Psychologie masculine

Présentation« Duvet d’oie 50 % ». Marion tripotait machinalement l’étiquette, sans même la voir. Elle tapota l’oreiller, l’enfila dans une taie toute propre et le remit en place. Voilà, c’était fini. Et de cent. Le compte y était.

C’est en sortant du Capitole qu’elle l’avait repéré. Le congrès international de psychologie venait de se terminer. Elle décida que ce serait lui, la perle rare, celui qui allait succomber à ses charmes. Élégamment vêtu d’un pardessus Hugo Boss, il descendait les marches de l’escalier et se dirigeait à grands pas vers la station de taxis. C’est à ce moment-là que Marion entra en scène. Un peu avant de le croiser, elle laissa négligemment tomber un de ses gants de cuir noir.

— Mademoiselle, vous avez perdu ceci, fit l’homme en lui tendant le gant qu’il venait de ramasser.

— Oh, merci infiniment.

— Vous avez assisté au congrès ?

Voilà. Le plus dur était fait. Ses réponses importaient peu. A présent, il lui fallait ferrer le poisson et ne pas le laisser s’échapper. Il se trouve que les sciences du comportement étaient la spécialité de Marion. En particulier la psychologie masculine. Son secret ? En premier lieu, provoquer la rencontre, ensuite capter l’attention de son interlocuteur, enfin le brosser dans le sens du poil et surtout, le laisser parler. Rien de bien compliqué. Elle le laissa parler.

— Au fait, je m’appelle Marc.

— Marion.

Il lui serra la main chaleureusement. Premier contact. Tout se déroulait à la perfection. Elle sut que c’était gagné lorsqu’il lui proposa de partager son taxi et de la raccompagner chez elle. Le siège de la BMW était confortable et propice aux confidences. En moins de vingt minutes, elle apprit qu’il était écrivain, divorcé et sans enfants. Si elle s’était laissée aller, elle aurait pu trouver cette naïveté d’une fraîcheur presque touchante. Mais son temps était compté, elle ne devait pas perdre de vue son objectif. Comme prévu, elle n’eut aucune difficulté à le faire monter dans son appartement, à lui offrir un verre de Whisky puis à l’entraîner dans sa chambre. Et comme prévu, après une nuit torride, il dût s’éclipser, prétextant une réunion matinale qu’il devait préparer. Mais cela n’avait pas la moindre importance.

Marion sortit de la douche. Elle refit le lit avec des draps propres et pour terminer tapota les oreillers.

— C’est fini, fit-elle avec un soupir. Et de cent !

L’année passée, elle avait raté son diplôme de psychologie. Cette année, elle était fin prête. Elle pourrait présenter son mémoire devant un jury réputé pointilleux, en usant d’arguments persuasifs. Les travaux pratiques qu’elle s’était imposés durant cette année d’études allaient porter ses fruits. C’est pleine d’assurance qu’elle se rendit à l’examen oral la semaine suivante. Quatre personnes, deux hommes et deux femmes, se tenaient devant elle. Marion se décomposa lorsqu’elle découvrit que l’un d’eux n’était autre que Marc, son dernier cobaye. Elle était fichue. Tant pis, elle n’avait plus le choix. D’un clic, elle démarra la présentation qu’elle avait soigneusement préparée. Le titre s’afficha sur l’écran : « Psychologie masculine et techniques de séduction – par Marion Lamotte ».

……………………………………………………………….

Ceci est ma participation au défi  « Des mots, une histoire 116″
lancé par Olivia sur le blog  « Désirs d’histoires »des mots une histoire

Les mots imposés :

confidence – oreiller – duvet – oie
capitole – congrès – siège – international

………………………………………………………………..

Les coulisses de l’histoire

Les mots n’avaient rien de compliqué et pourtant j’ai eu un mal fou à me décider. J’ai d’abord écrit une première histoire qui ne m’a pas satisfaite. J’ai donc décidé d’écrire tout autre chose en démarrant avec l’oreiller. J’ai bien cru qu’il allait se passer des choses horribles, que Marion était peut-être une tueuse en série, mais elle en a décidé autrement. Ah, ces personnages qui guident nos doigts sur le clavier !

Publicités

26 réflexions sur “Psychologie masculine

  1. Joli rythme, chute intéressante. J’aime bien ton commentaire de fin : c’est tellement vrai qu’on a parfois l’impression d’être l’instrument scripteur de personnages qui nous échappent, d’une histoire qui s’impose…
    Ravie d’avoir découvert ton blog !
    Camille

    • Merci Camille.
      Tu as trouvé le mot juste : on n’est que l’instrument… Finalement, je me demande si je ne préfère pas me laisser guider par mon imagination au fil de l’histoire plutôt que de construire un plan et de m’y tenir. La nouvelle courte permet de se lâcher un peu… 🙂

  2. Si je lis entre lignes, (enfin j’essaie), je comprends que lui est pas mal dans son genre, aussi, il se laisse charmer, passe une bonne nuit et hopopop, il s’enfuit, ni vu ni connu, mais là, il est aussi piégé qu’elle, c’est excellent !

  3. Dans leurs jeux des semblants, ils vont peut-être qui sait réussir à se rencontrer vraiment un jour ? Au fond, ils sont quittes, Elle s’est servie de lui pour boucler sa thèse, et lui a joué le jeu probablement pour des raisons non moins avouables. La situation est plutôt cocasse.

  4. J’adore, c’est excellentissime ! Pas fait d’étude de psychologie mais pour la méthode, j’ai bien compris… et je ne pratique pas trop, surtout « les travaux pratiques » à une telle échelle 😀
    Tel est pris…

Laisser un commentaire...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s