L’alternance des scènes dans un roman

ScènesL’alternance de descriptions et de dialogues semble être une évidence pour la plupart des écrivains, mais qu’en est-il de l’alternance des scènes qui se passent dans des lieux différents ? Dans ce billet, je vous livre à nouveaux mes interrogations, rien de plus.

Sauf à ce qu’elle se déroule dans un huis clos, ou que le récit soit raconté à la première personne, une histoire ne se réduit pas à une succession linéaire d’événements. Dans une histoire, chaque protagoniste a sa propre vie, évolue dans un environnement qui lui est propre. Tous les personnages ne se trouvent pas forcément au même endroit au même moment. Il est donc nécessaire d’alterner les scènes : on va parler d’un personnage, la plupart du temps le personnage principal, décrire ce qu’il fait, le faire agir, le faire parler. Puis, il faudra introduire un deuxième personnage, un troisième… Or ces personnages ne se côtoient pas en permanence. Certains même ne seront pas amenés à se croiser avant des dizaines de pages. Comment passer d’une scène à l’autre, sans donner la sensation d’un récit décousu, même si la chronologie est parfaitement respectée ? Faut-il éviter les va-et-vient d’un personnage à l’autre et s’appliquer à en dire le plus possible sur ce qui se passe dans la vie de l’un des protagonistes avant de changer de lieu ?

Comment organiser la chronologie de ces scènes pour donner du rythme à l’histoire, donner l’impression qu’on assiste en parallèle à différentes péripéties pour éviter la monotonie, mais sans risquer de faire perdre le fil au lecteur ? Faut-il alterner scènes courtes (par exemple 3 pages) et scènes longues ? Rallonger une scène à dessein, pour faire monter la tension, parce que l’on sait que le lecteur va attendre impatiemment la scène suivante, celle où des révélations sont attendues ?

Quelle est votre approche personnelle ? Pensez-vous qu’une alternance de scènes courtes, pour donner du rythme ou pour provoquer la frustration du lecteur, soit une bonne technique ? D’après vous, peut-il y avoir plusieurs scènes dans un même chapitre ?

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Photo Gertie_DU, avec l’aimable autorisation de son auteur

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15 réflexions sur “L’alternance des scènes dans un roman

  1. Intéressant. Je pense que la succession trop fréquente de scènes courtes dans un même chapitre casse le rythme d’un récit, s’il n’y a pas lieu d’y avoir une succession. Néanmoins quand l’écrivain veut introduire du suspense dans une scène clé, il est intéressant de hacher les séquences à condition que le suspense opère dans toutes les scènes à la fois.
    Sinon, pour ne pas trop casser le rythme en succédant les scènes, une technique intéressante (parmi tant d’autres) est de lier un élément visuel aux deux scènes (une goutte de pluie tombe sur le personnage principal, une goutte de café tombe dans le gobelet du personnage secondaire) qui agira comme un fondu au cinéma, et fluidifie la lecture. C’est purement subjectif. 🙂

  2. Je n’apporterai pas de réponse parce qu’effectivement ce sont des questions qu’on se pose. J’ai lu dernièrement un auteur de polars dont les chapitres ne font pas plus de trois pages (pages A5 du livre) ce qui permet de donner du rythme au livre, mais alterner, je ne sais pas.

    • Effectivement, alterner les points de vue est intéressant, mais si cela devient systématique, je crains que ça ne devienne lassant. Un peu comme une « ficelle » à l’usage de l’écrivain amateur qui serait un peu trop grossière.

  3. Je ne pense pas que la question doive se poser en ces termes (et je t’avoue que je n’y ai jamais réfléchi, mon écriture est en quelque sorte devenue réflexe).
    Il faut se demander si tout a été dit pour une scène donnée, sachant qu’elle ne doit pas forcément être terminée (elle continue dans le chapitre suivant, après une ou plusieurs autres scènes, pour maintenir le lecteur en haleine – mais il faut que ce soit quelque chose de particulier, pas bêtement une scène du quotidien, enfin, tu me comprends). Si la scène se suffit à elle-même, ce n’est pas la peine d’allonger pour allonger, on passe à la suivante.
    Je n’ai aucun problème à alterner les points de vue dans un même chapitre, ni à placer des flash-back – de façon judicieuse, évidemment. Par exemple, dans Bleu du bonheur, les deux héroïnes discutent, et j’ai veillé à ce que le dialogue soit bref, quelques lignes à chaque fois, entrecoupé de flash-back, parce qu’elles parlent du passé.

    • Une écriture réflexe : le rêve ! Si tu écris sans même réfléchir à tout ce qui peut se cacher sous le processus d’écriture, alors tu as une sacrée longueur d’avance. D’ailleurs, il se trouve que c’est le cas… 🙂
      Pour ce qui est d’allonger pour allonger : surtout pas, effectivement ! On le sentirait tout de suite. Faire du remplissage ne présente aucun intérêt. Si on n’a rien à dire, mieux vaut ne rien dire (Tiens, j’ai écrit une lapalissade ! 🙂 ).

      • C’est dans doute parce que j’écris depuis si longtemps et que j’ai tellement lu, j’ai dû intégrer, de façon inconsciente, les « mécanismes ».
        Je suis assez instinctive et intuitive, par exemple, en règle générale, je découvre le coupable dans un polar dès que le personnage apparaît (je me souviens, ado, d’un Agatha Christie, ils étaient dans un avion, rien n’avait encore été commis, mais je savais qui serait la victime et qui était le coupable), idem pour les films ou les séries, ce qui est assez frustrant d’ailleurs, je n’ai jamais de surprise. Mon compagnon m’a montré un film de SF (sachant que je ne suis pas fan du genre, je connais peu le « milieu ») et après vingt minutes, je lui ai raconté le reste (j’ai adoré sa tête complètement éberluée, parce que le scénario était un peu tordu et je l’avais démonté avec facilité 😆 ). Enfin, je m’égare, ça n’a que peu de rapport avec ton interrogation initiale.
        Depuis que je tiens mon blog, je constate qu’ailleurs, il y a beaucoup d’interrogations et c’est assez instructif.

  4. Je pense que c’est comme pour tout, il faut savoir l’utiliser avec justesse… Trouver un compromis entre la règle stricte de l’unité de temps, d’action et le roman où le lecteur est perdu à la page 4, parce qu’il y a déjà eu 5 flashbacks et 2 anticipations 🙂 C’est souvent en écoutant parler les gens autour de moi que je trouve le bon (enfin, je l’espère) rythme pour alterner les scènes dans ce que j’écris. C’est très rare qu’une discussion entre deux personnes ne fassent appel à aucun autre élément que celui duquel elles parlent. J’essaie de garder cette même idée, et comme le dit Olivia, ne pas surcharger pour surcharger évidemment.
    Moi, j’aime bien jouer avec les narrateurs, dans Dust Row, par exemple, il y a toute une partie du livre qui est racontée par une autre personne, ce qui permet un autre point de vue d’une même scène. Je réutilise le même procédé pour la suite que je suis en train d’écrire, ça permet de laisser une zone de floue qui sera éclaircie par après grâce à la vision de la deuxième personne.
    Bon brainstroming 😉

    • En effet, hormis le risque de lasser le lecteur, il y a aussi celui de le perdre, ce qui va également finir par le lasser. Et là, c’est plus délicat. Lorsqu’on écrit une histoire, on s’en est tellement imprégné, on connait si bien nos personnages, que l’on a tendance à penser qu’il en est de même pour le lecteur. Pour éviter cet écueil, je ne vois pas d’autre solution que d’avoir un avis extérieur. Sinon, comment s’assurer que les lecteurs ne vont pas perdre le fil du récit… ?

  5. Tout dépend de l’auteur – des chapitres courts conviennent très bien à Yves Simon par exemple, toujours pris par le rythme – des villes, des gens, dans un souci de réel aussi – mais sur ce dernier point la longueur est intéressante aussi. Hermann Hesse aussi, d’une certaine manière, qui a un sens du récit très contenu, et exploite les différents niveaux de narrations pour donner du rythme, mais aussi du sens (surtout!)

    Des longues scènes conviennent parfaitement à certains auteurs comme Umberto Ecco qui sait nous subjuguer et retenir par les mots. Et ne parlons pas de Proust.

    Question de style, mais l’alternance bof. Adopter des positions fortes, tranchées.

    Amateur de polars américains, on trouve aussi des adeptes du court et du long – histoire de climat, contexte, construction narrative.

    • J’ai apprécié certaines longues scènes chez Umberto Eco. En revanche, j’avoue avoir souffert en lisant le début du « Nom de la Rose ». Et quand je dis « début », cela doit représenter une bonne centaine de pages. J’ignore ce qui m’a incitée à poursuivre, mais ensuite c’était une sorte de récompense 🙂
      Finalement, pour mieux me rendre compte, je devrais relire les romans qui m’ont passionnée et tenter de repérer ce qui m’a justement accrochée. Quand on est plongé dans un bon bouquin, on est en dehors de ces considérations. On est juste en immersion totale…

      • C’est parfois un peu dur d’entrer, oui! Mais après quel bonheur vu que l’auteur – et sans être « naturaliste » – a pris le soin de bien définir « le cadre » social, humain, …

        D’Eco ai eu un peu de mal sur « l’île du jour d’avant » … mais ensuite … une merveille. Son meilleur, si ce n’est l’histoire d’amour inutile …

        Relire, une belle idée, et je crois que ça compte.

  6. oui il peut y avoir plusieurs scènes dans un même chapitre. Il est même plutôt très rare qu’il n’y en ait qu’une seule. Quant aux rythmes des scènes il faut penser au lecteur qui doit aussi souffler de temps en temps …
    cordialement Camille

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