Le paradis du so_eil

Lit« LE PARADIS DU SO EIL ». Les lettres rose fluo de l’enseigne néon clignotaient en émettant un grésillement continu. Au début, Michaël avait cru lire « Le paradis du soleil », mais, lorsqu’il s’aperçut qu’il s’agissait d’un magasin de literie, il comprit sa méprise. Il allait passer son chemin lorsque son œil fut attiré par une série de panneaux lumineux aux slogans accrocheurs. « Eternelle volupté », « mourir de plaisir », « à l’aube d’une nouvelle vie ». Tiraillé par la curiosité, il s’approcha doucement. A peine avait-il franchi la porte d’entrée qu’un vendeur se précipita, le gratifiant d’un sourire enjôleur, toutes dents dehors.

— Bonjour monsieur, puis-je vous aider ? Entrez, n’ayez pas peur, s’empressa-t-il d’ajouter en voyant le jeune homme esquisser un pas de côté.

— Je ne fais que regarder, répondit prudemment Michaël. Je suis entré par pure curiosité.

— Et vous avez bien fait ! Figurez-vous que j’ai exactement ce qu’il vous faut.

D’un claquement de langue, le vendeur lui fit comprendre qu’il ne lui laissait pas vraiment le choix. L’agrippant par le bras, il l’entraîna dans une succession d’allées aux noms évocateurs. Michaël était un peu inquiet à l’idée de croiser un voisin ou un collègue dans ce lieu qui le mettait si mal à l’aise. Il se sentait honteux et n’avait qu’une envie, prendre ses jambes à son cou. Hélas, sa timidité le clouait sur place. Le vendeur, avec son incessant jacassement, son costume au tissu noir lustré et sa chemise blanche au col usé, lui faisait songer à une  vieille pie. Dans d’autres circonstances, cette pensée l’aurait fait sourire, mais à cet instant il se sentait imperméable à toute forme d’humour. Il envisageait sérieusement de revenir sur ses pas lorsque l’homme au costume d’oiseau s’arrêta devant un grand lit à baldaquin.

— Que diriez-vous d’essayer la douceur et le moelleux de ce matelas triple épaisseur ? Une nuit passée dans ce lit et le lever ne sera plus une contrainte. Vous vous réveillerez frais comme un gardon.

Michaël rougit jusqu’à la pointe des oreilles lorsqu’il réalisa qu’une belle jeune femme, vêtue  d’un déshabillé de soie, était allongée sur le lit. Elle lui jetait des regards langoureux qu’il ne savait comment interpréter. L’homme prit son hésitation pour un refus et l’emmena plus loin.

— Je vois. Vous préférez quelque chose de plus spartiate, de plus ferme. Voici un futon, fabriqué dans la plus pure tradition nippone. Au XVIIIème siècle, un empereur qui se nommait Shôtoku possédait un modèle en tous points identiques.

Le jeune homme écarquillait les yeux, pris de panique, tandis qu’une tache d’un rouge sombre s’étalait sur le tissu de couleur ficelle. La vision d’un samouraï se faisant harakiri s’imposa à lui. Il fit quelques pas pour s’éloigner, talonné de près par le vendeur qui ne s’avouait pas vaincu.

— Je crois que je commence à vous cerner. Vous êtes un jeune homme moderne. Hmm, j’ai ici un modèle high tech qui devrait vous plaire. J’en ai vendu un pas plus tard qu’hier à un ingénieur en aéronautique. Laissez-moi vous montrer son matelas à eau d’un incomparable confort. Tiède en hiver, réfrigéré lorsqu’il fait chaud et d’un design à couper le souffle. Comme vous pouvez le constater, le matelas est fait d’une matière synthétique transparente.

Un liquide translucide formait des remous qui évoluaient au gré d’’une musique d’ambiance. Michaël, gagné par la nausée, n’en pouvait plus. Pendant que le vendeur s’activait pour arrêter les ondulations du matelas à eau, il repéra enfin un lit qui lui parut tout à fait accueillant. C’était un lit normal, tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Il s’approcha et prit place en s’asseyant du bout des fesses, le temps de reprendre ses esprits.

— Non, pas celui-là ! hurla le vendeur en bondissant vers lui. Je ne l’ai pas préparé !

Le jeune homme sursauta. Soudain, tout se figea. L’homme s’était statufié dans son élan. Comme dans un mauvais rêve, Michaël se sentait perdu, sans repères. Il tenta en vain de retrouver la sortie et réalisa qu’il s’était laissé entraîner dans un labyrinthe dont il ne parviendrait pas à sortir. Errer à l’infini était désormais son destin.

— Alors, monsieur Jacques, encore une vente ratée ?

— Je ne sais pas ce qu’ils ont tous, à se précipiter avant que j’aie eu le temps de désactiver le désintégrateur anti intrusion.

— Vous n’êtes pas assez rapide, monsieur Jacques. Il va falloir songer à prendre la retraite !

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Ceci est ma participation au défi  « Des mots, une histoire 112″des mots une histoire
lancé par Olivia sur le blog  « Désirs d’histoires »

Les mots imposés :

éternel – paradis – mourir – début – aube
lever – s’activer – volupté – tiède – langoureux

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Photo Sébastien Ernest, avec l’aimable autorisation de son auteur

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Les coulisses de l’histoire

Vous l’aurez compris, j’avais envie de me débarrasser vite fait bien fait de quelques mots. Me voilà démasquée…  🙂  Je ne sais pas si la fin est compréhensible. De toute façon,  je ne suis même pas sûre de la comprendre moi-même, c’est dire.

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30 réflexions sur “Le paradis du so_eil

  1. Je me souviens un jour tu m’as dit que tu parfois tu perdais tes lecteurs parce que tes histoires étaient tarabiscotées bein là c’est le cas ! 🙂 et figure toi que ça me fait rire. Je t’ai déjà dit que j’étais fan de Kamoulox ? :). Et en même temps, je suis intrigué par cette ambiance absurde, ça me fait l’effet d’une série des années 50.

      • Bein tu vois, on à pas vraiment compris et c’est peut être ce qui a fait le charme de l’histoire. Oui j’ai pensé à la quatrième dimension (aussi) l’athmosphère y est, le mystère aussi. J’ai vraiment été interloqué par ce vendeur, le personnage est bon en fait il ne manquait peut être que la voix off à la fin qui te met encore plus dans la confusion en tout cas j’ai aimé !

    • Le pire, c’est qu’il n’y a rien à comprendre. C’est vraiment une histoire sans queue ni tête. C’était bien pratique pour caser les mots, mais ça ne colle pas vraiment à l’histoire, où le visiteur est censé voir (vivre) des choses différentes en fonction de son vécu et de ses attentes. Mais je n’ai pas réussi à faire passer le message (texte pas assez « travaillé »).

      • bein moi je m’étais figuré que le vendeur devait être une sorte de gardien des enfers et heu que les lits pouvaient être une sorte de moyen de transports, des vaisseaux quoi et que michael se retrouvait coincé dans ce dédale un peu comme une antichambre… du coup tu as réussi ton truc quelque part pour le visiteur que je suis.

      • Le lit, moyen de transport futuriste… Une sorte de tapis volant des temps modernes. 🙂 Le problème c’est que l’idée du vaisseau extraterrestre déguisé en lit ou même en magasin de literie, a un petit relent de déjà vu. Tiens d’ailleurs, qu’est-ce qui n’a pas déjà été vu ou écrit ? Quand on y pense, on se dit qu’il n’y a plus rien à écrire… que tout a déjà été écrit.

  2. Le jeune homme est passé dans la quatrieme dimension 🙂 en espérant qu’il pourra en revenir et y envoyer Mr jacques 🙂
    J’aime bien le contraste entre une histoire très réaliste tout du long et qui bascule d’un coup dans l’improbable 🙂

  3. Heu ben faut reconnaître que la fin est un peu ardue et donc pour ceux qui se contentent de lire que la fin, ben ils sont bien feintés faudra lire toute l’histoire héhé!!! Bon je vais la lire pour comprendre…….et bien j’en conclus que tu as du être vendeuse de lits dans une autre vie hihi!!!
    Bravo pour ton imagination débordante tout ça pour un plumard!!! Bon moi j’y retourne parce que j’ai la crève lol!!!
    Je vais arrêter de faire ce défi , suis un peu déçue du manque d’intérêt de certains . Donc je garde quelques bonnes adresses comme la tienne et je viendrais te visiter promis et sois toujours la bienvenue chez moi, tu sais c’est varié chez moi, je parle de tout et de rien mais toujours dans la bonne humeur et la convivialité des échanges.
    Bisous et bon week-end!!!
    Domi.

  4. MCL, la 4e dimension et moi ça fait deux, mais Valentyne a tout compris et en dit plus 😆
    Dingue, cette histoire de matelas 🙄 Dans les magasins « normaux » on peut essayer autant de modèles que l’on veut sans avoir la trouille de désactiver le désintégrateur anti intrusion !
    C’est fou mais c’est drôle !

    Domi, ne pleure pas, ne te décourage pas, tout le monde ne visite pas tout le monde 🙄

    • Ah la quatrième dimension, moi j’adore… 🙂 Tu n’as jamais regardé cette série en noir et blanc ?
      Essayer tous les matelas que l’on veut… Pour ma part, je n’ai jamais osé m’allonger sur un matelas dans un magasin. En général, je m’assois pour tester son confort. Enfin, on n’achète pas un matelas si souvent non plus… 🙂

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