Le gang de Neuilly

GangNous sommes trois copains,  trois gueules d’ange à qui on donnerait le bon dieu sans confession.  Issus des beaux quartiers, nous suivons les traces de nos aînés en fréquentant les meilleures écoles privées. Notre signe de reconnaissance : des fringues de marque, stylées et  branchées. Notre objectif : faire régner notre loi, coûte que coûte, dans l’enceinte de l’école et au dehors. Le fait que nos parents apportent leur généreuse contribution au budget du collège nous garantit une certaine immunité.  Je suis sûr que les profs nous mangeraient dans la main si nous leur jetions des cacahuètes. L’école est réservée à l’élite. Aussi, nous avons décidé de faire débarrasser le plancher aux deux élèves qui ont bénéficié d’une bourse. Nous n’allons pas laisser ces gueux s’incruster dans cet endroit prestigieux et nous voler la vedette avec leurs notes mirobolantes. Cette école doit redevenir ce qu’elle était auparavant : la chasse gardée des gosses de riches. Ces notes, ce n’est pas parce qu’ils travaillent jour et nuit qu’ils les ont pour autant méritées. De toute façon, que peuvent-ils faire d’autre que travailler ? Ils n’ont pas les moyens de se payer de super consoles de jeux et ne partent jamais en vacances à l’étranger. Inutile qu’ils se bercent d’illusions, leurs vêtements de ploucs et leurs téléphones portables bas de gamme ne les aideront pas à atteindre les hautes sphères.

Aujourd’hui, nous allons leur porter le coup de grâce, à commencer par celui qui porte le prénom aussi ridicule que ringard de Jules. Regardez-le avec son cartable usé jusqu’à la corde, ses chaussures et ses jeans achetés en grande surface : un vrai loser.  Nous avons fait appel à un professionnel, recruté sur Internet, un ancien mercenaire. Les 1500 euros demandés pour le contrat ont été déposés à l’endroit convenu, la poubelle qui se trouve à l’entrée du cimetière Saint Martin. Le type nous a confirmé par mail que l’intervention aurait lieu ce soir et que demain nous devrions lui verser la deuxième moitié. Évidemment pour sortir chacun 1000 euros, nous avons dû inventer une histoire à servir à nos parents. C’était d’une facilité déconcertante, les adultes sont tellement crédules face à des gamins réputés sages comme des images. Enfin, Jules ne devrait pas remettre les pieds à l’école de sitôt.

Le lendemain matin, lorsque nous sommes entrés dans la  classe, une mauvaise surprise nous attendait. Jules était là, comme d’habitude, le nez plongé dans un bouquin. Un silence inhabituel planait dans la salle de classe.  Deux hommes, vêtus de jeans et blousons de cuir noir, parlaient avec la prof de maths. Une fois tous les élèves installés, le plus âgé des deux a pris la parole. C’était des flics de la criminelle. Tout en expliquant la raison de leur présence, il a jeté un regard sévère dans ma direction à plusieurs reprises.

— Charles Henri, c’est bien toi n’est-ce pas qui a contacté un certain Messier sur Internet ?

Mes copains étaient livides, je ne pouvais compter que sur moi-même. Arborant mon air le plus angélique, j’ai répondu que ce nom ne me disait rien, tout en retenant un sourire, car, dans ces cas-là il faut être dans la retenue pour rester crédible. J’ai soutenu le regard du policier pour bien lui montrer que je ne mentais pas. Peine perdue, car non seulement ils avaient tracé toutes mes connexions, mais le soi-disant Messier n’existait pas.

— C’était un leurre, mis au point pour coincer les petites crapules dans ton genre. Et dis-toi bien qu’on ne va pas en rester là.

Je n’ai pas ouvert la bouche. Ce n’était pas utile. Je savais que mon père me tirerait de là. Tout s’achète quand on a les moyens. Enfin, c’est ce que je croyais jusque là. Ce flic, c’était un coriace.

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Photo Gertie_DU avec l’aimable autorisation de son auteur

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Les coulisses de l’histoire

Ces trois petits mannequins m’ont évoqué des gamins arrogants, probablement du fait de leur origine sociale. C’est comme s’ils étaient prêts à écraser tout sur leur passage pour arriver à leurs fins. Ça m’a fait un peu bizarre d’imaginer de jeunes ados à l’esprit aussi tordu, mais c’est ce que j’ai ressenti face à ces trois petits personnages un peu « tête à claque ». Finalement, j’ai l’impression d’avoir été moins inspirée que je l’avais imaginé au départ. La fin me semble très convenue…

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12 réflexions sur “Le gang de Neuilly

  1. Bon texte ! Je me suis laissé emporté ! Ton écriture est fluide, plaisante.
    En fait ta fin a été une surprise. J’imaginais deux fin possibles :
    1. Le mercenaire n’était autre que le père de Jules.
    2. Jules avait trouvé l’argent dans la poubelle et avait prévenu la police.

  2. Toujours aussi fluide ton écriture 🙂 j’aime bien. Visiblement les mannequins t’inspirent et… bien ! Malheureusement, des petites crapules de ce genre, il en existe partout. J’imaginais par contre que le petit Jules était une « taupe » ha ha
    Cela dit, moi aussi ça me révolte ça : des gosses qui critiquent ou qui se moquent d’autres camarades du même âge tout ça à cause de marques de vêtements!

    • C’est vrai, les mannequins ont quelque chose de mystérieux, d’énigmatique, qui me plait bien. Il se pourrait que d’autres photos de mannequins m’inspirent d’autres histoires d’ailleurs…
      Et oui, se croire supérieur aux autres juste parce qu’on a les moyens de se payer des vêtements qui sont les signes distinctifs d’une classe dite supérieure est haïssable. Le pire, c’est quand ce type d’attitude émane d’un adulte… Là c’est impardonnable.

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