La fin d’un règne

Chaines

Ceci n’est pas une fiction. L’histoire que je vais vous raconter se passe au début du XXIème siècle, dans un pays que l’on dit civilisé.

A 21 heures précises, les haut-parleurs se mirent à cracher une musique tonitruante. Une clameur ininterrompue monta de la foule. Elle commençait à s’impatienter.

C’est alors que j’entrai en scène. Quatre solides gaillards m’amenèrent sur la place, solidement enchaîné. Etais-je à ce point dangereux, tout seul face à ces milliers de quidams, pour être traité de la sorte ? Tous les regards convergèrent vers moi lorsque je montai les marches. La ville entière semblait s’être déplacée pour assister au funeste spectacle. Les notables, accoudés aux fenêtres, étaient aux premières loges. La foule des anonymes s’agglutinait autour des barrières, chacun essayant de s’approcher au plus près. La tension montait progressivement, l’électricité ambiante était palpable.

Ils attendirent que la nuit soit tombée pour allumer le bûcher. Ce soir-là, le vent soufflait fort, comme un mauvais présage et l’air était glacial. Je n’avais pas peur. Je ne leur en voulais même pas, car je savais que c’était dans l’ordre des choses. J’ai levé les yeux et j’ai souri. Ca ne faisait que commencer. Ce sourire, plaqué sur mon visage grotesque, ne me quittait jamais. C’était plus fort que moi.

De petites flammèches venaient me lécher les pieds, je me sentais fondre, tel un morceau de guimauve, tant la chaleur devenait suffocante. Mes habits, alors si chatoyants, prenaient la couleur terne de la cendre. Les flammes, aux formes fantasmagoriques, devenaient gigantesques sous la force du vent. Des milliers de particules incandescentes  s’en échappaient. Les yeux luisants des spectateurs semblaient hypnotisés par la lueur rougeâtre qui embrasait le parvis de la cathédrale. Quelques sifflets et cris fusaient ça et là, mais aucune agressivité, aucune haine n’étaient perceptibles.

La pratique des bûchers  remontait au Moyen Age. A cette époque, la même scène aurait déclenché une vive animosité. Le peuple aurait crié « A mort » dans un élan d’indicible cruauté et sans l’ombre d’un regret. Aujourd’hui, il en allait tout autrement. La civilisation et le progrès avaient-ils rendu la population moins démonstrative ?

L’intensité du feu commençait à faiblir. Des cris de joie s’élevèrent lorsque l’orchestre entonna les premières notes. La fête pouvait commencer.

C’était la tradition. Dans un an, jour pour jour, le nouveau roi du carnaval périrait, lui aussi, dans la liesse générale.

Les coulisses de l’histoire

En ce moment (vacances obligent), j’ai peu de temps à consacrer à l’écriture. Pour éviter de laisser ce blog en jachère, j’ai ressorti de derrière les fagots une courte histoire que j’avais rédigée à l’occasion d’un concours de nouvelles. Plusieurs thèmes étaient proposés. Ici, le thème (ou la phrase à reprendre) était « J’ai levé les yeux et j’ai souri. Ça ne faisait que commencer ».

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4 réflexions sur “La fin d’un règne

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