Une singulière découverte

Palais du facteur Cheval

5,80 euros. Un prix modique pour ce voyage au pays de l’imaginaire. Je me retournai et jetai un dernier regard pour m’imprégner de la vision fantasmagorique que j’avais eu le loisir d’admirer, grâce à la ténacité et au courage d’un homme entré aujourd’hui dans l’histoire. Rempli d’espoir, je rangeai le précieux objet dans ma poche et démarrai. Il était dix heures et la circulation était fluide sur l’autoroute A7. Mes pensées vagabondaient. Des visions de projets improbables, qui restaient encore à inventer, traversaient mon esprit en ébullition. C’est pendant le trajet, alors qu’une multitude d’images se bousculaient encore dans ma tête, que l’idée commença à germer. Le déclic était bel et bien en train de se produire. Ce n’était pas qu’une légende. Mais, laissez-moi vous raconter comment tout a commencé.

Ma vie n’était qu’une succession d’échecs plus ou moins retentissants, de rêves inassouvis, de projets avortés. Ecrivain raté, piètre comédien, je m’étais rabattu sur l’enseignement du français dans un collège privé où j’avais été admis grâce à l’appui d’un notable ami de la famille. J’aurais pu vivre de mes rentes et me contenter de séjourner dans la grande demeure qui m’avait été léguée à la mort de mes parents, mais cela ne me suffisait pas. J’avais besoin de me réaliser, de faire quelque chose de ma vie. Le jour où le directeur du collège me congédia, en m’expliquant avec diplomatie que je n’étais pas fait pour ce métier, un sentiment de vide s’abattit sur moi. La vie mondaine dans laquelle j’avais toujours baigné n’avait plus le moindre attrait. Je restais cloîtré. Un jour, je reçus la visite de Charlotte, une amie d’enfance. Elle avait un cadeau pour moi, un carnet de voyage rempli de dessins qu’elle avait déniché chez un bouquiniste. Chaque illustration était  accompagnée d’un petit texte écrit au crayon à papier. Certaines pages, abîmées par l’usure du temps, étaient quasiment illisibles. L’une d’elles retint mon attention.

Commentaire

En examinant le dessin, je reconnus sans peine le palais du facteur Cheval. Au même instant, j’eus le sentiment que si je parvenais à déchiffrer ces deux lignes ma vie allait changer. Je m’attelai aussitôt à la tâche et pus ainsi reconstituer le commentaire inscrit sous le dessin. « Le Palais Idéal du facteur Cheval. Détail d’une tourelle. Sous le clocheton supérieur du château se cache un secret. Grâce à lui j’ai trouvé l’inspiration et la gloire ». J’ignorais à qui avait appartenu ce carnet, ni de quelle gloire il était question, mais j’avais envie de tenter ma chance. J’étais désœuvré et n’avais de toute façon rien d’autre à faire. Dès le lendemain, à l’aube, je pris la route en direction de Hauterives.  Le trajet me prit à peine plus d’une heure. Dès l’ouverture du site, je me mêlai aux autres visiteurs, muni de mon appareil photo. Il ne me fallut pas longtemps pour repérer la tourelle. Après avoir gravi les quelques marches qui y menaient, le plus dur restait à venir. Prenant appui sur la balustrade, je fis mine de photographier le château sous tous les angles tout en jetant des regards furtifs autour de moi. Je tâtai le clocheton le plus haut à la recherche d’un indice, lorsque je le sentis bouger sous la pression de mes doigts. Muni d’une charnière invisible, il bascula et révéla une cache au fond de laquelle était posé un petit objet empaqueté dans du papier brun. Je m’en saisis, refermai la cache et fourrai l’objet dans ma poche. Je terminai la visite au pas de course, tant j’avais hâte de découvrir ce qui se cachait sous le papier. Une fois dans la voiture, je ressortis de ma poche le mystérieux paquet. Le papier était plus qu’un simple emballage. Une fois déplié, je m’aperçus qu’il s’agissait d’une lettre. En haut à droite, figurait une date : 7 avril 1879. Je la lus avec avidité. Elle était écrite dans un français un peu désuet plein de charme. Celui qui lirait ces quelques lignes aurait la faculté de créer une œuvre merveilleuse et connaîtrait la gloire, grâce au pouvoir du médaillon de vieil argent qui l’accompagnait. Plus tard, cette personne devrait à son tour perpétuer la tradition en cachant le médaillon pour transmettre ce don à  la postérité. Je l’avais à peine touché que je sentis comme une explosion dans ma tête. Rien de violent ni de désagréable, juste une sensation étrange, comme si des millions d’étincelles crépitaient dans mon cerveau, mettant mon esprit en effervescence. Lorsque j’entrai dans ma propriété, l’idée avait pris corps et je savais exactement à quoi j’allais désormais vouer ma vie. J’allais bâtir mon propre palais, issu de mon imagination. Une tour de plus de cent mètres, que l’on verrait à des kilomètres à la ronde. Fabriquée à l’aide de tessons de bouteilles, elle se dresserait fièrement dans le ciel dont elle reflèterait l’azur à l’infini. Il ne serait pas nécessaire de parcourir des kilomètres avec une brouette ni de se tuer à la tâche. J’allais envoyer des hordes de camions récupérer la matière première aux quatre coins du pays et engager une équipe d’ouvriers pour la réalisation. En moins de deux ans, la tour fut achevée. Le médaillon, enveloppé dans une lettre que j’avais imprimée, avait été enfermé dans une bulle de verre, à exactement 115 mètres du sol. Pendant ces deux années, j’avais cru vivre une magnifique aventure, mais il n’en était rien. Je n’avais pas fourni le moindre effort. Je n’avais rien accompli. Le monument qui s’élevait vers les cieux n’était pas mon œuvre. Le contrat n’avait pas été respecté. Non seulement je ne connus aucune gloire, mais, après plusieurs hivers rigoureux, le gel eut raison de la solidité de la construction. Les parois de la tour commencèrent à se fissurer puis à  s’effriter. Une nuit, je fus réveillé par un bruit assourdissant. L’édifice s’était effondré. Des millions de tessons de bouteilles s’étaient éparpillés. Je ne pus me résoudre à les faire enlever pour les jeter, tant le médaillon hantait mes jours et mes nuits. C’est ainsi que je passai le restant de ma vie à le chercher, errant au milieu des morceaux de verre qui jonchaient le sol. Jamais je ne pus le retrouver.

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Les coulisses de l’histoire

J’avais dans l’idée de raconter quelque chose de farfelu, et puis, je me suis laissée happer par l’histoire. Une fois de plus, je n’ai pas écrit ce que j’avais imaginé au départ. Bizarre… Un coup du médaillon ?  🙂

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