rien, diva, furibond, montagne,
souffle, pollution, tempête, ballade, léger, envoyer,
courant, bulle, prendre, gonfler, voleter, brèche, blesser, balançoire.

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Les coulisses de l’histoire

Pas de nouveauté : je poursuis mon histoire en utilisant la même méthode : le texte est déjà écrit et j’y  ajoute les mots imposés. Certains mots ne collant pas du tout avec ce que j’avais déjà rédigé, j’ai dû improviser. Le titre de la pièce est franchement ridicule, mais tant pis. J’ai dû rallonger le texte avec la partie consacrée à la  fin du week-end. Ainsi, Jules a pu se reposer un peu, bercé par la douce musique de Joni Mitchell et par de doux souvenirs.

Pour écouter « Amelia », c’est par ici. C’est une chanson que j’adore…

L’alternance des scènes dans un roman

ScènesL’alternance de descriptions et de dialogues semble être une évidence pour la plupart des écrivains, mais qu’en est-il de l’alternance des scènes qui se passent dans des lieux différents ? Dans ce billet, je vous livre à nouveaux mes interrogations, rien de plus.

Sauf à ce qu’elle se déroule dans un huis clos, ou que le récit soit raconté à la première personne, une histoire ne se réduit pas à une succession linéaire d’événements. Dans une histoire, chaque protagoniste a sa propre vie, évolue dans un environnement qui lui est propre. Tous les personnages ne se trouvent pas forcément au même endroit au même moment. Il est donc nécessaire d’alterner les scènes : on va parler d’un personnage, la plupart du temps le personnage principal, décrire ce qu’il fait, le faire agir, le faire parler. Puis, il faudra introduire un deuxième personnage, un troisième… Or ces personnages ne se côtoient pas en permanence. Certains même ne seront pas amenés à se croiser avant des dizaines de pages. Comment passer d’une scène à l’autre, sans donner la sensation d’un récit décousu, même si la chronologie est parfaitement respectée ? Faut-il éviter les va-et-vient d’un personnage à l’autre et s’appliquer à en dire le plus possible sur ce qui se passe dans la vie de l’un des protagonistes avant de changer de lieu ?

Comment organiser la chronologie de ces scènes pour donner du rythme à l’histoire, donner l’impression qu’on assiste en parallèle à différentes péripéties pour éviter la monotonie, mais sans risquer de faire perdre le fil au lecteur ? Faut-il alterner scènes courtes (par exemple 3 pages) et scènes longues ? Rallonger une scène à dessein, pour faire monter la tension, parce que l’on sait que le lecteur va attendre impatiemment la scène suivante, celle où des révélations sont attendues ?

Quelle est votre approche personnelle ? Pensez-vous qu’une alternance de scènes courtes, pour donner du rythme ou pour provoquer la frustration du lecteur, soit une bonne technique ? D’après vous, peut-il y avoir plusieurs scènes dans un même chapitre ?

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Photo Gertie_DU, avec l’aimable autorisation de son auteur

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La révélation — 4 —

Demeure

Episode précédent

— Quelle journée ! s’exclama Charlotte en étendant ses jambes sur le canapé. Il y a des jours où j’aimerais tout envoyer balader ! Sans toi, je crois que j’aurais renoncé à me présenter cette fois-ci.

— Voyons, ma bichette, je sais bien que c’est ta raison d’être. Et puis, cette ville ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui sans toi. Repose-toi, je m’occupe de tout !

— Ah, qu’est-ce que je ferais sans toi, répondit-elle en le regardant avec tendresse.

Dans le privé, Charlotte n’avait plus rien à voir avec la femme au caractère trempé que côtoyaient ses collaborateurs. Sa rencontre avec Pierre Lacombe lui avait procuré une véritable bouffée d’air frais. Il faut dire que feu monsieur de Frontignolles était un ténébreux, mais pas du genre « beau brun », plutôt un asocial dont le caractère soupe-au-lait en avait hérissé plus d’un. Pierre, tout au contraire, était plein de vie et aimait briller en société. Comédien né, ses tirades grandiloquentes étaient souvent qualifiées d’esbroufe par ceux qui le côtoyaient de loin. En réalité, sous des dehors superficiels se cachait un homme sensible et attentionné. Il savait émailler le quotidien de ces petits riens qui rendent la vie plus douce. Fin cordon bleu, il adorait passer des heures dans la cuisine, à mitonner pour sa femme des petits plats dignes d’un chef.  Ce soir, il avait décidé de préparer un repas de saison, tout simple, accompagné d’une crème renversée.

Bercée par les bruits familiers qui provenaient de la cuisine, Charlotte finit par s’assoupir.  Lorsqu’elle sortit de sa léthargie, un parfum de vanille embaumait jusqu’au salon. Elle s’étira paresseusement et rejoignit son époux. Durant toute la soirée, Paul déploya des trésors d’imagination pour lui faire oublier cette sombre journée. Il avait réussi à se procurer au dernier moment deux entrées pour la première d’une comédie dramatique qui devait se jouer au grand théâtre le lendemain soir. Il s’agissait de l’adaptation d’un roman qu’elle avait adoré, une pièce mise en scène par un scénariste de renom. Hélas, la surprise n’eut pas l’effet escompté. Charlotte, épuisée, l’écoutait d’une oreille distraite et, sitôt le repas terminé, se mit en devoir de débarrasser la table. C’était comme si elle ignorait délibérément ses propos, comme si un gouffre les séparait. Mais Pierre savait qu’il n’en était rien. Un peu déçu de voir la soirée ainsi s’écourter, il lui proposa malgré tout d’aller se coucher. Il s’occuperait de tout.

— Demain, je veux te voir pimpante et fraîche. Ceux qui cherchent à te nuire en seront pour leurs frais.

Depuis son divorce, huit ans auparavant,  Jules Longuemart vivait seul. Bien qu’il soit resté en bons termes avec son ex épouse, les occasions de retrouver un semblant de vie familiale se faisaient rares. Noël était souvent un prétexte pour recréer cette ambiance de fête qu’ils avaient autrefois partagée, lorsque les enfants étaient petits. Aujourd’hui, ils volaient de leurs propres ailes, loin d’ici. Grégory, qui travaillait pour une association humanitaire, était souvent en voyage.  Claire, la benjamine, enseignait le français dans une prestigieuse université de l’est des Etats Unis. Parfois, leur absence lui pesait, même s’il avait pris goût à cette vie solitaire. C’était le dernier week-end avant Noël, celui où la plupart des gens courent en tous sens à la recherche des derniers cadeaux. Pourtant, ce samedi-là était un samedi comme les autres pour Jules, car dans sa famille les échanges traditionnels de présents étaient révolus, depuis le jour où ses enfants avaient décrété qu’offrir des cadeaux pour Noël  c’était « un truc commercial trop nul ». Aussi, en se levant ce matin-là, il savait qu’il pouvait se permettre de prendre tout son temps. Le reflet que lui renvoya le miroir de la salle de bains le surprit. Des cernes bleuâtres, un teint de papier mâché accentué par la lumière artificielle et pour couronner le tout, une barbe de deux jours. L’histoire du mystérieux portrait occupait donc ses pensées à ce point ? se fit-il. Au point d’en oublier de se raser. Jamais il ne s’était laissé aller de la sorte. A cinquante ans passés l’homme, à l’apparence plutôt classique, était soigné. Vêtu la plupart du temps d’un complet de bonne facture, il possédait une bonne douzaine de chemises de couleur blanche, faciles à assortir en toutes circonstances. En revanche, il avait remisé depuis longtemps les cravates, qui, prétendait-il, donnaient aux hommes de son âge un look « has been ». Le week-end, il préférait porter une tenue moins conventionnelle : pantalon de toile, polo et chandail. Il allait s’installer devant son ordinateur lorsque la sonnette retentit. Il n’attendait pourtant aucune visite.

— Monsieur Longuemart ? fit une voix caverneuse. Une signature s’il vous plaît. Ici, ajouta le livreur en lui tendant une tablette tactile.

Intrigué, l’intendant examina le colis, se demandant de quoi il s’agissait. La boîte, de format modeste, aiguisait sa curiosité. D’autant plus qu’il n’avait passé aucune commande.

Épisode suivant

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Ceci est ma participation au défi  « Des mots, une histoire 125″
lancé par Olivia Billington sur son blog.

Les mots imposés :Des mots une histoire

ténébreux – sombre – gouffre – clair – caverneux
roman – asocial – adaptation – théâtre – dramatique
scénariste – comédien – grandiloquent

La consigne facultative : décrire un rendez-vous amoureux.

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Photo Pat Berardici, avec l’aimable autorisation de son auteur

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Les coulisses de l’histoire

Vous aurez identifié sans peine les portions de texte ajoutées ou modifiées, j’en suis sûre. Il faut dire que cette semaine, les mots ne s’accordaient pas du tout avec mon récit. Mais alors pas du tout ! Pour le coup, la personnalité du personnage de Pierre Lacombe prend une tournure que je n’avais pas prévue. Quand j’ai écrit « ses tirades grandiloquentes étaient souvent qualifiées d’esbroufe », il m’a tout de suite fait penser à Yves Montand ! Le pompon, je crois, est tout de même le livreur à la voix caverneuse…  🙂

C’est mardi, comment écrivez-vous ?

mardi1

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C’est mardi, comment écrivez-vous ?

Sur une idée d’Olivia Billington.

Olivia propose depuis peu ce petit exercice hebdomadaire auquel je vais tenter de participer, du moins cette semaine.

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Pour ma part, en semaine, je ne peux écrire que le soir, puisqu’en journée je travaille. En ce moment, je  m’attèle à la suite de l’histoire que j’ai rédigée la semaine dernière. Et oui, mes fidèles lectrices et lecteurs ont réussi à me convaincre  (vous êtes très forts ! ).

J’écris de manière appliquée, mais pas avec une régularité d’horloge. Certains écrivains disent qu’ils faut se contraindre à écrire régulièrement, tous les jours de l’année.  Mais voilà, il se trouve que je ne suis pas écrivain (sinon cela se saurait). Ensuite, je considère l’écriture comme un loisir. Or, un loisir ne doit pas devenir une contrainte, sinon il ne le restera pas longtemps (loisir).

Pour la suite de mon histoire, j’ai effectué quelques recherches, comme bien souvent, sur Internet (par commodité). Je vérifie toujours ce que j’écris lorsque j’ai un doute (le sens d’un mot que je connais mal, un synonyme, un événement historique si je l’évoque, un lieu géographique…). Les recherches ont un double intérêt. En permettant d’éviter les erreurs, elles donnent de la crédibilité au récit. Elles permettent en outre de s’enrichir personnellement. En revanche, inutile d’insister, je ne vous dirai pas lesquelles j’ai dû effectuer cette fois-ci, sous peine de vous donner des indices…  😉

Quelques exemples :

– Pour écrire Un rêve insensé, j’ai dû faire quelques recherches sur la conquête spatiale en Chine.

– Pour  L’énigmatique monsieur Novak, mes recherches ont porté sur Prague (où je ne suis jamais allée).

– Quant à La femme de l’usurier, elle m’a permis de faire des découvertes sur les peintres flamands.

Est-ce que vous aussi vous vous prenez au jeu  et considérez la recherche d’information comme une véritable aventure ? Est-ce que vous y prenez plaisir ?

Enfin, il y a la photo qui va illustrer le texte. Là aussi, toutes ces belles images sont l’occasion de titiller notre imagination. Mais je m’égare…

En bref, à la question « C’est mardi. Comment écrivez-vous ? », je répondrai : « directement sur mon ordinateur, dans Word. Ensuite, je fais un copier coller dans le blog et je finalise la mise en page, avec la photo, la règle du jeu de l’atelier et les coulisses de l’histoire. Tout ça avec application et en effectuant quelques recherches. Ah oui, et maintenant, j’en arrive à l’un de mes moments préférés : la relecture à voix haute, pour  apprécier la musicalité des mots  et apporter la touche finale».

Les fourmis

écrivainJ’ai la ferme intention de lui dire la vérité. Sans me chercher d’excuses. Tous les ans, je rédige ma liste de bonnes résolutions. Et tous les ans, le morceau de papier finit à la corbeille. Cette fois-ci, je tiendrai bon. En tête de liste : prendre mon courage à deux mains et tout lui dire. C’est mon vœu le plus cher. Ma décision est prise car au train où vont les choses, je ne peux plus reculer.

La première fois que j’ai observé le phénomène, j’ai  cru à une erreur de calcul. Les longues heures d’intense concentration passées dans le laboratoire et le manque de sommeil avaient eu raison de ma vigilance. Une erreur dans le protocole de tests avait très certainement faussé le résultat. Lorsque, après quelques jours de repos, je me suis aperçu que je parvenais toujours aux mêmes conclusions, j’ai compris. J’ai su que la mutation avait commencé. J’ai beau me dire que Muriel ne m’a pas choisi pour ma plastique, j’ignore comment elle va réagir lorsqu’elle va être confrontée à cette terrible nouvelle. La transformation est à présent irrémédiable. Raser furtivement les murs ou essayer de me cacher sous un vulgaire déguisement serait peine perdue. Que faire ? Partir loin d’ici, émigrer à l’étranger, tenter de me fondre dans la populace tel un clandestin ? Tôt ou tard, je devrai tomber le masque. Perdu dans le cours de mes pensées, je viens de franchir le seuil de mon immeuble sans même réaliser que j’arrive chez moi. Engourdis par le froid, mes doigts peinent à pianoter sur le clavier pour entrer le code d’accès. Devant ma porte d’entrée, je suis confronté à une autre difficulté : impossible de faire tourner la clé. Je me résous à appuyer sur la sonnette.

— Ah, c’est toi ! Mais tu n’as pas ta clé ?

— Je ne la retrouve pas.

Un mensonge. J’ai fait le souhait de dire la vérité et voilà que j’égratigne déjà mes belles promesses. C’est à peine si j’ose soutenir son regard. Je me sens misérable.  Muriel m’aide à retirer mon pardessus, mais l’une des manches est coincée. Ma main droite reste fermement agrippée au tissu de laine. J’ai beau tenter de me maîtriser, c’est plus fort que moi

— Je crois que c’est la doublure. Elle s’est décousue.

Enfin, je parviens à ôter mon manteau. Je me dépêche de le ranger dans le placard. Les chaussures maintenant. Dénouer les lacets s’avère plus compliqué que prévu. Tiraillés dans tous les sens, ils s’emmêlent et forment un embrouillamini de nœuds bien serrés.

— Mais à quoi tu joues ? s’exclame Muriel, haussant un sourcil incrédule.

— A rien…

Deux mots, les seuls que je peux articuler, tant ma gorge est serrée. Je m’affale dans le vieux fauteuil au cuir râpé. Je suis tellement fatigué. Toutes ces années de recherche pour en arriver là, c’est pitoyable. Je tente de poursuivre, un sanglot dans la voix.

— Muriel, je suis fichu.

— Qu’est-ce…

— Ca a commencé. Mes doigts… Chaque jour, ils gagnent un peu plus en autonomie. Tu sais, un être vivant normalement constitué est un tout, un ensemble d’éléments indissociables qui œuvrent pour maintenir l’intégrité de ce tout.

— Sans doute, mais où veux-tu en venir ?

— Mes recherches  sur les fourmis, l’étude de leur comportement. Je t’en ai parlé… Le jour où l’une des fourmis est devenue un individu à part entière qui n’agissait que pour son propre compte et non pour celui de la collectivité, j’aurais dû tout arrêter.  J’aurais dû refuser de poursuivre les expérimentations. Maintenant, je vais le payer très cher.

— Je ne comprends pas… Chéri, tu me fais peur…

— Bientôt, je ne pourrai plus rien contrôler. Chacun de mes doigts voudra vivre sa propre vie. Peu à peu, chaque organe aura sa propre individualité. J’ignore ce qui va se passer, si je vais devenir un criminel ou si mon corps va finir par se disloquer, mais je sens que la situation m’échappe.

Muriel me regarde avec effarement.

— Tu dois m’aider.

— Mais comment ?

— Tu vas m’attacher solidement à cette chaise, avant qu’il ne soit trop tard, avant que je puisse te faire du mal.

Ma femme s’exécute en suivant mes instructions à la lettre. Ensuite, elle sort vite de l’appartement pour se mettre hors de ma portée et part téléphoner au numéro que je lui ai confié. Mais lorsque les services secrets débarqueront, il sera trop tard, je le crains. Tout se précipite au moment où l’index de ma main droite parvient à se détacher dans un long bruit de succion, un bruit insupportable. La douleur est fulgurante. Tel un énorme ver, le doigt se contorsionne et s’attaque à l’ascension de mon bras.  Une véritable terreur me gagne lorsqu’il atteint mon visage.

Je repose le stylo en soupirant. Aujourd’hui, je n’ai écrit que deux pages, mais l’histoire est posée. Mon roman est en bonne voie.

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Ceci est ma participation au défi  « Des mots, une histoire 123″
lancé par Olivia sur le blog  « Désirs d’histoires »des mots une histoire

Les mots imposés :

souhait – vœux – mutation – émigrer
desideratum – melting-pot – cours
plastique – fausser – furtivement – cacher – clandestin

Cette fois-ci, Olivia a ajouté une petite variante :  « L’autre consigne, qui elle est facultative, est de commencer votre texte par « J’ai la ferme intention de lui dire la vérité. Sans me chercher d’excuses. » Dans ce cas, vous pouvez vous limiter à dix mots imposés ».

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Photo Gertie_DU, avec l’aimable autorisation de son auteur

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Les coulisses de l’histoire

Cette semaine, j’ai trouvé l’exercice particulièrement difficile… D’ailleurs, j’ai éliminé d’emblée « melting-pot » qui ne collait pas du tout et « desideratum » qui alourdissait inutilement le texte (« souhait », « vœu » et « desideratum », ça fait un peu beaucoup non ? ). De plus, je trouve que mon texte est confus et manque de cohérence. Et pour la fin, j’ai usé d’une pirouette pour me tirer d’une situation qui devenait inconfortable. Bref, difficile, oui…

Tiens, je propose un défi dans le défi : qui serait tenté par la rédaction d’une autre fin ?

Juste après la phrase : « Une véritable terreur me gagne lorsqu’il atteint mon visage. »

La véritable histoire de la Joconde

JocondeAprès s’être cassé les dents sur l’identité du modèle le plus célèbre au monde, les historiens, las de toutes ces tergiversations,  finirent par se mettre d’accord. Il fut décidé que cette femme, d’origine florentine, était issue de la classe moyenne et  s’appelait  Lisa Gherardini. Or, il n’en est rien. Tout cela n’est que pure hypocrisie, mensonges éhontés d’une armée de piètres chercheurs en quête de mystère. Il est temps de lever le voile, sous lequel, vous le verrez, se dissimule une banale vérité.

Peu enclin au dur labeur auquel le destinait son père, Marco était un jeune vénitien insouciant. Le métier de boucher, transmis de père en fils, lui répugnait. L’odeur de viande sanguinolente lui tirait des grimaces et des haut-le-cœur qu’il était incapable de réprimer. Ce travail n’était pas fait pour lui. Le soir, lorsque la maisonnée était assoupie, il s’enfermait dans sa chambre et s’adonnait à sa passion. Il ouvrait la grande malle de voyage qui embaumait la poudre de riz et étalait sur le lit les trésors qu’elle celait : une farandole de tissus chatoyants, de brocarts pailletés d’or, de soies aux tons crème et caramel. Quelques plumes chamarrées venaient compléter ces précieuses étoffes, dont l’une, d’un jaune éclatant, viendrait agrémenter une tenue qu’il destinait à sa dulcinée pour la soirée exceptionnelle qui se préparait. Enfant, Marco adorait déjà se déguiser et se grimer.  Aujourd’hui, il confectionnait des costumes pour son propre usage et pour quelques uns de ses amis avec lesquels il jouait la comédie dans un vieux théâtre désaffecté. Isabella, sa fiancée, devait le rejoindre le soir même pour se rendre à la première et unique représentation de leur nouvelle pièce. La veille, elle était passée pour les derniers essayages : pour elle, une robe de princesse en taffetas aux nuances mordorées. Pour lui, un costume d’indien en peau de buffle, rebrodé de fils d’argent et un masque d’argile finement travaillé qui représentait un visage plus vrai que nature. Une perruque longue parachevait le déguisement. Marco était méconnaissable, derrière ce camouflage. Ils partirent, usant d’un habile stratagème en prétextant une sortie au bal, leurs costumes de scène cachés au fond d’une besace.

Le spectacle connut un véritable succès. La mort dans l’âme, le jeune homme ne pouvait s’autoriser à dévoiler son identité. Aussi, c’est masqué et vêtu de sa tenue d’indien qu’il posa avec ses compagnons pour le peintre qui allait immortaliser leur réussite, un jeune artiste prénommé Léonardo. Le tableau ne fut jamais livré et plus personne n’y pensa. Un jour pourtant, Léonardo retrouva la vieille croûte et fut aussitôt saisi par ce visage énigmatique à moitié effacé par l’usure du temps. Une fièvre incontrôlée le gagna au point qu’il n’eut de cesse de redonner vie au personnage de l’indien. Le visage fut reproduit à l’identique : fin, mais sans véritable grâce, le teint un peu jaunâtre. De longs cheveux bruns, un peu ternes et gras, encadraient ce qui avait été jadis un masque d’argile, un masque qui avait pris figure humaine grâce au talent de l’artiste. Il peignit ensuite un corps de femme, ajoutant ainsi au mystère qui se dégageait du tableau, mais ne toucha pas aux manches en peau de buffle, en guise de clin d’œil. Satisfait du résultat, il apposa sa signature : Leonardo da Vinci. Pour terminer, il se gratta la tête pour trouver un titre évocateur à ce tableau qui n’était en fin de compte qu’une de ses nombreuses facéties. « La Joconde ! » s’exclama–t-il joyeusement, en réalisant que cette moue lui rappelait un peu le sourire niais de l’épouse d’un marchand de soie croisé quelques jours auparavant.

Telle est la véritable histoire de la Joconde. Tout le reste n’est que pure fantaisie de la part d’historiens peu scrupuleux.

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Voici ma participation au défi
LES PLUMES à thème n°20   lancé par AsphodèleLes plumes
sur le blog  Les lectures d’Asphodèle .

L’exercice consistait à rédiger un texte ayant pour thème « le masque ». Les mots suivants étaient imposés :

Visage, camouflage, armée, plume, vénitien, jaune,
déguiser, bal, argile, mensonge, embaumer, comédie,
celer, mystère, pailleté, crème, farandole, grimace,
hypocrisie, dissimuler, unir, usure, unique

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Les coulisses de l’histoire

J’ai eu beaucoup de mal à placer ces mots. Ce n’est pas pour rien que j’ai écrit une histoire aussi tarabiscotée…  Les mots qui ont donné l’orientation à ce petit récit sont « vénitien » et « mystère », même si la Joconde était florentine… De là est venue l’idée que l’histoire de la Joconde que l’on connaît n’est pas la véritable histoire. Comme vous n’aurez pas manqué de le remarquer, je me suis permis quelques libertés  (j’entends déjà les commentaires: « es-tu sûre que les italiens utilisaient de la peau de buffle au XVIème siècle ? »). Une fois mon texte écrit, je me suis aperçue que « joconde » était aussi un nom masculin qui signifie « coureur de jupons ». Trop tard, car tout était déjà bouclé…

La véritable histoire du monde

Univers

— Papa, papa, raconte-nous la création du monde !

— Très bien. Il était une fois…

La petite phrase alluma aussitôt une étincelle dans leurs yeux pétillants. Les enfants s’étaient assis en demi-cercle, attendant la suite bouche bée. Rien qu’à voir leur expression béate, on les savait conquis d’avance. Mathieu avait un réel talent de conteur, une sorte de don qui dans sa famille se transmettait de génération en génération.

— …un peintre qui se faisait appeler « Le Créateur ». Sa peinture avait le pouvoir étrange de transformer le monde. Un véritable mystère aux yeux des scientifiques qui avaient tenté en vain de trouver une explication. Ses portraits étaient plus vrais que nature, plus expressifs que ne l’étaient les modèles eux-mêmes. Mais la véritable innovation dans la technique qu’il avait mise au point était ailleurs. Qu’il vienne à gommer une ride sur un front disgracieux, à ajouter quelques mèches de cheveux à un crâne dégarni, le changement se répercutait immédiatement sur le modèle. Finis les bourrelets des amateurs de bonne chère autrefois ventripotents. Les vieilles rombières, quant à elles, arboraient désormais un teint radieux d’une fraîcheur incomparable. Il fut bientôt célèbre dans tout le pays. Une véritable frénésie s’était emparée de la population. Tous se l’arrachaient, chacun voulant être encore plus jeune, encore plus beau. L’artiste ne savait plus où donner de la tête, tant les commandes affluaient. A présent, même le petit peuple voulait sa part du gâteau.

— Mais il est où Dieu dans tout ça ? s’écria un blondinet.

— Ça va venir. Écoute la suite. Donc, le peintre avait beau essayer de refuser des commandes, il lui était impossible de résister car il faisait beaucoup de mécontents. Pour pouvoir satisfaire tout le monde, il se mit à peindre de plus en plus vite au point que les habitants du pays se ressemblaient de plus en plus. Puis, il améliora encore sa technique. Sur une immense toile, il dessina une multitude de points qui représentaient l’humanité entière. Désormais, tous les êtres humains étaient comme des poupées de cire, lisses et inexpressifs. Tous identiques.

— Mais… et Dieu… ?

— Dieu ? Et bien, quand il a vu ce que l’humanité était devenue, il a traversé les turbulences et s’est frayé un chemin jusqu’à l’atelier du peintre. Il lui a demandé de lui prêter son pinceau.

— Ah bon ?

— Oui, parfaitement. D’ailleurs, le peintre a poussé un soupir de soulagement car il se doutait que l’heure de la délivrance avait sonné pour lui, l’heure de prendre la tangente. Alors Dieu a badigeonné le grand tableau avec de la peinture noire et a dit : « Voilà, on efface tout et on recommence. Et cette fois-ci, on va s’efforcer de mieux faire ».

— Et alors ?

— Alors, l’univers entier a disparu, y compris Dieu, car lui aussi figurait sur le grand tableau. Ensuite, il s’est passé quelque chose d’unique. Il y a eu un grand Boum. C’est ce qu’on a appelé le Big Bang.

— C’est quoi le Big Bang ?

— C’est le début de la véritable histoire du monde. Je vous en parlerai une autre fois… Il est temps d’aller dormir maintenant !

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Voici ma participation au défi
LES PLUMES à thème n°19   lancé par AsphodèleLes plumes
sur le blog  Les lectures d’Asphodèle .

L’exercice consistait à rédiger un texte ayant pour thème la création. Les mots suivants étaient imposés :

Artiste, univers, expression, mystère,
délivrance, peinture, invention, monde,
résistance, don, innovation, agité, créateur,
unique, traverser, turbulence, tangente.

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Les coulisses de l’histoire

Pour marquer le passage à la nouvelle année, j’ai eu envie d’écrire un texte sous forme de conte. Vous l’avez échappé belle car j’ai eu la tentation de raconter le récit de Mathieu sous forme de bribes, entrecoupées de descriptions. Ainsi, j’aurais pu caser très vite les mots, sans que le texte ait le moindre sens, vu qu’il n’y aurait que des petits bouts de phrases  🙂  Mais bon, c’était un peu trop facile. Un jour peut-être, si l’inspiration n’est pas au rendez-vous…

Autre chose : je n’ai pas réussi à placer « résistance » que j’ai remplacé par « résister ».