La révélation — 9 —

Parc

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Le lundi matin, Jules se leva en pleine forme. Il alluma la radio pour écouter les infos, comme il le faisait tous les jours avant de partir au travail. Il n’y était question que de réveillon, de cadeaux et de repas de fêtes. Le 24 décembre ! Pris par le tourbillon des récents événements, il n’y avait pas pris garde.  Le jour de Noël tombait le lendemain ! Cette année, seule sa cadette, Claire, serait présente. Rentrée de Boston depuis une semaine, elle séjournait actuellement chez son ex épouse. Une invitation au restaurant serait parfaite ; sa fille n’y verrait aucun inconvénient, bien au contraire. Il s’occuperait de la réservation plus tard dans la matinée, car maintenant il était temps de partir.

Il glissa le livre, enveloppé dans le papier bulle, dans sa sacoche et sortit. Pour une fois, l’intendant préféra délaisser le bus. Mieux valait ne pas prendre de risque avec un objet d’une telle valeur. Il sortit sa voiture, une Clio qu’il possédait depuis au moins 15 ans, referma le portail du garage et prit la direction de son lieu de travail. L’impasse dans laquelle se trouvait son petit pavillon débouchait sur une rue bordée d’immeubles cossus. Il tourna à droite, évitant ainsi la gare et ses embouteillages et se dirigea vers la sortie de la bourgade. Lorsqu’il passa devant l’hôpital, une bâtisse du XIXème siècle récemment réhabilitée, l’intendant hocha la tête avec satisfaction devant son imposante architecture. Elle était belle, sa ville. Dès les premiers beaux jours, elle attirait un flot permanent de touristes venus visiter ses monuments historiques ou profiter de ses nombreuses animations culturelles. Mais ce que Jules appréciait par dessus tout, c’était flâner et se perdre dans les petites rues pavés du vieux Saint Sauveur.

Le domaine de Saint-Simon était en vue. Jules stoppa devant l’entrée et descendit de voiture pour ouvrir la haute grille de fer forgé. La longue allée bordée de platanes, pendant longtemps émaillée de nids de poule, avait été fraîchement recouverte de bitume. Lorsqu’il arriva aux pieds du château, il était encore trop tôt pour téléphoner. Aucune des deux librairies ne devait ouvrir avant 10 heures. Jules était trop impatient pour attendre enfermé dans son bureau. Après avoir ouvert les volets du rez-de-chaussée, il décida de faire une promenade dans le parc. Il contourna l’aile droite en direction du jardin à la française qui se trouvait à l’arrière de la bâtisse. D’où que l’on se place, la ligne de fuite des allées de buis offrait une perspective étonnante, comme si le parc était pourvu de dimensions gigantesques. Une lubie du jardinier, féru de géométrie, qui en avait conçu les plans. En hiver, le jet d’eau central n’était pas en fonctionnement, à cause du gel. Malgré l’usure du temps on pouvait encore distinguer, gravée tout autour de la margelle, une frise représentant un entrelacement de fleurs que butinait un essaim d’abeilles. Jules essuya du revers de la main l’assise d’un banc de pierre et prit place. L’air était vivifiant. Il respira à pleins poumons, goûtant à cette sérénité retrouvée. Ce poste d’intendant avait été une véritable aubaine. A l’époque, il partageait son temps entre les quelques heures de cours d’histoire qu’il donnait à l’université, à une cinquantaine de kilomètres, et un travail de documentaliste à la bibliothèque de Saint-Sauveur. La possibilité d’alterner travaux d’intendance et de recherches historiques au château l’avait immédiatement séduit. Il avait préféré fuir le côté urbain et l’anonymat de la grande ville, mais plus encore la constante cohue des couloirs de la faculté. Cela remontait déjà à cinq ans et il n’avait aucun regret.

Perdu dans ses pensées, Jules ne s’était pas rendu compte qu’il était transi de froid. La température avait encore chuté de quelques degrés. Il se frotta vigoureusement les mains et se leva, les enfouissant dans les poches de sa parka. Le mieux était d’emprunter l’entrée qui se situait à l’arrière ; il serait plus vite au chaud. Jules sortit son trousseau. Impossible de faire tourner la clé dans la serrure. C’était pourtant la bonne clé. Tant pis, il lui faudrait réessayer un peu plus tard avec un autre trousseau qu’il gardait rangé dans un tiroir de son bureau. Il rebroussa chemin. Hormis le bruit de ses pas foulant les gravillons, tout n’était que silence. Un silence apaisant. Il tapa des pieds sur le seuil de la porte d’entrée et s’engouffra à l’intérieur. Il allait enfin pouvoir passer ses coups de fil.

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Ceci est ma participation au défi
LES PLUMES à thème n°25  lancé par Asphodèle
sur le blog  Les lectures d’Asphodèle .Ecritoire

L’exercice consistait à rédiger un texte ayant pour thème « la ville ». Les mots suivants étaient imposés :

Voiture, rue, immeuble, abeille, théâtre, anonymat, animation,
pavé, visite, parc, asphalte ou bitume,  bus, fuite, flâner,
embouteillages, urbain, gare, cohue, chuter, constant ou constance

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Les coulisses de l’histoire

Je poursuis avec la méthode que j’ai désormais adoptée (insérer les mots après avoir écrit le texte).  Cette fois-ci, j’ai eu chaud. Comme l’histoire commence à s’étoffer, j’ai frôlé la catastrophe. Je n’avais pas compté les jours et j’ai donc réalisé in extremis que le lundi correspondait au 24 décembre dans mon récit ! Panique à bord ! Il m’a fallu vite réajuster mon histoire pour éviter un problème de cohérence. Du coup, la suite risque d’être un peu chamboulée, sauf à faire l’impasse sur le jour de Noël si je juge qu’il n’apporte rien d’intéressant.