La révélation — 11 —

Serrure

Épisode précédent

Soudain, Jules fut distrait de ses pensées par le bruit d’un claquement de portière. Il n’avait pas entendu la voiture s’approcher. Aujourd’hui, à la veille de Noël, il n’avait pris aucun rendez-vous et n’attendait personne. Il se pencha et aperçut, par la fenêtre qui donnait sur l’allée, la voiture de Guy Cauchois, l’homme à tout faire qui passait une fois par semaine au château pour effectuer tous les menus travaux qui s’imposaient dans une aussi grande bâtisse. Le sac de plastique qu’il tenait à la main était orné du logo rouge et or d’une grande enseigne de bricolage. Dès qu’il entendit ses pas dans le hall d’entrée, l’intendant le héla.

—Je m’apprêtais à faire du café ! Vous en voulez ?

Les deux hommes se serrèrent chaleureusement la main.

— Avec grand plaisir ! fit Guy tout en posant le sac sur une chaise avec précaution.
— Mais dites-moi, on dirait que vous transportez des œufs dans ce sac !
— Vous ne croyez pas si bien dire ! J’ai acheté tout un lot d’ampoules, répondit l’homme en souriant. Aujourd’hui, j’ai décidé de m’occuper de l’éclairage. L’autre jour, j’ai tout passé en revue, intérieur et extérieur.
— A ce propos, j’ai remarqué que la lumière du lampadaire, là sur le perron, donne une très faible clarté, fit Jules sans lever les yeux de la cuillère qu’il venait de remplir de café moulu. Le matin, il fait si sombre que je crains toujours de trébucher.
— A 8 heures, il fait encore nuit. Quelle idée aussi de venir travailler à l’aube ! Bientôt ça ira mieux. Vous verrez, dès le début du printemps ! Bon, je plaisante, ajouta-t-il, le regard malicieux. Promis, je mettrai une ampoule plus puissante.

L’intendant approuva en hochant la tête, tout en versant l’eau dans le réservoir de la cafetière. Lorsqu’elle atteignit le niveau requis, Jules rabattit le couvercle et appuya sur l’interrupteur.

—Tiens, j’y pense, ce matin je n’ai pas réussi à ouvrir la porte qui mène au parc. Ca tombe bien que vous soyez là. Vous avez essayé de l’ouvrir récemment ?
— Non. Je ne passe jamais par là. Allons-y tout de suite, on sera fixés.

Jules ouvrit un tiroir, à la recherche du deuxième trousseau de clés et prit celui qu’il avait posé sur son bureau.

— Je prends aussi mon trousseau, sait-on jamais, fit l’homme à tout faire.

Les deux hommes s’engagèrent dans le hall, contournèrent l’imposant escalier de marbre et se dirigèrent vers l’entrée nord qui donnait sur le jardin. Guy ouvrit le volet intérieur puis inséra sa clé dans la serrure. Il ne parvint pas à la faire tourner. Les deux autres clés donnèrent le même résultat.

— La dernière fois que vous l’avez ouverte, c’était quand ? interrogea Guy.

Sans attendre la réponse, il ajouta :

— On dirait qu’elle a été forcée.

Les deux hommes se regardèrent, interloqués.

— Une chance que rien n’ait été dérobé, ajouta l’intendant. Heureusement, il semble qu’ils n’aient pas réussi à entrer.

Guy s’était accroupi pour examiner la serrure de plus près. Il resta silencieux pendant un bon moment, passant le doigt le long de la plaque de laiton ouvragé, comme s’il recherchait un indice. Lorsqu’il se releva, il semblait préoccupé. Du pouce, il frottait pensivement son menton. Il prit alors une grande inspiration.

— Elle a été remplacée.
— Quoi ? Qu’est-ce qui a été remplacé ?
— La serrure.

Jules sentit un froid glacial lui parcourir l’échine. L’idée même que quelqu’un ait pu pénétrer dans le château sans y être invité était inconcevable. D’autant plus que l’alarme ne s’était jamais déclenchée, ce qu’il fit remarquer à l’homme à tout faire.

— Bon. Vous avez raison. Ce n’est pas normal, l’alarme aurait dû se déclencher. Je reviendrai après-demain pour la vérifier. Et j’en profiterai pour changer la serrure. Et si c’était le patron qui l’avait fait remplacer. Vous pourriez lui demander ?
— Oui, bien sûr. Je n’y avais pas pensé mais vous avez sûrement raison. C’est lui qui a dû s’en occuper. Il aura oublié de m’en parler. Allez venez, allons boire le café…

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Ceci est ma participation au défi  « Des mots, une histoire 129″

Des mots une histoire

lancé par Olivia Billington sur son blog.

Les mots imposés :

lumière – éclairage – clarté – lampadaire
attente – rendez-vous – quand – bientôt
demain – jour – nuit – aube – début

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Les coulisses

Cette fois-ci, je n’avais écrit que le début avant de découvrir les mots. Par chance, la visite de l’homme à tout faire était prévue. La question de l’éclairage avec les ampoules à remplacer s’est rapidement imposée. Quant au reste, pas de difficulté particulière. Les mots n’avaient rien d’incongru cette fois-ci.

La véritable histoire du monde

Univers

— Papa, papa, raconte-nous la création du monde !

— Très bien. Il était une fois…

La petite phrase alluma aussitôt une étincelle dans leurs yeux pétillants. Les enfants s’étaient assis en demi-cercle, attendant la suite bouche bée. Rien qu’à voir leur expression béate, on les savait conquis d’avance. Mathieu avait un réel talent de conteur, une sorte de don qui dans sa famille se transmettait de génération en génération.

— …un peintre qui se faisait appeler « Le Créateur ». Sa peinture avait le pouvoir étrange de transformer le monde. Un véritable mystère aux yeux des scientifiques qui avaient tenté en vain de trouver une explication. Ses portraits étaient plus vrais que nature, plus expressifs que ne l’étaient les modèles eux-mêmes. Mais la véritable innovation dans la technique qu’il avait mise au point était ailleurs. Qu’il vienne à gommer une ride sur un front disgracieux, à ajouter quelques mèches de cheveux à un crâne dégarni, le changement se répercutait immédiatement sur le modèle. Finis les bourrelets des amateurs de bonne chère autrefois ventripotents. Les vieilles rombières, quant à elles, arboraient désormais un teint radieux d’une fraîcheur incomparable. Il fut bientôt célèbre dans tout le pays. Une véritable frénésie s’était emparée de la population. Tous se l’arrachaient, chacun voulant être encore plus jeune, encore plus beau. L’artiste ne savait plus où donner de la tête, tant les commandes affluaient. A présent, même le petit peuple voulait sa part du gâteau.

— Mais il est où Dieu dans tout ça ? s’écria un blondinet.

— Ça va venir. Écoute la suite. Donc, le peintre avait beau essayer de refuser des commandes, il lui était impossible de résister car il faisait beaucoup de mécontents. Pour pouvoir satisfaire tout le monde, il se mit à peindre de plus en plus vite au point que les habitants du pays se ressemblaient de plus en plus. Puis, il améliora encore sa technique. Sur une immense toile, il dessina une multitude de points qui représentaient l’humanité entière. Désormais, tous les êtres humains étaient comme des poupées de cire, lisses et inexpressifs. Tous identiques.

— Mais… et Dieu… ?

— Dieu ? Et bien, quand il a vu ce que l’humanité était devenue, il a traversé les turbulences et s’est frayé un chemin jusqu’à l’atelier du peintre. Il lui a demandé de lui prêter son pinceau.

— Ah bon ?

— Oui, parfaitement. D’ailleurs, le peintre a poussé un soupir de soulagement car il se doutait que l’heure de la délivrance avait sonné pour lui, l’heure de prendre la tangente. Alors Dieu a badigeonné le grand tableau avec de la peinture noire et a dit : « Voilà, on efface tout et on recommence. Et cette fois-ci, on va s’efforcer de mieux faire ».

— Et alors ?

— Alors, l’univers entier a disparu, y compris Dieu, car lui aussi figurait sur le grand tableau. Ensuite, il s’est passé quelque chose d’unique. Il y a eu un grand Boum. C’est ce qu’on a appelé le Big Bang.

— C’est quoi le Big Bang ?

— C’est le début de la véritable histoire du monde. Je vous en parlerai une autre fois… Il est temps d’aller dormir maintenant !

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Voici ma participation au défi
LES PLUMES à thème n°19   lancé par AsphodèleLes plumes
sur le blog  Les lectures d’Asphodèle .

L’exercice consistait à rédiger un texte ayant pour thème la création. Les mots suivants étaient imposés :

Artiste, univers, expression, mystère,
délivrance, peinture, invention, monde,
résistance, don, innovation, agité, créateur,
unique, traverser, turbulence, tangente.

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Les coulisses de l’histoire

Pour marquer le passage à la nouvelle année, j’ai eu envie d’écrire un texte sous forme de conte. Vous l’avez échappé belle car j’ai eu la tentation de raconter le récit de Mathieu sous forme de bribes, entrecoupées de descriptions. Ainsi, j’aurais pu caser très vite les mots, sans que le texte ait le moindre sens, vu qu’il n’y aurait que des petits bouts de phrases  🙂  Mais bon, c’était un peu trop facile. Un jour peut-être, si l’inspiration n’est pas au rendez-vous…

Autre chose : je n’ai pas réussi à placer « résistance » que j’ai remplacé par « résister ».

Le quartier chinois

Lampion chinoisVoici ma participation au défi  « Des mots, une histoire 93″
lancé par Olivia sur le blog  « Désirs d’histoires »

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Les mots imposés :

refuge – travail – plus (+) – mince – prendredes mots une histoire
château – muette – événement – fiction – déplaisir
rafraîchir – poète – rayonner – courage

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Je sortais du métro place d’Italie pour regagner mon hôtel quand, finalement, je décidai de faire un crochet par le quartier chinois. Le fait que la plupart des touristes privilégient la visite de châteaux ou de musées à toute autre activité m’avait toujours intrigué. Pour moi, explorer des endroits insolites, des quartiers pittoresques,  faisait partie des joies de la découverte d’une ville. Ici, le dépaysement était saisissant. Les éclats de voix révélaient une langue aux accents chantants. Tel un poète déclamant  une épopée à l’évocation imagée, un vieil homme haranguait le chaland pour l’inviter à pénétrer dans sa boutique de souvenirs. Plus loin, le fumet de plats épicés venait titiller mes narines alors que je déambulais au milieu des restaurants asiatiques. Le déplaisir procuré par ces parfums exotiques m’intriguait d’autant plus que j’avais toujours eu un sens de l’odorat assez peu développé. Je m’engageai dans la rue du Père Guérin, lorsqu’un événement inattendu se produisit.

— Mince alors ! m’exclamai-je.

Un chien, qui venait de se soustraire à la surveillance d’un jeune homme, se précipitait sur moi en aboyant. Il se mit à tournoyer sur lui-même en émettant des jappements joyeux. Un « Ouaf » enthousiaste finit de me rafraîchir la mémoire. C’était la malheureuse bête qui avait goûté à mon infecte potion sur le parvis de l’église Saint-Jean ! Moi qui croyais qu’il s’était échappé d’un refuge, tant il avait triste mine, voilà que je le retrouvais ici, tout pimpant, accompagné de son maître. J’avais pourtant rayonné de rue en rue dans le quartier de la Tour Eiffel des heures durant. Il avait fallu que je prenne le métro jusqu’ici pour que nos chemins se croisent à nouveau. Certaines coïncidences nous laissent parfois muets d’étonnement et d’incompréhension, avec l’étrange sensation de se retrouver dans un roman de science fiction. Le jeune homme venait de prendre un appel téléphonique et me jetait des coups d’œil à la dérobée. J’aurais juré qu’il parlait de moi à son interlocuteur. Cette impression d’être le sujet de sa conversation s’accentua lors qu’il s’adressa à moi.

— Je m’appelle Xavier, fit-il en me tendant la main. Si vous voulez bien me suivre, j’aimerais vous présenter quelqu’un.

Je n’avais pas le courage de me rendre où que ce soit, car je devais rentrer à l’hôtel pour ranger mes affaires. Mon séjour parisien touchait à sa fin. Dans trois jours, je reprenais le travail. Comme d’habitude, la curiosité fut la plus forte. Je lui emboîtai le pas.

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Photo Gertie_DU avec l’aimable autorisation de son auteur

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Les coulisses de l’histoire

Xavier était allé récupérer le chien au salon de l’auto. Le « sujet d’étude » se dirigeait vers le quartier chinois. Inévitablement, ils devaient se rencontrer.

Et voilà, c’est chose faite.

L’attente…

HorlogeVoici ma participation à l’atelier d’écriture proposé sur le blog de
Martine Bond.

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Le texte devra tourner autour du mot « Attendre »

et avoir comme mots imposés les mots suivants :

rendez-vous, train, soirée, rire, texte, plaisir
moment, lumière, sourire, au-revoir, espoir

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Rendez-vous avait été pris pour ce samedi à 17h22, heure d’arrivée du train en provenance de Paris. J’ignore pourquoi, mais l’ambiance des gares me laissait toujours un sentiment amer. Les « au-revoir », les regards désespérés des amoureux qui se séparent sur le quai avaient un goût d’inachevé, comme s’ils mettaient un terme à une belle histoire qui venait à peine d’éclore. A l’inverse, le plaisir des retrouvailles, les rires joyeux lorsqu’un flot humain se déversait depuis les escalators aurait dû m’emplir de joie. Pourtant il n’en était rien. Toute cette agitation me pesait. Elle accentuait la sensation de solitude que j’éprouvais, perdue au milieu de la foule. Au moment où je levai pour la centième fois les yeux vers la pendule, une douce voix féminine sortit des hauts parleurs. Elle était partiellement couverte par le brouhaha ambiant, néanmoins je parvins à comprendre que le train allait avoir du retard. Le panneau lumineux des arrivées confirmait mes craintes. Un texte défilant annonçait : « Paris, arrivée prévue à 17h45 ». Il me restait trois quart d’heures à tuer et je n’avais pas l’intention de rester là à piétiner dans cet immense hall que l’on appelait étrangement la salle des pas perdus.

En sortant sur l’esplanade, je remarquai que la lumière du soleil avait décliné. En hiver, le début de soirée commençait très tôt. La grande place pavée avait été investie par des baladins. Un magicien parvint à me soutirer un maigre sourire lorsqu’il me tendit une fleur sortie de nulle part.  Une rose d’un rouge profond, tellement parfaite qu’elle semblait irréelle. En la saisissant, une vive douleur me fit sursauter. Une goutte de sang perlait à mon doigt. Agacée, je m’apprêtais à jeter un regard courroucé au coupable mais il avait disparu, comme s’il s’était évaporé. Alors que je léchais l’égratignure sur mon doigt, je sentis un changement s’opérer progressivement en moi. La soirée était douce et pour la première fois depuis longtemps, je goûtais à ce moment suspendu dans le temps. La frénésie qui semblait jusque là habiter les voyageurs ne m’affectait plus. Les mouvements saccadés et désordonnés s’étaient mués en un ballet lent et harmonieux. Un sourire éclatant animait les visages auparavant soucieux. Il n’en fallut pas plus pour balayer l’angoisse que j’éprouvais habituellement en ces lieux.

La grande aiguille de l’horloge venait d’atteindre le chiffre 9. Quelques minutes plus tard, je repérai Paul parmi les taches multicolores que formait le flot des voyageurs sur l’escalier roulant. Lorsque nos regards se croisèrent, je fus envahie d’un immense bonheur. L’espoir d’une vie nouvelle qui commençait. En sortant de la gare, un clochard attira mon attention en me gratifiant d’un clin d’œil complice. J’aurais juré que c’était le magicien à la rose.

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Photo Gertie_DU avec l’aimable autorisation de son auteur

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