Par ici la sortie !

Mannequins dans la vitrine

J’ai décidé de participer à ma façon (en Off) au défi de janvier 2013 du blog l’Entonnoir.

— Marcella, ne te retourne pas, fais comme si de rien n’était !

— Facile à dire. Je crois que cette bonne femme là-bas nous a repérées.

Le petit groupe évoluait en glissant sur le parquet stratifié, tout en légèreté et dans la plus grande discrétion. La musique d’ambiance émise par les haut-parleurs du magasin couvrait leurs voix cristallines. Le pilier était enfin derrière elles : et de un ! Il les masquerait aux regards importuns des clientes un peu trop curieuses. De deux choses l’une, ou bien elles se faisaient toutes petites pour passer inaperçues, ou bien elles prenaient le risque de se faire repérer. Des trois femmes, Adriana, était la plus ancienne dans le métier, ce qui lui conférait une certaine légitimité. Elle avait réussi à les convaincre. Rester un jour de plus entre ces quatre murs n’était plus acceptable. Depuis de longues années, elles s’étaient acquittées de leur tâche à la perfection, sans jamais se plaindre, et voilà que la direction avait décidé de les mettre au placard. Chaque nouvelle saison les voyait parées des plus jolies robes, des plus beaux manteaux de fourrure, du plus élégant tailleur. Le jour des soldes d’été avait sonné et avec lui, la fin de leur collaboration avec le grand magasin. Menant tout ce petit monde à la baguette avec une énergie jusque là insoupçonnée, Adriana était convaincue que leur évasion se ferait en cinq sec.

— Tu crois que c’est une bonne idée ? gémit Marcella. Nous n’arriverons jamais à descendre six étages ! Les escalators sont beaucoup trop dangereux pour nous.

— Que tu es sotte, ma pauvre fille ! Nous allons prendre l’ascenseur. Encore quelques pas et nous y sommes.

Quelques efforts supplémentaires les amenèrent devant ses portes. Adriana se pencha pour appuyer sur le bouton d’appel. Elle perdit l’équilibre et, dans sa chute, s’engouffra dans la cabine plus vite que prévu. Le miroir, qui recouvrait toute une paroi, se fissura.

— Sept ans de malheur ! ne put s’empêcher de s’écrier la troisième femme, dénommée Sofia.

Le regard noir que lui jetèrent ses amies lui cloua le bec. L’ascenseur amorça sa descente. La fillette, à peine âgée de huit ans, était coincée au milieu du petit groupe. Elle était obligée de lever la tête en étirant le cou pour observer le défilement des numéros d’étages. Etre une petite fille n’était pas tous les jours facile.  Maria savait qu’elle resterait éternellement une gamine et qu’elle ne grandirait jamais. Ce n’était pas juste. Un doux tintement précéda l’ouverture des portes. Comme tous les enfants de son âge, elle se précipita pour découvrir ce qu’il y avait de l’autre côté. Mais voilà, elle ne pouvait pas faire ce qu’elle voulait. C’était comme ça tout le temps, enfin  au moins neuf fois sur dix. Une main l’agrippa par le bras et la retint à l’intérieur de l’ascenseur.

— Maintenant, on peut y aller, fit Adriana.

Le quatuor, dans un même mouvement gracieux,  s’élança vers la sortie. La journée était splendide. Une douce brise soulevait leur capeline et dévoilait leur ravissante chevelure. Une nouvelle vie commençait. Désormais, il était temps de se rendre à l’adresse que tous les mannequins du monde entier connaissent. Celle du signor Geppetto, le célèbre artisan aux singuliers pouvoirs, qui les libèrerait en faisant d’elles de vraies personnes.

—Vous voyez, ce n’était pas compliqué !

— Oui, finalement c’était aussi simple que 2 et 2 font 4 !

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 Le défi

Écrire un récit contenant les chiffres de un à dix, des adjectifs numéraux et dont la fin se conclut par une équation mathématique !
Thème : Libre
Longueur : Minimum 100 mots. Maximum 600 mots.
Contrainte : Intégrer les chiffres de un à dix (en texte) dans l’ordre entre le début et la fin de votre texte. La fin du récit doit se conclure par une équation mathématique.
Contrainte additionnelle : En plus des chiffres, vous pouvez insérer des adjectifs numéraux (deuxièmement, septième, …) à travers votre texte pour donner de la texture…

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Photo Berardici, avec l’aimable autorisation de son auteur

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Les coulisses de l’histoire

Dès que je l’ai vue, j’ai été séduite par cette photo où des mannequins semblent épiés par une cliente que l’on aperçoit à l’arrière plan. J’ai eu envie de raconter l’histoire de ces mannequins qui souhaitent échapper à leur triste condition, tout en appliquant les règles définies par le défi de janvier 2013 de « l’Entonnoir ».

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8 réflexions sur “Par ici la sortie !

  1. Bravo ! Ce n’est pas si évident que ça de placer, dans l’ordre, dix chiffres ! Et qui plus est termine par une équation mathématique ha ha J’aime beaucoup faire vivre des objets qui normalement n’ont pas la parole, et là, je les voyais très bien, ces mannequins, avancer doucement, pour échapper à leur triste sort de statues qu’on habille sans demander leur avis.

    • Je crois que c’est la première fois que je fais vivre des objets, mais il est vrai que ces objets-là ressemblent beaucoup à des humains. Tiens, je vais y réfléchir…
      Toi en revanche, tu sais faire… Pour preuve, ta terrible marguerite… 😉

  2. Ah ah l’évasion des mannequins du Bonheur des Dames! Bonne idée, la fuite est effectivement lié à la photo, mais celle du photographe qui se retrouve embarqué au Bon Marché par son élégante de femme !

    • C’est là qu’on reconnait le vrai photographe : toujours prêt à dégainer, son appareil photo à la main, en toutes circonstances !
      Tu peux remercier ta femme, car la photo est très réussie et attire immanquablement le regard.
      Merci de me l’avoir prêtée…

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