L’attente…

HorlogeVoici ma participation à l’atelier d’écriture proposé sur le blog de
Martine Bond.

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Le texte devra tourner autour du mot « Attendre »

et avoir comme mots imposés les mots suivants :

rendez-vous, train, soirée, rire, texte, plaisir
moment, lumière, sourire, au-revoir, espoir

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Rendez-vous avait été pris pour ce samedi à 17h22, heure d’arrivée du train en provenance de Paris. J’ignore pourquoi, mais l’ambiance des gares me laissait toujours un sentiment amer. Les « au-revoir », les regards désespérés des amoureux qui se séparent sur le quai avaient un goût d’inachevé, comme s’ils mettaient un terme à une belle histoire qui venait à peine d’éclore. A l’inverse, le plaisir des retrouvailles, les rires joyeux lorsqu’un flot humain se déversait depuis les escalators aurait dû m’emplir de joie. Pourtant il n’en était rien. Toute cette agitation me pesait. Elle accentuait la sensation de solitude que j’éprouvais, perdue au milieu de la foule. Au moment où je levai pour la centième fois les yeux vers la pendule, une douce voix féminine sortit des hauts parleurs. Elle était partiellement couverte par le brouhaha ambiant, néanmoins je parvins à comprendre que le train allait avoir du retard. Le panneau lumineux des arrivées confirmait mes craintes. Un texte défilant annonçait : « Paris, arrivée prévue à 17h45 ». Il me restait trois quart d’heures à tuer et je n’avais pas l’intention de rester là à piétiner dans cet immense hall que l’on appelait étrangement la salle des pas perdus.

En sortant sur l’esplanade, je remarquai que la lumière du soleil avait décliné. En hiver, le début de soirée commençait très tôt. La grande place pavée avait été investie par des baladins. Un magicien parvint à me soutirer un maigre sourire lorsqu’il me tendit une fleur sortie de nulle part.  Une rose d’un rouge profond, tellement parfaite qu’elle semblait irréelle. En la saisissant, une vive douleur me fit sursauter. Une goutte de sang perlait à mon doigt. Agacée, je m’apprêtais à jeter un regard courroucé au coupable mais il avait disparu, comme s’il s’était évaporé. Alors que je léchais l’égratignure sur mon doigt, je sentis un changement s’opérer progressivement en moi. La soirée était douce et pour la première fois depuis longtemps, je goûtais à ce moment suspendu dans le temps. La frénésie qui semblait jusque là habiter les voyageurs ne m’affectait plus. Les mouvements saccadés et désordonnés s’étaient mués en un ballet lent et harmonieux. Un sourire éclatant animait les visages auparavant soucieux. Il n’en fallut pas plus pour balayer l’angoisse que j’éprouvais habituellement en ces lieux.

La grande aiguille de l’horloge venait d’atteindre le chiffre 9. Quelques minutes plus tard, je repérai Paul parmi les taches multicolores que formait le flot des voyageurs sur l’escalier roulant. Lorsque nos regards se croisèrent, je fus envahie d’un immense bonheur. L’espoir d’une vie nouvelle qui commençait. En sortant de la gare, un clochard attira mon attention en me gratifiant d’un clin d’œil complice. J’aurais juré que c’était le magicien à la rose.

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Photo Gertie_DU avec l’aimable autorisation de son auteur

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4 réflexions sur “L’attente…

  1. J’aime beaucoup ce texte. L’atmosphère, la progression de l’humeur du personnage… et le magicien 🙂 J’aurais bien besoin d’une rose, moi aussi, certains jours!

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