La véritable histoire de la Joconde

JocondeAprès s’être cassé les dents sur l’identité du modèle le plus célèbre au monde, les historiens, las de toutes ces tergiversations,  finirent par se mettre d’accord. Il fut décidé que cette femme, d’origine florentine, était issue de la classe moyenne et  s’appelait  Lisa Gherardini. Or, il n’en est rien. Tout cela n’est que pure hypocrisie, mensonges éhontés d’une armée de piètres chercheurs en quête de mystère. Il est temps de lever le voile, sous lequel, vous le verrez, se dissimule une banale vérité.

Peu enclin au dur labeur auquel le destinait son père, Marco était un jeune vénitien insouciant. Le métier de boucher, transmis de père en fils, lui répugnait. L’odeur de viande sanguinolente lui tirait des grimaces et des haut-le-cœur qu’il était incapable de réprimer. Ce travail n’était pas fait pour lui. Le soir, lorsque la maisonnée était assoupie, il s’enfermait dans sa chambre et s’adonnait à sa passion. Il ouvrait la grande malle de voyage qui embaumait la poudre de riz et étalait sur le lit les trésors qu’elle celait : une farandole de tissus chatoyants, de brocarts pailletés d’or, de soies aux tons crème et caramel. Quelques plumes chamarrées venaient compléter ces précieuses étoffes, dont l’une, d’un jaune éclatant, viendrait agrémenter une tenue qu’il destinait à sa dulcinée pour la soirée exceptionnelle qui se préparait. Enfant, Marco adorait déjà se déguiser et se grimer.  Aujourd’hui, il confectionnait des costumes pour son propre usage et pour quelques uns de ses amis avec lesquels il jouait la comédie dans un vieux théâtre désaffecté. Isabella, sa fiancée, devait le rejoindre le soir même pour se rendre à la première et unique représentation de leur nouvelle pièce. La veille, elle était passée pour les derniers essayages : pour elle, une robe de princesse en taffetas aux nuances mordorées. Pour lui, un costume d’indien en peau de buffle, rebrodé de fils d’argent et un masque d’argile finement travaillé qui représentait un visage plus vrai que nature. Une perruque longue parachevait le déguisement. Marco était méconnaissable, derrière ce camouflage. Ils partirent, usant d’un habile stratagème en prétextant une sortie au bal, leurs costumes de scène cachés au fond d’une besace.

Le spectacle connut un véritable succès. La mort dans l’âme, le jeune homme ne pouvait s’autoriser à dévoiler son identité. Aussi, c’est masqué et vêtu de sa tenue d’indien qu’il posa avec ses compagnons pour le peintre qui allait immortaliser leur réussite, un jeune artiste prénommé Léonardo. Le tableau ne fut jamais livré et plus personne n’y pensa. Un jour pourtant, Léonardo retrouva la vieille croûte et fut aussitôt saisi par ce visage énigmatique à moitié effacé par l’usure du temps. Une fièvre incontrôlée le gagna au point qu’il n’eut de cesse de redonner vie au personnage de l’indien. Le visage fut reproduit à l’identique : fin, mais sans véritable grâce, le teint un peu jaunâtre. De longs cheveux bruns, un peu ternes et gras, encadraient ce qui avait été jadis un masque d’argile, un masque qui avait pris figure humaine grâce au talent de l’artiste. Il peignit ensuite un corps de femme, ajoutant ainsi au mystère qui se dégageait du tableau, mais ne toucha pas aux manches en peau de buffle, en guise de clin d’œil. Satisfait du résultat, il apposa sa signature : Leonardo da Vinci. Pour terminer, il se gratta la tête pour trouver un titre évocateur à ce tableau qui n’était en fin de compte qu’une de ses nombreuses facéties. « La Joconde ! » s’exclama–t-il joyeusement, en réalisant que cette moue lui rappelait un peu le sourire niais de l’épouse d’un marchand de soie croisé quelques jours auparavant.

Telle est la véritable histoire de la Joconde. Tout le reste n’est que pure fantaisie de la part d’historiens peu scrupuleux.

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Voici ma participation au défi
LES PLUMES à thème n°20   lancé par AsphodèleLes plumes
sur le blog  Les lectures d’Asphodèle .

L’exercice consistait à rédiger un texte ayant pour thème « le masque ». Les mots suivants étaient imposés :

Visage, camouflage, armée, plume, vénitien, jaune,
déguiser, bal, argile, mensonge, embaumer, comédie,
celer, mystère, pailleté, crème, farandole, grimace,
hypocrisie, dissimuler, unir, usure, unique

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Les coulisses de l’histoire

J’ai eu beaucoup de mal à placer ces mots. Ce n’est pas pour rien que j’ai écrit une histoire aussi tarabiscotée…  Les mots qui ont donné l’orientation à ce petit récit sont « vénitien » et « mystère », même si la Joconde était florentine… De là est venue l’idée que l’histoire de la Joconde que l’on connaît n’est pas la véritable histoire. Comme vous n’aurez pas manqué de le remarquer, je me suis permis quelques libertés  (j’entends déjà les commentaires: « es-tu sûre que les italiens utilisaient de la peau de buffle au XVIème siècle ? »). Une fois mon texte écrit, je me suis aperçue que « joconde » était aussi un nom masculin qui signifie « coureur de jupons ». Trop tard, car tout était déjà bouclé…

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46 réflexions sur “La véritable histoire de la Joconde

  1. Je pense bien qu’à force de se casser les dents !… au prix où sont les implants, vaut mieux vite trouver une solution au mystère de la « dame » ! Heureusement que tu étais là pour solutionner le problème !!! ;o)))
    Une petite -toute petite- question : ecris-tu sans avoir recours aux mots imposés, ou est-ce plus facile pour toi ainsi ? Je suis curieuse de savoir…
    Belle journée !!!

    • J’écris directement avec les mots imposés. Souvent, je repère les plus incongrus, ceux qui seront difficiles à caser, et je pars justement d’eux en me disant que j’élimine tout de suite la difficulté. Une seule fois, j’ai écrit mon texte avant et j’ai ensuite inséré les mots imposés. C’est un peu la double peine : il faut trouver une idée d’histoire et ensuite il faut parvenir à y caser des mots qui bien souvent n’ont rien à voir avec le thème. Finalement, les mots imposés titillent l’imagination et la réveillent. C’est un très bon exercice.
      Un très bon week-end à toi…

  2. Ah, mais quel talent ! Ou comment ouvrir des champs d’expérimentation en écriture. Tes tarabiscotages donnent des résultats surprenants. Il faudra que je teste les ficelles que tu utilises. C’est créateur. Cette « Joconde » n’a pas fini de faire parler d’elle, ou même encore « de lui »…

    • Merci jobougon. Finalement, l’inspiration tient à peu de choses. Il faut parvenir à saisir les idées au moment où elles surgissent. Quelquefois, pour peu que je n’aie rien pour les noter, elles s’effacent comme elles sont venues, sans que j’y prenne garde…

    • Tiens, si je m’étais attardée sur « Mona », mon histoire aurait pu prendre une toute autre tournure. En espagnol, « mona » signifie à la fois « mignonne » et « guenon ». Étonnant non ? Pour ce qui est des étoffes, j’adore ça, j’en ai d’ailleurs tout un stock dans mes placards…

  3. Merci d’avoir éclairé ma lanterne 😉
    je ne verrai plus Mona Lisa de la même façon maintenant 😉
    c’est vrai que ces longs cheveux nous ont fait croire à tort que c’était une femme mais Mona est beaucoup mieux en homme finalement 😉
    J’adore les manches en peau de buffle 😉

  4. Excellent 😆
    J’adore ta version qui aurait plus au grand Léonard !
    Je suis une inconditionnelle du Vinci, et la Joconde me trouble, comme beaucoup…
    C’est ça le génie de cet Homme diaboliquement intelligent et futuriste.
    J’aurais aimé écrire ton billet, MCL 😉
    Bon dimanche et gros bisous de Lyon

  5. Ta dernière remarque sur la signification du mot joconde n’entre pas en conflit avec ton histoire, puisque de toute évidence, mona Lisa était un homme…
    Magnifique façon de traiter le sujet. Bravo.

  6. C’était donc ça, le mystère de la Joconde ! Merci pour l’éclairage historique ! Plus sérieusement, je trouve ce texte bien tourné et élaboré… très élaboré. On n’aurait pas forcément vu les mots coller avec ce genre d’histoire mais ça fonctionne parfaitement.

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