La rencontre

EspionVoici ma participation au défi  « Des mots, une histoire 94″
lancé par Olivia sur le blog  « Désirs d’histoires »

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Les mots imposés :des mots une histoire

espérances – peinture – jupe – rivière – conséquence
dupe – détourner – phlébotomie – avenue – banque – sans

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Lire l’épisode précédent

Des éclats de voix tirèrent  Pierre et Mathilde de leurs travaux d’observation. C’est avec une certaine stupeur qu’ils découvrirent l’origine du vacarme qui leur parvenait depuis le hall d’entrée. Xavier était de retour avec le chien, un gentil bâtard plein de fougue. Il était accompagné d’un homme qu’ils ne connaissaient que partiellement, par  les données qu’il leur avait transmis à son insu. Avec une pointe de déception, Mathilde fit remarquer discrètement à son collègue qu’elle le trouvait tout à fait quelconque, presque une caricature de  « monsieur tout le monde » avec sa parka un peu défraichie et sa barbe de quelques jours.

— Tu t’attendais à quoi ? murmura Pierre. A une sorte d’aventurier à la Indiana Jones ou  à un casse-cou rompu à la descente des rapides sur les rivières du Colorado ? Juste parce qu’il a absorbé quelques malheureuses nanites, sans même s’en apercevoir ?

— Entrez, je vous en prie, fit Xavier qui s’empressa de faire les présentations.

Lorsqu’il en eut terminé, il ajouta avec un grand sourire :

— Et voici le chien le plus extraordinaire et  le plus chanceux de la planète, le seul chien au monde qui a réussi à s’installer au volant d’une corvette, puis à uriner sur la jupe spoiler avant, juste au moment de quitter le salon de l’auto, manière de laisser un souvenir de son passage. Vous noterez qu’il a évité soigneusement d’endommager la peinture de la carrosserie. Brave bête !

L’homme écarquillait les yeux, ne sachant où donner de la tête, tant cet endroit était insolite et inattendu en plein milieu du quartier chinois. Que faisait ce chien ici ? Pour quelle raison l’avait-on convié dans ce laboratoire de recherche, lui, un simple touriste en visite à Paris ? Etait-il sollicité pour participer à une enquête ? Au vu de tous les systèmes de sécurité qu’il n’avait pas manqué de remarquer avant de pénétrer dans le local, le doute était permis. Devant son désarroi, Pierre décida d’accélérer les choses en portant l’estocade.

— Vous ne me reconnaissez pas ?  Gustave Pollonia, voyageur de commerce, fit-il en prenant un air faussement distingué.

Celui qu’ils nommaient « le sujet » devint livide, comme s’il avait subi une phlébotomie qui l’avait vidé de tout son sang. C’était un cauchemar. Il allait se réveiller de ce mauvais rêve. Avait-il été manipulé ? La fiole était-elle à l’origine de ses maux de tête, des sensations étranges et incompréhensibles qu’il avait éprouvées ? La curiosité le tenaillait, mais il s’attendait au pire. La suite dépassa ses espérances et confirma ses craintes. Tout se précipita lorsque Mathilde, intriguée, voulut en savoir davantage sur lui. En effet, personne ne savait qui il était, ce qu’il faisait. Un comble quand on sait qu’ils le surveillaient depuis bientôt deux semaines, épiant ses moindres faits et gestes et même influant sur ses décisions et sur son libre arbitre, tel un vulgaire pantin. Ses moindres signes vitaux avaient été examinés à la loupe, pourtant son nom leur était inconnu.

— Je m’appelle Eric Holson. Je suis informaticien.

— Holson ! s’écrièrent de concert les trois compères.

Pierre s’empressa de poser la question qui leur brûlait les lèvres.

— Vous avez un lien de parenté avec Franck Holson ?

— C’est mon frère. Enfin… plus exactement mon demi frère. Je ne comprends pas, vous le connaissez ?

Xavier, qui s’était peu exprimé jusque là, résuma la situation et permit à Eric de découvrir son nouveau statut de cobaye. La prise de conscience fut brutale.

— Franck dirige une entreprise concurrente de celle qui m’emploie. Nos rapports sont un peu compliqués. J’avoue n’avoir jamais supporté sa façon de tout vouloir contrôler. C’est lui qui a organisé ces vacances pour moi, tous frais payés, pour se faire pardonner son ingérence dans mes affaires. Une fois de plus, il a tout contrôlé et je me suis fait avoir.

Tout s’éclairait. Holson avait tout prévu. Il avait organisé le voyage de son demi-frère et avait fait en sorte qu’il croise le chemin de Pierre, auquel il avait décrit le sujet idéal pour l’expérience. Pierre s’était fait manipuler, lui aussi, et avait été l’objet d’un jeu de dupes des plus machiavéliques. Mais dans quel but ? Réfléchissant aux intérêts de ce frère dont il ne partageait pas les ambitions, Eric se souvint qu’il avait été sollicité à plusieurs reprises pour espionner le personnel du service « Recherche et Développement ». Il avait toujours refusé avec  la plus grande véhémence. Dire qu’il aurait pu devenir à son insu l’espion le plus sophistiqué qui soit !  Non seulement voir et entendre, mais aussi intervenir contre sa volonté. Interloqué d’apprendre les desseins cachés du boss, le trio prit sans tarder la décision qui s’imposait. Il était temps de mettre fin à cette expérience qui prenait une tournure qu’ils ne pouvaient tolérer. Les recherches soi-disant altruistes auxquelles ils pensaient avoir participé avaient été détournées sans aucun scrupule par le boss pour son unique profit. Les conséquences risquaient d’être désastreuses.

Pour éviter d’aller droit au mur, l’unique solution était la destruction des nanites. Pierre assura que l’opération était sans danger et ne prendrait que quelques secondes. Pendant qu’il procédait aux derniers réglages, Mathilde finissait d’effacer le contenu des disques durs et des sauvegardes. Il fut toutefois décidé d’en conserver un exemplaire, qu’ils iraient déposer dans un coffre à la banque dès que tout serait terminé.

Pierre appuya sur la touche ENTREE. Tout le quartier fut instantanément plongé dans le noir, de la place d’Italie jusqu’au bout de l’avenue d’Ivry.

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Photo Pat Berardici, avec l’aimable autorisation de son auteur

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Les coulisses de l’histoire

Avec la rencontre des quatre personnages, la principale difficulté était d’éviter que le récit ne devienne confus. Il me semble que dans les romans, on trouve peu de dialogues avec plus de deux protagonistes. Au delà, ça devient compliqué et pour garder le fil, on est obligé de rajouter des « dit-il », « fit-il »… qui alourdissent le style. Qu’en pensez-vous ? Comment abordez-vous les dialogues lorsqu’il y a plus de deux protagonistes ?

Aimez-vous ajouter des dialogues à vos récits ? Pour ma part, je les utilise surtout pour changer de rythme, mais j’essaie de ne pas en abuser. En effet, ils n’apportent pas grand chose en termes de contenu, sauf à s’éterniser dans des échanges interminables. Je trouve que « Xavier, qui s’était peu exprimé jusque là, résuma la situation et permit à Eric de découvrir son nouveau statut de cobaye. La prise de conscience fut brutale. » est plus efficace qu’un dialogue entre Xavier et « le sujet » qui occuperait au moins une demi-page.

Bref, pour moi, le choix d’utiliser ou pas un dialogue est souvent un vrai casse-tête.

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22 réflexions sur “La rencontre

  1. bonne question!
    j’en mets peu, juste pour alléger un récit et émettre une opinion ou un sentiment…
    et il est vrai que dès qu’on a plus de deux interlocuteurs, ça devient difficile
    Mais dis donc, ça se corse drôlement, ton histoire!

  2. Intéressante cette chute et le dévoilement des dessous de cette manipulation (on connait la fin et en plus la dernière phrase permet un prochain rebondissement)
    J’aime bien en general les dialogues et des indications « dit il » « murmura t il  » etc ne me gênent pas si on peut en apprendre sur le personnage (s’il fronce les sourcils, lève les yeux au ciel , se tord les mains, sourit…)
    J’ai lu récemment « chroniques de san Francisco tome1 » où il y’a beaucoup de dialogues sans que cela soit pesant mais effectivement plutôt avec seulement deux protagonistes 🙂
    Bonne journée

    • Finalement, je suis un peu comme toi. Quand je lis un roman, j’aime bien qu’il y ait des dialogues. Dès qu’il y a un dialogue, il y a de l’action. Dans une nouvelle, c’est moins évident, j’ai l’impression que trop de dialogues enlève de la substance. Qui sait, c’est peut-être une fausse impression…

  3. Tu es une perfectionniste, MCL 😆
    Pour ma part, je ne fais jamais de dialogues, je n’écris pas d’histoires. Je ne sais que partir d’un point d’actualité 😆
    Mais si c’est bien ordonné, pourquoi pas corser le jeu en faisant parler plusieurs personnages !
    Avec des dialogues, c’est plus vivant.
    J’adore la photo de Pat Berardici.
    Et l’angoisse me prend à la fin de ton épisode 😆
    As-tu déjà une idée de ta suite ?
    Bon dimanche
    A Lyon, c’est mouillé et venteux XXL 😥
    Bisous d’O.

    • Effectivement, en écrivant des chroniques sur l’actualité, il n’y a pas de place pour des dialogues. Dans une histoire, comme tu le dis, c’est indéniablement plus vivant.
      Aucune idée de la suite… Je me suis même demandé si ça ne pourrait pas être la fin. Ce sera en fonction de l’inspiration du moment 🙂
      Ici aussi c’est mouillé et venteux (je suis à Lyon également…) 🙂
      Bon dimanche et bises.

  4. Une chute digne de ton histoire. 😀 J’adore ! 😀 J’ai effectivement beaucoup de mal avec les dialogues et ne sais pas toujours comment les placer. 😉 La spécialiste des dialogues, c’est Pierrot-Bâton. 😀

  5. Merci, MCL, de votre gentil commentaire sous mes inepties du jour,
    Je vois que vous aimez poser des questions. sans doute la fréquentation de défis d’écriture.
    Ecrire un dialogue à trente personnages, voilà un sacré challenge. A moins qu’à l’instar de certains de nos députés, 29 ne soient sourds !

    • Merci papistache.
      Se poser des questions et les poser aux autres, c’est pour moi un moyen de progresser…
      Trente personnages, houlà, il faut être très organisé. L’idée que 29 d’entre eux soient sourds est une solution… 🙂 Ou alors endormis, également comme certains députés 🙂

  6. C’est vrai que un roman qui n’est que dans le descriptif est souvent moins « vivant »…
    Mais je n’aime pas toujours.
    As-tu lu « La Ville et les chiens » ? Il y a des moments où l’on ne sait même plus qui parle.

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