Panique dans la ville

Bourse

Je m’appelle Franck Bergeron. Vous ne me connaissez pas, mais dans 24 heures la France entière entendra parler de moi. Enfin, d’une certaine façon…

Je vis en solitaire, je n’ai aucun ami et je suis fâché depuis bien longtemps avec tous les membres de ma famille. La petite chambre de bonne dans laquelle j’habite, tout en haut d’un immeuble vétuste en plein centre de la capitale, dégage des relents d’humidité. Les toilettes, qui sont sur le palier, sont infestées de cafards. Oui, mon proprio est ce qu’on appelle un marchand de sommeil. Il s’en met plein les poches et s’enrichit sur notre dos. Mais tout ça je m’en fous. Je l’ai choisi. Bien sûr, j’aurais pu me payer un trois pièces propret dans un quartier branché, mais voilà, j’ai choisi de vivre à la dure. J’ai renoncé au complet cravate que j’ai troqué contre une tenue moins conventionnelle : jean troué, tee shirt délavé et blouson de cuir élimé. Vous pensez que je suis complètement fauché, une sorte de looser qui vit de petits boulots. Et bien vous vous trompez. Je ne suis pas celui que vous croyez.

Dans une autre vie, j’étais conseiller financier. Je me suis fait tout seul, mon ascension je ne la dois à personne. De l’argent, j’en ai vu passer. J’en avais les mains pleines. Pendant que le commun des mortels trimait et économisait chaque centime pour pouvoir arriver à la fin du mois, je pouvais claquer en quelques jours ce que vous ne gagnerez jamais en trente ans de carrière. Jusqu’au jour où on m’a fait porter le chapeau pour une erreur que je n’ai pas commise. Dix ans de prison, avec remise de peine pour bonne conduite. Le monde de la finance m’a oublié. Mais pas moi. Je n’ai rien oublié. Je n’ai rien pardonné. Pendant toutes ces années, j’ai eu le temps de peaufiner ma vengeance. Dès ma sortie de prison, j’ai contacté les plus grands dans le domaine de la sécurité informatique, des petits génies comme on dit. Un russe et deux français, des pointures en piratage. En alliant nos compétences respectives, nous allons porter un grand coup. Nous sommes prêts.

AFP – 14 mai 2014

– 10h30 GMT

Dès l’ouverture des marchés financiers, on a pu assister à une chute vertigineuse des valeurs boursières. Le CAC 40 continue à plonger, entraînant dans son sillage les bourses de Londres, Madrid et Franckfort. Tous les pays ont les yeux rivés sur la France.

11h GMT – Les valeurs boursières continuent à chuter de façon spectaculaire. Aucun expert n’est en mesure de donner une explication à ce qui se produit.

11h30 GMT – Le président des Etats Unis a décidé de fermer Wall Street pour éviter les spéculations. La bourse de Tokyo a fait de même quelques minutes plus tard.

19h GMT – Le chaos règne dans toutes les capitales et commence à s’étendre aux grandes villes. La police craint le pire à l’approche de la nuit.

« Nous avons réussi ! » Une ambiance de fête règne dans la petite chambre de bonne. Moi et les trois autres avons empoché un sacré pactole. « De quoi vivre confortablement pendant plusieurs siècles », a précisé malicieusement Jean-Paul.

— N’oubliez pas, il va falloir faire profil bas pendant quelques temps. N’étalez pas trop vos richesses, même si personne ne pourra jamais nous démasquer.

Avant de nous séparer, il nous reste à éliminer toute trace de notre forfait. Après avoir effacé le contenu des disques durs, il nous faut détruire tout le matériel informatique. Mais pas ici. Il se trouve que je connais un terrain vague qui fait office de décharge, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Paris. Là, nous pourrons nous en donner à cœur joie. Aucun risque d’être dérangés. Après avoir entassé le matériel dans le coffre de la Mégane, direction le périphérique. Passée la porte de Clignancourt, l’autoroute nous mènera à destination en moins d’une heure. La circulation est fluide. Au moment où nous nous engageons sur la bretelle de sortie, une longue file de voitures est à l’arrêt. Un bouchon.

— C’est pas vrai ! siffle Bruno. Il ne manquait que ça !

— Pas de panique. On est à Paris, n’oublie pas.

C’est alors que je comprends. Un barrage routier a été mis en place. A présent, il est impossible de faire demi-tour.

— Papiers s’il vous plait. Veuillez ouvrir votre coffre.

— Mais que se passe-t-il ?

— Vous n’avez pas vu les scènes de pillage à la télé ? On a dérobé des tableaux au Louvre la nuit dernière. Tout ça à cause d’un bug informatique qui a fichu une pagaille monstre.

J’ouvre le hayon, en essayant de maîtriser le tremblement de mes mains.

— Et ça, c’est quoi ? fait le gendarme en désignant le contenu du coffre.

— Du vieux matériel que nous amenons à la décharge.

— Vous appelez ça du vieux matériel ! Mais dites-moi, c’est du hightech ! Vraiment, vous allez le jeter ? Et bien moi, je veux bien le récupérer. Dédé, tu viens m’aider ? fait-il en se retournant vers son collègue. Nous allons débarrasser ces messieurs.

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Les coulisses

C’est ce que m’a inspiré la citation de Pierre Dac : voir ici.

Je me suis un peu éloignée de l’idée principale, mais je n’y suis pour rien. Une fois de plus, le personnage n’en a fait qu’à sa tête…

La révélation — 11 —

Serrure

Épisode précédent

Soudain, Jules fut distrait de ses pensées par le bruit d’un claquement de portière. Il n’avait pas entendu la voiture s’approcher. Aujourd’hui, à la veille de Noël, il n’avait pris aucun rendez-vous et n’attendait personne. Il se pencha et aperçut, par la fenêtre qui donnait sur l’allée, la voiture de Guy Cauchois, l’homme à tout faire qui passait une fois par semaine au château pour effectuer tous les menus travaux qui s’imposaient dans une aussi grande bâtisse. Le sac de plastique qu’il tenait à la main était orné du logo rouge et or d’une grande enseigne de bricolage. Dès qu’il entendit ses pas dans le hall d’entrée, l’intendant le héla.

—Je m’apprêtais à faire du café ! Vous en voulez ?

Les deux hommes se serrèrent chaleureusement la main.

— Avec grand plaisir ! fit Guy tout en posant le sac sur une chaise avec précaution.
— Mais dites-moi, on dirait que vous transportez des œufs dans ce sac !
— Vous ne croyez pas si bien dire ! J’ai acheté tout un lot d’ampoules, répondit l’homme en souriant. Aujourd’hui, j’ai décidé de m’occuper de l’éclairage. L’autre jour, j’ai tout passé en revue, intérieur et extérieur.
— A ce propos, j’ai remarqué que la lumière du lampadaire, là sur le perron, donne une très faible clarté, fit Jules sans lever les yeux de la cuillère qu’il venait de remplir de café moulu. Le matin, il fait si sombre que je crains toujours de trébucher.
— A 8 heures, il fait encore nuit. Quelle idée aussi de venir travailler à l’aube ! Bientôt ça ira mieux. Vous verrez, dès le début du printemps ! Bon, je plaisante, ajouta-t-il, le regard malicieux. Promis, je mettrai une ampoule plus puissante.

L’intendant approuva en hochant la tête, tout en versant l’eau dans le réservoir de la cafetière. Lorsqu’elle atteignit le niveau requis, Jules rabattit le couvercle et appuya sur l’interrupteur.

—Tiens, j’y pense, ce matin je n’ai pas réussi à ouvrir la porte qui mène au parc. Ca tombe bien que vous soyez là. Vous avez essayé de l’ouvrir récemment ?
— Non. Je ne passe jamais par là. Allons-y tout de suite, on sera fixés.

Jules ouvrit un tiroir, à la recherche du deuxième trousseau de clés et prit celui qu’il avait posé sur son bureau.

— Je prends aussi mon trousseau, sait-on jamais, fit l’homme à tout faire.

Les deux hommes s’engagèrent dans le hall, contournèrent l’imposant escalier de marbre et se dirigèrent vers l’entrée nord qui donnait sur le jardin. Guy ouvrit le volet intérieur puis inséra sa clé dans la serrure. Il ne parvint pas à la faire tourner. Les deux autres clés donnèrent le même résultat.

— La dernière fois que vous l’avez ouverte, c’était quand ? interrogea Guy.

Sans attendre la réponse, il ajouta :

— On dirait qu’elle a été forcée.

Les deux hommes se regardèrent, interloqués.

— Une chance que rien n’ait été dérobé, ajouta l’intendant. Heureusement, il semble qu’ils n’aient pas réussi à entrer.

Guy s’était accroupi pour examiner la serrure de plus près. Il resta silencieux pendant un bon moment, passant le doigt le long de la plaque de laiton ouvragé, comme s’il recherchait un indice. Lorsqu’il se releva, il semblait préoccupé. Du pouce, il frottait pensivement son menton. Il prit alors une grande inspiration.

— Elle a été remplacée.
— Quoi ? Qu’est-ce qui a été remplacé ?
— La serrure.

Jules sentit un froid glacial lui parcourir l’échine. L’idée même que quelqu’un ait pu pénétrer dans le château sans y être invité était inconcevable. D’autant plus que l’alarme ne s’était jamais déclenchée, ce qu’il fit remarquer à l’homme à tout faire.

— Bon. Vous avez raison. Ce n’est pas normal, l’alarme aurait dû se déclencher. Je reviendrai après-demain pour la vérifier. Et j’en profiterai pour changer la serrure. Et si c’était le patron qui l’avait fait remplacer. Vous pourriez lui demander ?
— Oui, bien sûr. Je n’y avais pas pensé mais vous avez sûrement raison. C’est lui qui a dû s’en occuper. Il aura oublié de m’en parler. Allez venez, allons boire le café…

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Ceci est ma participation au défi  « Des mots, une histoire 129″

Des mots une histoire

lancé par Olivia Billington sur son blog.

Les mots imposés :

lumière – éclairage – clarté – lampadaire
attente – rendez-vous – quand – bientôt
demain – jour – nuit – aube – début

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Les coulisses

Cette fois-ci, je n’avais écrit que le début avant de découvrir les mots. Par chance, la visite de l’homme à tout faire était prévue. La question de l’éclairage avec les ampoules à remplacer s’est rapidement imposée. Quant au reste, pas de difficulté particulière. Les mots n’avaient rien d’incongru cette fois-ci.

La révélation — 10 —

Bureau

Épisode précédent

L’intendant s’installa à son bureau. Comme d’habitude, tout était à sa place. Aucun papier ne traînait. Le pot à crayons était rempli d’un assortiment de stylos bille et de crayons bien appointés. L’usure de la vieille règle en bois, posée sur le sous-main de cuir vert bouteille, témoignait d’une utilisation intensive. Sur le côté droit, quelques lettres dépassaient d’un trieur assorti au nécessaire de bureau. Jules ouvrit le tiroir dans lequel il avait rangé le livre et le posa devant lui, puis il attrapa sa sacoche et en sortit le deuxième exemplaire, ainsi que le calepin dans lequel il avait noté les coordonnées des librairies à contacter. Un coup d’œil à la pendule murale lui confirma que l’heure était venue. Il décida de commencer par la librairie lyonnaise. Celle-ci était située rue Saint-Jean, dans la vieille ville, qu’il avait visitée il y a bien longtemps, lors d’une escapade amoureuse alors qu’il était fiancé à Marie-France, son ex épouse. Il avait eu grand plaisir à  découvrir ce quartier pittoresque et en gardait un très bon souvenir. Il décrocha le téléphone.

— Allo, je suis bien à la librairie Plumes ?
— Oui, monsieur. Je peux vous renseigner ?
— Oui. C’est au sujet d’un livre ancien. Heu…
— Ca tombe bien, c’est notre spécialité, répondit l’homme au bout du fil d’un ton enjoué.

Jules  esquissa un sourire, coupé dans son élan. Il se sentait un peu ridicule. Néanmoins, il poursuivit et expliqua ce qui l’amenait.

— Et bien… vous me voyez désolé. J’ai vendu le livre la semaine dernière, le jeudi pour être exact. Je suppose que le catalogue que vous avez consulté n’avait pas encore été mis à jour, c’est pourquoi le titre y figurait encore. Le nombre d’exemplaires de cet ouvrage est très restreint et il est très peu recherché. Je suis étonné qu’il ait pu intéresser deux collectionneurs différents quasiment en même temps. Quelle drôle de coïncidence !
— Est-ce que vous vous souvenez de l’acheteur ?
— Et bien, oui, ma foi. Nous ne vendons pas de livres de cette valeur tous les jours. C’était un homme. Il devait avoir la cinquantaine. Ou peut-être soixante ans. Je ne sais pas…
— A tout hasard, auriez-vous son nom ? Ses coordonnées peut-être ?
— Je ne suis pas autorisé à vous dévoiler son identité. Je pense que vous comprendrez, ajouta le libraire après s’être raclé la gorge.
— Oui, bien sûr… Juste une dernière question : est-ce qu’il vous a réglé en espèces ?
— En effet. Il a réglé en espèces, bien que nous acceptions rarement ce mode de paiement pour un objet d’une telle valeur.

L’intendant comprit qu’il n’en saurait pas davantage et abrégea la conversation. Après avoir chaleureusement remercié son interlocuteur, il raccrocha, un peu dépité. Le libraire ne se souvenait pas d’avoir vu des illustrations. Aucune indication relative à de quelconques gravures ne figurait non plus dans son catalogue. Hormis le fait qu’il pouvait s’agir du même acheteur que la fois précédente, à la librairie Delachaux, Jules avait l’impression de n’avoir pas avancé d’un pouce. Heureusement, il restait la deuxième adresse, dans laquelle il fondait tous ses espoirs. Il composa le numéro.

« Vous êtes bien à la librairie Ex libris. Nous ne sommes pas en mesure de vous répondre actuellement. Nous vous invitons à renouveler votre appel ».

Jules souffla, exaspéré par ce nouveau contretemps, tout en réalisant qu’il lui fallait absolument s’occuper de la réservation du restaurant pour le repas du lendemain. Il fouilla dans son portefeuille, examinant une à une les cartes publicitaires qu’il conservait précieusement dans une pochette. Il se faisait une joie d’offrir à sa fille un repas de Noël digne de ce nom. Finalement, il jeta son dévolu sur un petit carton de couleur pourpre, sur lequel figuraient les coordonnées d’un restaurant réputé. Après ses précédents fiascos, l’intendant se dit que c’était une erreur d’avoir attendu aussi longtemps. Un nouvel échec lui plomberait le moral. Aussi, c’est envahi d’un grand doute qu’il décrocha le combiné.

— Vous savez, il vaut mieux réserver plusieurs jours à l’avance en période de fêtes, fit son interlocuteur sur un ton de reproche. D’ailleurs, nous étions déjà complets en fin de semaine dernière.
— Et bien…, hésita Jules.
— Heureusement pour vous, nous avons eu une annulation de dernière minute ce matin. Vous avez beaucoup de chance !

Jules, soulagé, lui laissa ses coordonnées.

— Je note donc une réservation pour deux personnes, au nom de monsieur Longuemart, pour demain à 12 h 30. Je vous souhaite une très bonne journée. A demain…

Jules réalisa qu’il l’avait échappé belle. C‘était quitte ou double, comme dans les jeux de hasard. Cette fois-ci, la chance semblait enfin lui sourire. Il en avait bien besoin. Il composa à nouveau le numéro de la librairie Ex Libris. En vain. Il tomba une fois de plus sur le répondeur. Avant de se replonger dans ses recherches, il décida de consulter la presse locale, à laquelle il s’était abonné. Il se connecta sur le site des Echos de l’Ouest. Sur la page d’accueil figurait le proverbe du jour, qu’il trouva particulièrement subtil :
« La jeunesse est le temps d’étudier la sagesse; la vieillesse est le temps de la pratiquer. »
Jean-Jacques Rousseau

Hélas, il déchanta bien vite. Le journal avait profité de son précédent article sur le blog du château pour relancer la polémique. C’était fâcheux. Il n’était pourtant pas dans les intentions de Jules de remettre de l’huile sur le feu, bien au contraire. Les médias avaient pour habitude de s’engouffrer dans la brèche, dès lors qu’ils tenaient un os à ronger. Qui plus est dans une petite ville de province où la rubrique des faits divers faisait rarement les gros titres. Même s’il n’était pas en première page, l’article occupait tout de même deux colonnes. L’intendant haussa les sourcils d’exaspération, tout en hochant la tête. Madame le maire allait le maudire, pire, en faire son ennemi juré. Mieux valait faire profil bas car c’était une adversaire à laquelle il préférait ne pas se frotter. « Qui sait, se dit-il, avec les fêtes, l’affaire aller se tasser ».

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Ceci est ma participation au défi  « Des mots, une histoire 128″

Des mots une histoire

lancé par Olivia Billington sur son blog.

Les mots imposés :

sagesse – proverbe – absolument – subtil – vieillesse
ennemie – adversaire – jeu – échecs – fiasco
erreur – accepter – joie – plaisir – offrir

 

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Photo Pat Berardici, avec l’aimable autorisation de son auteur

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Les coulisses de l’histoire

 

 

La révélation — 7 —

Château

Épisode précédent

L’intendant expédia le déjeuner tant il avait hâte de s’atteler à la tâche. Travailler le dimanche ne le dérangeait pas. Il avait la chance de pouvoir s’organiser comme il le voulait, son employeur lui laissant entièrement carte blanche. Il s’agissait de l’actuel propriétaire du château, un richissime marchand d’art. Celui-ci possédait plusieurs galeries à travers le monde et était tombé sous le charme dès qu’il avait aperçu le domaine de Saint-Simon. La situation géographique de la bourgade avait fini de le convaincre : à une heure de la montagne, elle bénéficiait d’un air si pur que la municipalité n’avait jamais eu à se soucier du sujet de la pollution.  Véritable aubaine pour la ville, le château et les terres attenantes avaient été cédés au marchand d’art pour une somme rondelette. L’entretien de la bâtisse représentait une charge que même la région ne pouvait assumer. Le château serait tombé en décrépitude sans l’offre inespérée de cet acheteur providentiel. Outre l’intendance, il avait confié à Jules Longuemart le soin d’effectuer des recherches sur son histoire. A la réflexion, madame de Frontignolles avait œuvré indirectement à la sauvegarde du monument en prenant cette sage décision.

L’intendant commença à admettre qu’il avait pris les choses un peu à la légère. Depuis toutes ces années il lui en avait voulu, alors qu’elle avait les mains liées. Elle ne pouvait pas se permettre de rouvrir les portes du château, pas plus que de lui offrir un poste d’intendant. A présent, il était grand temps de réparer les erreurs du passé. La première chose à faire était de rédiger un nouvel article sur le site du château. Depuis la veille, l’idée lui trottait dans la tête. Il tenta d’expliquer que ses allégations avaient peu de valeur. A supposer qu’il reste une descendance de la baronne de Saint-Simon, ce qui restait à prouver, rien ne permettait de dire que la dite descendance allait reproduire le même schéma. Il s’en voulait d’avoir ouvert une boîte de Pandore à laquelle il aurait mieux valu  ne pas toucher. Enfin, il se confondait en excuses et promettait de faire le jour sur toute cette histoire. Au moment où il cliqua sur le bouton « Publier »,  la bulle de culpabilité qui l’enveloppait commença à se diluer. Il soupira, enfin soulagé.

Jules enfila une paire de gants en coton blanc et sortit le livre du tiroir. Il le manipulait avec précaution. Ses gestes étaient lents et précis. Il prit quelques clichés afin de les comparer avec ceux déjà réalisés et les téléchargea sur son ordinateur. L’impression de réinventer le jeu des sept erreurs le fit sourire, alors que les photos s’affichaient sur l’écran, côte à côte. C’était étrange. Pour quelle raison l’artiste aurait-il peint des portraits avec aussi peu de différences ? Etaient-ce des esquisses ? Au vu du travail effectué, il était permis d’en douter. Jules fronça les sourcils. Quelque chose le tracassait. Etait-il possible qu’il y ait eu d’autres exemplaires de l’ouvrage, tous différents ? Sans trop savoir où cela le mènerait, une idée commença à germer : il devait en avoir le cœur net. Heureusement pour lui, Internet était accessible 7 jours sur 7. Il lança une recherche sur le titre de l’ouvrage et finit par trouver ce qu’il cherchait. Vingt quatre exemplaires avaient été répertoriés. La plupart appartenaient à des collectionneurs qui souhaitaient rester dans l’anonymat. Hormis les deux exemplaires en sa possession, deux autres ouvrages restaient accessibles, l’un dans une librairie lyonnaise, l’autre dans une petite ville du sud ouest de la France. Il griffonna rapidement leurs coordonnées dans un carnet en se promettant de les contacter dès le lendemain matin.

Il était déjà 17 heures lorsqu’il décida d’éteindre son ordinateur et de se détendre jusqu’à la fin du week-end. Et dire que c’était ce soir que se jouait au théâtre l’unique représentation de  « Quand soufflera la tempête, je partirai en courant » ! Il avait été furibond lorsqu’il avait appris qu’il ne restait plus la moindre place. Il s’en voulait encore un peu de s’être laissé à ce point accaparer par toute cette histoire , mettant sa vie entre parenthèses. Jules inséra un disque laser dans le lecteur et s’installa confortablement dans son fauteuil. Une douce musique s’éleva, envoûtante. C’était une ballade folk des années 70, un moment de pur bonheur. Lorsque la voix chaude de la chanteuse s’éleva, il ferma les yeux pour goûter à cet instant empreint de magie. Cette chanson, il avait beau la connaitre par cœur, il ne pourrait jamais s’en lasser. Tant de souvenirs y étaient attachés. C’est ce jour-là qu’il avait rencontré son premier amour de jeunesse, à l’occasion d’une kermesse. Elle était assise sur une balançoire, à l’écart des autres. Son K-way rouge vif se gonflait sous les assauts du vent et ses cheveux voletaient en tous sens. On aurait dit qu’elle allait s’envoler. Elle s’appelait Camille. Lorsque, quelques mois plus tard, il s’était inscrit à la Sorbonne, il ignorait alors qu’il avait bien malgré lui ouvert une brèche. Lorsqu’il rentra chez lui à l’occasion des premières vacances scolaires, il apprit qu’elle était partie à l’étranger, sans lui laisser la moindre adresse. Il en fut profondément blessé, puis, avec le temps il l’oublia. Bercé par la douce musique, Jules s’endormit.

Épisode suivant

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Ceci est ma participation au défi
LES PLUMES à thème n°24  lancé par Asphodèle
sur le blog  Les lectures d’Asphodèle .Ecritoire

L’exercice consistait à rédiger un texte ayant pour thème « l’air ». Les mots suivants étaient imposés :

Temps, vie, chanson, rien, diva, furibond, montagne,
souffle, pollution, tempête, ballade, léger, envoyer,
courant, bulle, prendre, gonfler, voleter, brèche, blesser, balançoire.

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Les coulisses de l’histoire

Pas de nouveauté : je poursuis mon histoire en utilisant la même méthode : le texte est déjà écrit et j’y  ajoute les mots imposés. Certains mots ne collant pas du tout avec ce que j’avais déjà rédigé, j’ai dû improviser. Le titre de la pièce est franchement ridicule, mais tant pis. J’ai dû rallonger le texte avec la partie consacrée à la  fin du week-end. Ainsi, Jules a pu se reposer un peu, bercé par la douce musique de Joni Mitchell et par de doux souvenirs.

Pour écouter « Amelia », c’est par ici. C’est une chanson que j’adore…

La révélation — 6 —

Marché

Épisode précédent

Jules avait passé le reste du samedi après-midi à des travaux de menues réparations. L’entretien d’une maison laisse généralement peu de répit et l’homme,  piètre bricoleur, ne pouvait plus repousser l’échéance. Une météo peu clémente avait fini de le convaincre.

Le lendemain matin, la pluie avait cessé. Les nuages, balayés pendant la nuit, avaient fait place à un soleil radieux. Jules enfila une parka et sortit. Après cette semaine de grisaille, c’était l’occasion de s’aérer.  Un cabas à la main, il prit la direction du centre ville. La place du marché avait été investie par les petits producteurs locaux, dans une ambiance joyeuse et colorée qui attirait tous les dimanches matin les habitants de Saint-Sauveur. Un petit attroupement, devant le bistrot du père Lacroix, attira son attention. Les efforts déployés par Philippe Martin, accompagné d’un aréopage de gens « bien comme il faut », le firent sourire. Tout avait été savamment calculé : tenue sportswear et jovialité de circonstance. Il faut dire que le candidat avait déjà essuyé deux échecs aux élections municipales. Il serrait des mains avec un entrain qui faisait plaisir à voir. Mais Jules n’était pas dupe, il savait bien que tout cela n’était qu’un jeu d’acteur parfaitement huilé. Alors qu’il se dirigeait vers l’étal du fromager, il aperçut au détour d’une allée Charlotte de Frontignolles accompagnée de son époux. Curieux, il s’approcha.

— Ces poireaux sauvages sont un pur délice. Et ces carottes ! Il n’y a que chez vous que je trouve des légumes aussi goûteux, fit-elle à un petit maraîcher dont le stand ne payait pas de mine.

— Merci. Vos compliments me vont droit au cœur, madame le maire.

— Tsss, il n’y a pas de « madame le maire ». Aujourd’hui, je ne suis qu’une simple cliente qui fait son marché, comme tout le monde.

— Il y a un temps pour tout, renchérit Pierre Lacombe. La politique peut bien se passer de mon épouse pour une fois, ajouta-t-il avec un clin d’œil complice.

« Ces deux-là ne semblent pas être en campagne », se fit Jules Longuemart, étonné par cette découverte. Charlotte faisait tout simplement quelques emplettes, un caddie à roulettes à la main. Il lui trouva les traits tirés. Le personnage public au caractère autoritaire avait fait place à une femme ordinaire. Jules s’interrogeait, gagné peu à peu par l’incertitude. Pouvait-on se fier à l’image colportée par les medias et par la rumeur ? Et si elle était totalement injustifiée ? Cette femme était une véritable énigme. C’est alors qu’une autre question s’imposa à lui : que se passerait-il si le chemin des deux camps adverses venait à se croiser ? Il n’eut pas le loisir de connaitre la réponse, car il était temps pour lui de rentrer.

Pendant le trajet du retour, le doute se mua en culpabilité. En publiant son article, qui sait s’il ne l’avait pas jetée injustement en pâture. Punie pour rien, pour des broutilles. A présent, il craignait une réaction en chaîne. L’affaire, en lui échappant, risquait de prendre une tournure imprévue. Si madame de Frontignolles, il y a quelques années, n’avait jamais levé le petit doigt pour le château, peut-être avait-elle de bonnes raisons. Jules devait bien admettre que le budget de la municipalité avait jusque là été dépensé à bon escient. La machine était lancée et, s’il était trop tard pour l’arrêter, peut-être était-il encore temps d’en dévier le cours. L’intendant allongea le pas. Il allait devoir se remettre à ses recherches sans perdre de temps. Hors de question qu’il puisse nuire à quiconque. Finalement, la seule chose qui importait, c’était la vérité.

Le bistrot du père Lacroix ne désemplissait pas. Posté devant l’entrée du troquet, au milieu d’une foule d’admirateurs et de curieux, Philippe Martin brandissait un verre de rouge dont il semblait apprécier le contenu.

— Ce petit vin est tout bonnement divin, s’exclama-t-il après avoir émis un claquement de langue approbateur. Nos producteurs n’ont rien à envier aux grands domaines du bordelais !

Il enchaina en évoquant sa robe pourpre, sa rondeur en bouche, usant un peu à la légère d’un vocabulaire de connaisseur que nul n’osa contredire. Il termina sa longue tirade et reposa le verre encore à moitié plein sur l’une des tables métalliques installées sur la terrasse, chauffée pour l’occasion. Certes, s’il se faisait un devoir de montrer qu’il appréciait les produits locaux, il ne devait pas pour autant faire figure de poivrot. Et puis, l’âpreté de ce vin bio commençait sérieusement à agresser ses papilles. D’un sourire entendu, il fit comprendre à la petite assemblée qu’il ne fallait pas abuser des bonnes choses.

Au civil, Philippe Martin était architecte. A l’époque où il avait fondé son cabinet, il était seul. Quelques années plus tard, sa petite affaire avait pris un tel essor qu’il s’était adjoint deux associés. Aujourd’hui, il faisait partie des notables de la ville. On lui devait le nouveau théâtre, tout de métal et de verre dont l’architecture aérienne semblait échapper à la loi de l’attraction terrestre. C’était avant que madame de Frontignolles ne soit élue. Depuis qu’elle était en poste, la ville ne lui avait plus commandé le moindre projet. L’homme, sous des dehors affables, éprouvait à son égard une véritable rancœur.

— Monsieur Martin ! Vous savez, je vote toujours pour vous ! fit une vieille femme, en s’approchant.

— Merci infiniment, lui répondit-il distraitement.

Il venait d’apercevoir une connaissance. Il lui fit un signe de la main.

— J’ai toujours voté pour vous. Et mon mari aussi.

La dame âgée essayait d’attirer son attention, en vain. Agacé, Philippe Martin fit volte face, faisant mine de l’ignorer. Ces vieilles personnes qui n’arrêtaient pas de radoter avaient le chic pour l’exaspérer. Convaincu qu’elles faisaient de même avec n’importe quel candidat, il préféra renoncer à cette nouvelle épreuve, quitte à perdre une voix. A quoi bon perdre son temps ?

— Bonjour Philippe, content de te voir en pleine forme, malgré ce froid mordant.

Le docteur Lambert, médecin attitré de la famille, était aussi un ami de longue date.

— Froid ? Mais il fait un temps resplendissant ! répondit joyeusement le candidat à la mairie. D’ailleurs, je continue à faire mon jogging, tous les matins, même le dimanche. Et sans me doper, ajouta-t-il avec un clin d’œil.

Dans le monde de la politique, l‘important était de toujours faire bonne figure. Etre sportif était un gage de dynamisme qui inspirait confiance, quitte à tricher un peu. Il se trouve que Philippe Martin était un expert dans l’art de paraître.

Jules Longuemart venait juste d’arriver chez lui. Il en était encore à se demander comment il pourrait changer le cours des choses, lorsque la solution lui apparut, comme une évidence. Mais avant, il devait préparer le repas.

Épisode suivant

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Ceci est ma participation au défi  « Des mots, une histoire 126″

Des mots une histoire

lancé par Olivia Billington sur son blog.

Les mots imposés :

hésiter – incertitude – énigme – interroger
épreuve – sportif – doper – tricher – punir
injustifié – loi – attraction – terrien – aérien – météo

Consigne facultative : commencer le texte par « regardez-le »

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Photo Gertie_DU, avec l’aimable autorisation de son auteur

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La révélation — 5 —

paquet

Episode précédent

En refermant la porte d’entrée, Jules vit que l’asphalte était mouillé. Il avait encore plu. Il baissa les yeux sur le paquet : son nom et son adresse étaient imprimés sur une étiquette de couleur bleue.  L’intendant dut chausser ses lunettes, suspendues par un cordon autour de son cou, pour lire le nom de l’expéditeur. Depuis quelques années, il avait bien du mal à déchiffrer les petits caractères.

Librairie Améthyste
Livres anciens
81 Faubourg St Honoré
75008 PARIS

 

Il retourna à son bureau, tout en se grattant pensivement la tête. Il avait hâte de découvrir le contenu du colis. A l’aide d’un coupe papier, Jules découpa méticuleusement le carton et en sortit un livre emballé dans du papier bulle. Un bon de livraison à son nom, ainsi qu’un certificat d’authenticité étaient joints à l’ouvrage. Rien d’autre. Aucune explication, pas le moindre mot. Un cadeau ? Un de ses enfants aurait égratigné la coutume familiale ? Il retira l’emballage translucide et en resta bouche bée. Une impression de déjà vu, comme si quelque chose recommençait. Il avait sous les yeux la copie conforme de l’ouvrage sur lequel il travaillait, une édition de 1564 de « Saint-Sauveur au temps de la baronnie », dans un état de conservation remarquable. Qui pouvait lui avoir envoyé ce livre, ici, chez lui ? Et pourquoi ?

En examinant les pages à la lumière de sa lampe de bureau, les mêmes images lui apparurent. Il y avait pourtant une différence. Il s’agissait bien des mêmes personnages et les portraits semblaient avoir été réalisés par le même peintre, mais le point de vue était différent. L’intendant plissa les yeux. Il était persuadé que certains objets n’étaient pas à la même distance les uns des autres ou qu’ils avaient changé d’apparence, comme s’ils avaient subi une mutation. Hormis ce détail, l’ouvrage était en tous points identique à celui qui appartenait aux archives du château. On reconnaissait les techniques de la reliure de la seconde moitié du XVIème siècle. Les coins métalliques encore utilisés au Moyen Age avaient disparu au profit d’ornements en forme d’arabesques gravés à la cire sur le cuir de la couverture. La peau, d’un brun profond, présentait la même patine que celle de l’ouvrage qu’il avait eu le loisir de feuilleter pour ses recherches.

Dans sa précipitation, Jules Longuemart réalisa qu’il n’avait pas pris la précaution d’enfiler des gants de coton, comme il le faisait habituellement. Il avait oublié. Il rangea le livre dans un tiroir qu’il ferma à clé et ralluma son ordinateur. En moins d’une minute, il était en possession des coordonnées de la librairie Améthyste.

— Librairie Améthyste, bonjour.

— Bonjour. Voilà, je viens de recevoir un colis expédié par vos soins…

— Il y a un problème ?

— Non, non, pas du tout ! En fait, je ne comprends pas. Je n’ai rien commandé. J’aimerais savoir s’il ne s’agit pas d’une erreur. Enfin… est-ce que vous pouvez me renseigner ?

— Vous pouvez me donner le numéro du bon de livraison ?

— Ah, oui. Attendez… 13-12-055

L’intendant communiqua également son nom et son adresse.

— Ne quittez pas, je regarde.

Un cliquetis se fit entendre, suivi d’une musique d’attente.

— Merci d’avoir patienté, fit la voix féminine à l’autre bout du fil. La personne qui a acheté le livre a payé en espèces et n’a pas laissé son nom. C’était pour un cadeau, un cadeau surprise apparemment, ajouta-t-elle d’une voix enjouée. Nous avons d’ailleurs été étonnés que le client nous demande de l’expédier par transporteur plutôt que de le remettre lui-même à son destinataire. Il nous a alors expliqué qu’il partait pour un lointain voyage, qu’il avait la nostalgie d’un pays où il avait autrefois vécu et qu’il n’avait pas le temps de s’en occuper. Vous le connaissez peut-être ?

— Et bien, je ne vois pas. Il n’a rien dit d’autre ?

— Non, rien de particulier. Je me souviens qu’il a juste parlé de nouveaux horizons, de dépaysement et de la beauté du soleil couchant sur le rivage. Un vrai poète ! Maintenant que j’y pense, il me semble qu’il était question de l’Australie. En tout cas, il doit beaucoup vous estimer. C’est un très beau cadeau, vous savez !

— Je m’en doute, oui. Vous vous souvenez comment il était ?

— J’ai une bonne mémoire mais je ne suis pas physionomiste. C’était un homme qui devait avoir une soixantaine d’années. Très distingué. C’est tout ce que je peux vous dire.

— Et bien, je vous remercie infiniment pour tous ces renseignements.

Jules raccrocha en se demandant qui était assez fou ou insouciant au point d’acheter un livre d’une telle valeur et de le lui faire expédier, à lui. Au bas mot, un tel ouvrage devait coûter aux alentours de 2000 euros. Se voir offrir un objet de valeur par un généreux donateur qui préférait rester dans l’ombre n’était pas commun. Le plus étonnant, c’est qu’il ne connaissait personne, ni de près ni de loin, qui ait vécu en Australie.

— Et bien ! Quelle aventure ! fit-il tout en émettant un sifflement, alors qu’il retournait à son ordinateur pour relever ses messages et poursuivre ses recherches. Les derniers événements avaient aiguisé sa curiosité. Maintenant, il n’était pas prêt d’abandonner, même s’il avait la vague impression de courir après des chimères.

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Ceci est ma participation au défi
LES PLUMES à thème n°23  lancé par Asphodèle
sur le blog  Les lectures d’Asphodèle .Ecritoire

L’exercice consistait à rédiger un texte ayant pour thème « là-bas ». Les mots suivants étaient imposés :

Inconnu, nostalgie, rivages, différence, dépaysement,
horizon, recommencer, mutation, ailleurs, lointain, voyage,
insouciance, oublier, découverte, chimérique, aventure,
soleil, distance, ici, asphalte, abandonner, améthyste.

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Les coulisses de l’histoire

Cette fois-ci encore, mon texte était déjà écrit. Dès que j’ai eu connaissance des mots imposés, je les ai parsemés ça et là, j’ai tout mis dans un sac à mots et j’ai secoué. Et voilà ! Ça n’a pas été facile, il me faut bien l’avouer. J’ai dû changer le nom de la librairie et insister lourdement sur le client à l’âme de poète.

J’ai également pris quelques libertés avec « découverte » que j’ai transformé en « découvrir » et avec « chimérique » qui est devenu « chimère ». D’ailleurs, je trouve que la règle devrait autoriser ce genre de transformation (utiliser le verbe plutôt que le nom ou l’adjectif, ou inversement).

La révélation — 4 —

Demeure

Episode précédent

— Quelle journée ! s’exclama Charlotte en étendant ses jambes sur le canapé. Il y a des jours où j’aimerais tout envoyer balader ! Sans toi, je crois que j’aurais renoncé à me présenter cette fois-ci.

— Voyons, ma bichette, je sais bien que c’est ta raison d’être. Et puis, cette ville ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui sans toi. Repose-toi, je m’occupe de tout !

— Ah, qu’est-ce que je ferais sans toi, répondit-elle en le regardant avec tendresse.

Dans le privé, Charlotte n’avait plus rien à voir avec la femme au caractère trempé que côtoyaient ses collaborateurs. Sa rencontre avec Pierre Lacombe lui avait procuré une véritable bouffée d’air frais. Il faut dire que feu monsieur de Frontignolles était un ténébreux, mais pas du genre « beau brun », plutôt un asocial dont le caractère soupe-au-lait en avait hérissé plus d’un. Pierre, tout au contraire, était plein de vie et aimait briller en société. Comédien né, ses tirades grandiloquentes étaient souvent qualifiées d’esbroufe par ceux qui le côtoyaient de loin. En réalité, sous des dehors superficiels se cachait un homme sensible et attentionné. Il savait émailler le quotidien de ces petits riens qui rendent la vie plus douce. Fin cordon bleu, il adorait passer des heures dans la cuisine, à mitonner pour sa femme des petits plats dignes d’un chef.  Ce soir, il avait décidé de préparer un repas de saison, tout simple, accompagné d’une crème renversée.

Bercée par les bruits familiers qui provenaient de la cuisine, Charlotte finit par s’assoupir.  Lorsqu’elle sortit de sa léthargie, un parfum de vanille embaumait jusqu’au salon. Elle s’étira paresseusement et rejoignit son époux. Durant toute la soirée, Paul déploya des trésors d’imagination pour lui faire oublier cette sombre journée. Il avait réussi à se procurer au dernier moment deux entrées pour la première d’une comédie dramatique qui devait se jouer au grand théâtre le lendemain soir. Il s’agissait de l’adaptation d’un roman qu’elle avait adoré, une pièce mise en scène par un scénariste de renom. Hélas, la surprise n’eut pas l’effet escompté. Charlotte, épuisée, l’écoutait d’une oreille distraite et, sitôt le repas terminé, se mit en devoir de débarrasser la table. C’était comme si elle ignorait délibérément ses propos, comme si un gouffre les séparait. Mais Pierre savait qu’il n’en était rien. Un peu déçu de voir la soirée ainsi s’écourter, il lui proposa malgré tout d’aller se coucher. Il s’occuperait de tout.

— Demain, je veux te voir pimpante et fraîche. Ceux qui cherchent à te nuire en seront pour leurs frais.

Depuis son divorce, huit ans auparavant,  Jules Longuemart vivait seul. Bien qu’il soit resté en bons termes avec son ex épouse, les occasions de retrouver un semblant de vie familiale se faisaient rares. Noël était souvent un prétexte pour recréer cette ambiance de fête qu’ils avaient autrefois partagée, lorsque les enfants étaient petits. Aujourd’hui, ils volaient de leurs propres ailes, loin d’ici. Grégory, qui travaillait pour une association humanitaire, était souvent en voyage.  Claire, la benjamine, enseignait le français dans une prestigieuse université de l’est des Etats Unis. Parfois, leur absence lui pesait, même s’il avait pris goût à cette vie solitaire. C’était le dernier week-end avant Noël, celui où la plupart des gens courent en tous sens à la recherche des derniers cadeaux. Pourtant, ce samedi-là était un samedi comme les autres pour Jules, car dans sa famille les échanges traditionnels de présents étaient révolus, depuis le jour où ses enfants avaient décrété qu’offrir des cadeaux pour Noël  c’était « un truc commercial trop nul ». Aussi, en se levant ce matin-là, il savait qu’il pouvait se permettre de prendre tout son temps. Le reflet que lui renvoya le miroir de la salle de bains le surprit. Des cernes bleuâtres, un teint de papier mâché accentué par la lumière artificielle et pour couronner le tout, une barbe de deux jours. L’histoire du mystérieux portrait occupait donc ses pensées à ce point ? se fit-il. Au point d’en oublier de se raser. Jamais il ne s’était laissé aller de la sorte. A cinquante ans passés l’homme, à l’apparence plutôt classique, était soigné. Vêtu la plupart du temps d’un complet de bonne facture, il possédait une bonne douzaine de chemises de couleur blanche, faciles à assortir en toutes circonstances. En revanche, il avait remisé depuis longtemps les cravates, qui, prétendait-il, donnaient aux hommes de son âge un look « has been ». Le week-end, il préférait porter une tenue moins conventionnelle : pantalon de toile, polo et chandail. Il allait s’installer devant son ordinateur lorsque la sonnette retentit. Il n’attendait pourtant aucune visite.

— Monsieur Longuemart ? fit une voix caverneuse. Une signature s’il vous plaît. Ici, ajouta le livreur en lui tendant une tablette tactile.

Intrigué, l’intendant examina le colis, se demandant de quoi il s’agissait. La boîte, de format modeste, aiguisait sa curiosité. D’autant plus qu’il n’avait passé aucune commande.

Épisode suivant

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Ceci est ma participation au défi  « Des mots, une histoire 125″
lancé par Olivia Billington sur son blog.

Les mots imposés :Des mots une histoire

ténébreux – sombre – gouffre – clair – caverneux
roman – asocial – adaptation – théâtre – dramatique
scénariste – comédien – grandiloquent

La consigne facultative : décrire un rendez-vous amoureux.

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Photo Pat Berardici, avec l’aimable autorisation de son auteur

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Les coulisses de l’histoire

Vous aurez identifié sans peine les portions de texte ajoutées ou modifiées, j’en suis sûre. Il faut dire que cette semaine, les mots ne s’accordaient pas du tout avec mon récit. Mais alors pas du tout ! Pour le coup, la personnalité du personnage de Pierre Lacombe prend une tournure que je n’avais pas prévue. Quand j’ai écrit « ses tirades grandiloquentes étaient souvent qualifiées d’esbroufe », il m’a tout de suite fait penser à Yves Montand ! Le pompon, je crois, est tout de même le livreur à la voix caverneuse…  🙂

La révélation — 3 —

Rue de nuit.

Épisode précédent

Le staff était au complet au 21 rue Dembourg, au moment où la Mercedez se gara sur la place de parking réservée. Le local se composait d’un rez-de-chaussée dont la vitrine, recouverte d’affiches, était surmontée d’une enseigne aux couleurs de l’Union des Indépendants de Saint-Sauveur. Au fond de la pièce, un escalier métallique en colimaçon menait au premier étage. Le long crissement de pneus  fit lever toutes les têtes. Une poignée de secondes plus tard, madame le maire faisait son entrée dans la salle de réunion. Suite à son coup de fil, toute l’équipe s’était rendue au siège du parti. Un silence religieux l’accueillit, puis tour à tour, chacun y alla de son encouragement ou de son indignation.

— C’est une honte ! Mais jusqu’où iront nos adversaires ?

— Je pense que c’est Martin qui tire les ficelles. Encore un de ses coups bas. Il cherche vraiment les emmerdements celui-là ! La dernière fois la mairie lui a échappé et maintenant il est prêt à tout pour l’avoir !

— Charlotte, je suis vraiment désolée de ce qui t’arrive. Mais comment est-ce possible ? Ce portrait…

— Ma pauvre bichette, si tu savais comme je suis…

Pierre Lacombe hésita une fraction de seconde puis stoppa net. Le froncement de sourcils que lui jeta Charlotte était suffisamment éloquent. Il savait pourtant qu’elle ne tolérait pas ces familiarités en public, et encore moins dans le cadre de ses fonctions. Il l’avait épousée deux ans après le décès de son époux. Madame de Frontignolles avait alors préféré garder son ancien patronyme. La vie publique a ses exigences, que Pierre avait très volontiers acceptées. Ancien patron d’une grosse entreprise d’emballages, il coulait à présent une retraite paisible entièrement dédiée à la carrière politique de son épouse. Une routine qu’il semblait apprécier malgré ce sentiment de vide qui l’accablait parfois.

— Merci à vous tous de votre soutien. Je compte sur vous pour m’aider à préparer la riposte sans perdre de temps. Cette photo est grotesque et même si la ressemblance est troublante, je vous assure que je n’ai rien à voir de près ou de loin avec le château. Je n’ai même pas d’origines nobles. Mon nom de jeune fille est Bonnetier et je suis issue d’une famille de commerçants.

La peine se lisait dans les regards figés par l’incompréhension. Le temps semblait ralenti, comme suspendu. Charlotte, quant à elle, était déjà à mille lieux. Elle qui avait fait des projets pour ce dimanche, espérant un peu d’intimité avec Pierre, voilà que tout tombait à l’eau. La morosité ambiante  commençait à devenir oppressante, aussi l’intervention de la secrétaire du parti fut accueillie avec soulagement. Elle s’empressa de briser le silence en faisant une proposition qui reçut l’adhésion de tous.

— Nous allons préparer un communiqué de presse. Mais il vaut mieux ne pas se précipiter, bien réfléchir et se montrer créatifs pour leur couper l’herbe sous le pied, le moment venu. Faire le premier pas et tenter de te justifier maintenant pourrait être interprété comme un aveu. L’effet serait désastreux. Non, il nous faut juste anticiper pour être prêts lorsque les hostilités seront lancées.

La réunion se poursuivit tardivement. Lorsque les membres du parti se séparèrent, la pluie commençait tout juste à tomber. Pierre Lacombe s’aperçut que Charlotte était en panne de parapluie. Galant homme, il l’escorta jusqu’à sa voiture.

Jules Longuemart trépignait. Ces serveurs vocaux l’exaspéraient : « Pour accéder aux services de recherche tapez 1 , pour le secrétariat tapez 2, pour accéder au recrutement tapez 3 , pour… ». L’intendant, excédé, coupa la communication et composa à nouveau le numéro du CNRS. Il tapa « 1 » et attendit patiemment l’énumération de toutes les spécialités puis, ne sachant que faire, appuya sur une touche au hasard. Prenant une grande inspiration, il décida de s’armer de patience et de rester courtois quoiqu’il arrive. Une voix féminine, celle d’une vraie personne, répondit enfin.

— Bonjour, Irène à votre service. Que puis-je pour vous ?

Jules tenta d’expliquer du mieux qu’il put sa requête. Dans ces moments-là, il ressentait toujours une véritable détresse, la crainte de ne pas être compris et d’être renvoyé dans les méandres du réseau téléphonique, zigzaguant à l’infini.  Il poussa un soupir de soulagement lorsqu’il réalisa que son interlocutrice connaissait le professeur Pignol. Hélas, celui-ci était en déplacement pour plusieurs jours.

— Le mieux est de lui envoyer un mail. Je vous laisse ses coordonnées. Vous avez de quoi noter ?

Jules Longuemart nota l’adresse mail et remercia chaleureusement son interlocutrice, un petit pincement au cœur. Les choses se précisaient. Il rédigea sans plus tarder un courriel, dans lequel il expliquait au professeur de quoi il retournait. Alors qu’il rédigeait son texte, il ne put réprimer un bâillement. Il se sentit plus léger  lorsqu’il cliqua sur « Envoyer », comme si le poids qui pesait jusque là sur ses épaules s’était miraculeusement envolé. Satisfait de cette journée bien remplie et pleine de promesses, l’intendant rangea le livre en lieu sûr, ferma les volets et rentra chez lui. Mort de fatigue après toutes ces émotions, il n’avait qu’une hâte, s’installer dans son vieux fauteuil et siroter un verre de ce whisky de dix ans d’âge ramené d’un récent voyage en Écosse.

Episode suivant

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Ceci est ma participation au défi
LES PLUMES à thème n°22  lancé par Asphodèle
sur le blog  Les lectures d’Asphodèle .Ecritoire

L’exercice consistait à rédiger un texte ayant pour thème l’ennui. Les mots suivants étaient imposés :

projet, dimanche, emmerdement,  penser, intimité, hésiter
oppresser, pluie, savoir, morosité, panne, créatif, silence
bâiller,  fatigue, mourir, soupir, ralenti, routine, figé, vide
et les 3 mots en  W X Z : whisky, xyste, zigzaguer

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Photo Pat Berardici, avec l’aimable autorisation de son auteur

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Les coulisses de l’histoire

Cette fois-ci encore j’avais rédigé mon texte avant de découvrir les mots. Et quelle découverte ! Je me suis bien demandée comment j’allais caser tout ça… Après coup, le texte a un peu moins de peps, mais les mots ont permis au personnage de Charlotte d’apparaître plus humaine et pas aussi froide qu’on aurait pu le croire. Finalement, cela m’a peut-être évité de tomber dans la caricature et ce n’est pas plus mal. En revanche, désolée pour la longueur, mais pas moyen de faire autrement. Pourtant, j’ai éliminé « xyste » qui n’avait pas sa place ici. J’aurais bien enlevé aussi « zigzaguer », qui sonne mal à mon oreille et « emmerdement », que je trouve trop long, mais j’ai tenu à respecter la règle du jeu.

Les fourmis

écrivainJ’ai la ferme intention de lui dire la vérité. Sans me chercher d’excuses. Tous les ans, je rédige ma liste de bonnes résolutions. Et tous les ans, le morceau de papier finit à la corbeille. Cette fois-ci, je tiendrai bon. En tête de liste : prendre mon courage à deux mains et tout lui dire. C’est mon vœu le plus cher. Ma décision est prise car au train où vont les choses, je ne peux plus reculer.

La première fois que j’ai observé le phénomène, j’ai  cru à une erreur de calcul. Les longues heures d’intense concentration passées dans le laboratoire et le manque de sommeil avaient eu raison de ma vigilance. Une erreur dans le protocole de tests avait très certainement faussé le résultat. Lorsque, après quelques jours de repos, je me suis aperçu que je parvenais toujours aux mêmes conclusions, j’ai compris. J’ai su que la mutation avait commencé. J’ai beau me dire que Muriel ne m’a pas choisi pour ma plastique, j’ignore comment elle va réagir lorsqu’elle va être confrontée à cette terrible nouvelle. La transformation est à présent irrémédiable. Raser furtivement les murs ou essayer de me cacher sous un vulgaire déguisement serait peine perdue. Que faire ? Partir loin d’ici, émigrer à l’étranger, tenter de me fondre dans la populace tel un clandestin ? Tôt ou tard, je devrai tomber le masque. Perdu dans le cours de mes pensées, je viens de franchir le seuil de mon immeuble sans même réaliser que j’arrive chez moi. Engourdis par le froid, mes doigts peinent à pianoter sur le clavier pour entrer le code d’accès. Devant ma porte d’entrée, je suis confronté à une autre difficulté : impossible de faire tourner la clé. Je me résous à appuyer sur la sonnette.

— Ah, c’est toi ! Mais tu n’as pas ta clé ?

— Je ne la retrouve pas.

Un mensonge. J’ai fait le souhait de dire la vérité et voilà que j’égratigne déjà mes belles promesses. C’est à peine si j’ose soutenir son regard. Je me sens misérable.  Muriel m’aide à retirer mon pardessus, mais l’une des manches est coincée. Ma main droite reste fermement agrippée au tissu de laine. J’ai beau tenter de me maîtriser, c’est plus fort que moi

— Je crois que c’est la doublure. Elle s’est décousue.

Enfin, je parviens à ôter mon manteau. Je me dépêche de le ranger dans le placard. Les chaussures maintenant. Dénouer les lacets s’avère plus compliqué que prévu. Tiraillés dans tous les sens, ils s’emmêlent et forment un embrouillamini de nœuds bien serrés.

— Mais à quoi tu joues ? s’exclame Muriel, haussant un sourcil incrédule.

— A rien…

Deux mots, les seuls que je peux articuler, tant ma gorge est serrée. Je m’affale dans le vieux fauteuil au cuir râpé. Je suis tellement fatigué. Toutes ces années de recherche pour en arriver là, c’est pitoyable. Je tente de poursuivre, un sanglot dans la voix.

— Muriel, je suis fichu.

— Qu’est-ce…

— Ca a commencé. Mes doigts… Chaque jour, ils gagnent un peu plus en autonomie. Tu sais, un être vivant normalement constitué est un tout, un ensemble d’éléments indissociables qui œuvrent pour maintenir l’intégrité de ce tout.

— Sans doute, mais où veux-tu en venir ?

— Mes recherches  sur les fourmis, l’étude de leur comportement. Je t’en ai parlé… Le jour où l’une des fourmis est devenue un individu à part entière qui n’agissait que pour son propre compte et non pour celui de la collectivité, j’aurais dû tout arrêter.  J’aurais dû refuser de poursuivre les expérimentations. Maintenant, je vais le payer très cher.

— Je ne comprends pas… Chéri, tu me fais peur…

— Bientôt, je ne pourrai plus rien contrôler. Chacun de mes doigts voudra vivre sa propre vie. Peu à peu, chaque organe aura sa propre individualité. J’ignore ce qui va se passer, si je vais devenir un criminel ou si mon corps va finir par se disloquer, mais je sens que la situation m’échappe.

Muriel me regarde avec effarement.

— Tu dois m’aider.

— Mais comment ?

— Tu vas m’attacher solidement à cette chaise, avant qu’il ne soit trop tard, avant que je puisse te faire du mal.

Ma femme s’exécute en suivant mes instructions à la lettre. Ensuite, elle sort vite de l’appartement pour se mettre hors de ma portée et part téléphoner au numéro que je lui ai confié. Mais lorsque les services secrets débarqueront, il sera trop tard, je le crains. Tout se précipite au moment où l’index de ma main droite parvient à se détacher dans un long bruit de succion, un bruit insupportable. La douleur est fulgurante. Tel un énorme ver, le doigt se contorsionne et s’attaque à l’ascension de mon bras.  Une véritable terreur me gagne lorsqu’il atteint mon visage.

Je repose le stylo en soupirant. Aujourd’hui, je n’ai écrit que deux pages, mais l’histoire est posée. Mon roman est en bonne voie.

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Ceci est ma participation au défi  « Des mots, une histoire 123″
lancé par Olivia sur le blog  « Désirs d’histoires »des mots une histoire

Les mots imposés :

souhait – vœux – mutation – émigrer
desideratum – melting-pot – cours
plastique – fausser – furtivement – cacher – clandestin

Cette fois-ci, Olivia a ajouté une petite variante :  « L’autre consigne, qui elle est facultative, est de commencer votre texte par « J’ai la ferme intention de lui dire la vérité. Sans me chercher d’excuses. » Dans ce cas, vous pouvez vous limiter à dix mots imposés ».

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Photo Gertie_DU, avec l’aimable autorisation de son auteur

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Les coulisses de l’histoire

Cette semaine, j’ai trouvé l’exercice particulièrement difficile… D’ailleurs, j’ai éliminé d’emblée « melting-pot » qui ne collait pas du tout et « desideratum » qui alourdissait inutilement le texte (« souhait », « vœu » et « desideratum », ça fait un peu beaucoup non ? ). De plus, je trouve que mon texte est confus et manque de cohérence. Et pour la fin, j’ai usé d’une pirouette pour me tirer d’une situation qui devenait inconfortable. Bref, difficile, oui…

Tiens, je propose un défi dans le défi : qui serait tenté par la rédaction d’une autre fin ?

Juste après la phrase : « Une véritable terreur me gagne lorsqu’il atteint mon visage. »

La véritable histoire de la Joconde

JocondeAprès s’être cassé les dents sur l’identité du modèle le plus célèbre au monde, les historiens, las de toutes ces tergiversations,  finirent par se mettre d’accord. Il fut décidé que cette femme, d’origine florentine, était issue de la classe moyenne et  s’appelait  Lisa Gherardini. Or, il n’en est rien. Tout cela n’est que pure hypocrisie, mensonges éhontés d’une armée de piètres chercheurs en quête de mystère. Il est temps de lever le voile, sous lequel, vous le verrez, se dissimule une banale vérité.

Peu enclin au dur labeur auquel le destinait son père, Marco était un jeune vénitien insouciant. Le métier de boucher, transmis de père en fils, lui répugnait. L’odeur de viande sanguinolente lui tirait des grimaces et des haut-le-cœur qu’il était incapable de réprimer. Ce travail n’était pas fait pour lui. Le soir, lorsque la maisonnée était assoupie, il s’enfermait dans sa chambre et s’adonnait à sa passion. Il ouvrait la grande malle de voyage qui embaumait la poudre de riz et étalait sur le lit les trésors qu’elle celait : une farandole de tissus chatoyants, de brocarts pailletés d’or, de soies aux tons crème et caramel. Quelques plumes chamarrées venaient compléter ces précieuses étoffes, dont l’une, d’un jaune éclatant, viendrait agrémenter une tenue qu’il destinait à sa dulcinée pour la soirée exceptionnelle qui se préparait. Enfant, Marco adorait déjà se déguiser et se grimer.  Aujourd’hui, il confectionnait des costumes pour son propre usage et pour quelques uns de ses amis avec lesquels il jouait la comédie dans un vieux théâtre désaffecté. Isabella, sa fiancée, devait le rejoindre le soir même pour se rendre à la première et unique représentation de leur nouvelle pièce. La veille, elle était passée pour les derniers essayages : pour elle, une robe de princesse en taffetas aux nuances mordorées. Pour lui, un costume d’indien en peau de buffle, rebrodé de fils d’argent et un masque d’argile finement travaillé qui représentait un visage plus vrai que nature. Une perruque longue parachevait le déguisement. Marco était méconnaissable, derrière ce camouflage. Ils partirent, usant d’un habile stratagème en prétextant une sortie au bal, leurs costumes de scène cachés au fond d’une besace.

Le spectacle connut un véritable succès. La mort dans l’âme, le jeune homme ne pouvait s’autoriser à dévoiler son identité. Aussi, c’est masqué et vêtu de sa tenue d’indien qu’il posa avec ses compagnons pour le peintre qui allait immortaliser leur réussite, un jeune artiste prénommé Léonardo. Le tableau ne fut jamais livré et plus personne n’y pensa. Un jour pourtant, Léonardo retrouva la vieille croûte et fut aussitôt saisi par ce visage énigmatique à moitié effacé par l’usure du temps. Une fièvre incontrôlée le gagna au point qu’il n’eut de cesse de redonner vie au personnage de l’indien. Le visage fut reproduit à l’identique : fin, mais sans véritable grâce, le teint un peu jaunâtre. De longs cheveux bruns, un peu ternes et gras, encadraient ce qui avait été jadis un masque d’argile, un masque qui avait pris figure humaine grâce au talent de l’artiste. Il peignit ensuite un corps de femme, ajoutant ainsi au mystère qui se dégageait du tableau, mais ne toucha pas aux manches en peau de buffle, en guise de clin d’œil. Satisfait du résultat, il apposa sa signature : Leonardo da Vinci. Pour terminer, il se gratta la tête pour trouver un titre évocateur à ce tableau qui n’était en fin de compte qu’une de ses nombreuses facéties. « La Joconde ! » s’exclama–t-il joyeusement, en réalisant que cette moue lui rappelait un peu le sourire niais de l’épouse d’un marchand de soie croisé quelques jours auparavant.

Telle est la véritable histoire de la Joconde. Tout le reste n’est que pure fantaisie de la part d’historiens peu scrupuleux.

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Voici ma participation au défi
LES PLUMES à thème n°20   lancé par AsphodèleLes plumes
sur le blog  Les lectures d’Asphodèle .

L’exercice consistait à rédiger un texte ayant pour thème « le masque ». Les mots suivants étaient imposés :

Visage, camouflage, armée, plume, vénitien, jaune,
déguiser, bal, argile, mensonge, embaumer, comédie,
celer, mystère, pailleté, crème, farandole, grimace,
hypocrisie, dissimuler, unir, usure, unique

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Les coulisses de l’histoire

J’ai eu beaucoup de mal à placer ces mots. Ce n’est pas pour rien que j’ai écrit une histoire aussi tarabiscotée…  Les mots qui ont donné l’orientation à ce petit récit sont « vénitien » et « mystère », même si la Joconde était florentine… De là est venue l’idée que l’histoire de la Joconde que l’on connaît n’est pas la véritable histoire. Comme vous n’aurez pas manqué de le remarquer, je me suis permis quelques libertés  (j’entends déjà les commentaires: « es-tu sûre que les italiens utilisaient de la peau de buffle au XVIème siècle ? »). Une fois mon texte écrit, je me suis aperçue que « joconde » était aussi un nom masculin qui signifie « coureur de jupons ». Trop tard, car tout était déjà bouclé…