God Save The Queen

WindsorLa bijouterie Diaphane avait abrité plusieurs générations de bijoutiers. Située au rez-de-chaussée d’un immeuble cossu du XVIème arrondissement, elle avait pignon sur rue dans ce quartier bourgeois où les boutiques de luxe côtoyaient les galeries d’art huppées. Parmi les bijoux les plus prestigieux figurait une couronne destinée à la reine d’Angleterre, dont la pièce maîtresse était un diamant bleu d’une exquise pureté. Une véritable œuvre d’art. Sa beauté dépassait de loin toutes les merveilles qui jusque là était passées entre les mains expertes de Georges Diaphane. A ce jour, personne n’avait idée de l’apparence du précieux bijou, gardé dans un coffre à l’abri des regards, pas même sa future propriétaire. Prévoyante, Élisabeth avait toutefois exigé d’en connaître la couleur dominante. Sa tenue, à l’occasion de la passation de pouvoir,  serait donc d’un bleu irisé aussi limpide que le ciel aux premiers jours du printemps. L’époque des sempiternelles robes jaune poussin, vert pomme ou rose bonbon était définitivement révolu. La dernière apparition de la reine mère devait marquer les esprits. Elle devait faire bonne impression, surtout auprès de son successeur dont le nom était gardé secret. Ensuite, elle redeviendrait juste une mère et une grand-mère, comme n’importe quelle autre mère ou grand-mère. Si cela lui chantait, elle pourrait même porter une blouse à carreaux et manier le plumeau, sans se demander à tout bout de champ si le protocole était bien respecté. Une liberté à laquelle elle n’avait jamais encore goûté.

Pendant les réceptions, elle devait toujours faire preuve d’une grande dignité. Mais il est clair que la mine réjouie qu’elle arborait à l’occasion de ces prestigieuses manifestations n’était qu’une amabilité de façade. En prévision d’une retraite bien méritée, elle avait fait aménager dans une aile du château de Windsor un atelier dans lequel elle aurait tout loisir de pratiquer toutes les activités manuelles qui jusque là auraient fait jaser. Macramé, poterie, fabrication de scoubidous. Elle avait tellement hâte.

Quelques jours avant la cérémonie, un événement inattendu vint saborder ces projets pourtant réglés comme du papier millimétré. Une bande organisée, connue sous le nom des « potes à Jojo » déroba la couronne. On retrouva leur signature : le long tunnel qu’ils avaient creusé. Il passait sous le grand hôtel, longeait le métro sur 200 mètres, puis continuait sous la Seine pour rejoindre les égouts du côté du faubourg Saint Germain. Pas moins de 2 kilomètres de galeries souterraines ! Du travail de pro.

Outre Manche, tout fut mis en œuvre pour ne pas ébruiter la triste affaire ; le gang put donc profiter de son larcin sans risquer d’être inquiété. Personne n’eut vent des projets de passation de pouvoir. Le secret, bien gardé, ne passa pas les murs du bureau de la souveraine. Élisabeth tira un trait sur cette histoire et renonça à ses rêves. Pourtant, la nuit, quand le château est plongé dans le noir, il lui arrive de se rendre sur la pointe des pieds à l’extrémité de l’aile nord et d’entrouvrir une mystérieuse porte. Là, elle peut s’imprégner de l’ambiance de cet atelier dans lequel elle avait espéré finir ses vieux jours.

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Ceci est ma participation au défi  « Des mots, une histoire 119″
lancé par Olivia sur le blog  « Désirs d’histoires »des mots une histoire

Les mots imposés :

pureté – limpide – clair – diaphane
couronne – diamant – mine
galerie – art – atelier – manuel

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Photo Gerti_DU avec l’aimable autorisation de son auteur

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Les coulisses de l’histoire

Je voulais raconter l’histoire d’un holdup (au début, c’était même le titre de mon histoire), et puis j’ai bifurqué. L’histoire a pris une tout autre tournure, avec l’invention d’une supposée passation de pouvoir d’Élisabeth d’Angleterre. Mais qui donc aurait été sacré roi ? Le mystère reste entier et le secret jalousement gardé…

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20 réflexions sur “God Save The Queen

  1. Vive la bande à Jojo 🙂

    Et si jamais elle est une fortiche du scoubidou, la vioque, alors je dis respect. D’ici là … la couronne posera mieux sur des grandes oreilles ( à sa place, je minerais le chemin vers la porte …) – mais il manque à Charles une Lady McBeth … pour son malheur

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