Le cinquième jour

Voici ma participation au défi  « Des mots, une histoire 84″ lancé par Olivia sur le blog « Désirs d’histoires« .

Les mots imposés :  cauchemar – ou – conquête – problème – frais – objet – mais – hilarité –des mots une histoire
jour – relier – fois – rester – glacé – mieux – période – fac (faculté) – deux

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Lire l’épisode précédent

C’est le cinquième jour que les cauchemars firent leur apparition. Je ne sais ce qui les déclencha. C’était un vendredi. Toute la journée, j’avais usé mes semelles sur les pavés, finissant la journée par la rue Lepic en direction de la place du Tertre, puis poursuivant vers la fameuse vigne du clos de Montmartre,  adossée au flanc de la butte. J’avais fait une halte dans un troquet pour reposer mes jambes ankylosées. Le patron du bistrot me proposa de goûter au petit vin nouveau de la dernière récolte, ce qui m’étonna. En effet, il était notoire que ce vin était vendu tous les ans aux enchères, tant sa  production était réduite. Après tout, le mieux était de tenter l’expérience, aussi  je passai commande, sans trop y croire. Le vin, servi frais, avait un goût prononcé de fruits rouges et était au premier abord très léger et peu alcoolisé. A cette période, il était beaucoup trop tôt pour qu’il soit plus charpenté. Je me sentais tout guilleret. Mes douleurs aux mollets semblaient s’être miraculeusement envolées, au point que je passai commande une nouvelle fois. Le deuxième verre me plongea dans un bien être inattendu. Je n’étais plus moi-même. Habituellement réservé avec les gens que je ne connais pas, je me mis à proférer des inepties, provoquant l’hilarité générale. Le patron m’apporta la note en me faisant comprendre que je ne pouvais pas rester. Je décidai de prendre le métro pour regagner mon hôtel. J’avais prévu de partir à la conquête de la tour Eiffel, mais il était plus sage de remettre cette visite au lendemain. Je descendis les marches interminables qui reliaient la butte à la rue Lamarck et m’engouffrai dans les artères souterraines de la capitale, tout en sifflotant les premières mesures de « La Cucaracha », sous le regard médusé des passants. Il est clair que j’étais passablement éméché.

Lorsque je pénétrai dans l’hôtel, la nuit commençait à tomber. Je me sentais trop fatigué pour sortir dîner et demandai mes clés à l’hôtesse d’accueil. Une fois dans ma chambre, je m’écroulai sur le lit et m’endormis comme une souche. Lorsque je me réveillai, un objet dur me broyait la clavicule. La fiole de verre subrepticement glissée dans la poche de ma veste par le dénommé Gustave Pollonia se rappelait une nouvelle fois à ma mémoire.

— Et pourquoi pas ? me fis-je.

Un parfum prononcé d’herbes aromatiques s’échappa du flacon. Le liquide ambré me parut totalement inoffensif. Après tout, je ne risquai rien à essayer, même si je doutais qu’une goutte d’extrait de plantes ait une quelconque influence sur la nature et l’orientation de mes rêves. J’étais peu enclin à l’homéopathie et ne croyais guère à l’efficacité des placebos, c’est donc avec la plus grande désinvolture que je bus une gorgée directement au goulot. Je manquai de m’étrangler. L’amertume qui envahit mon palais me donna un haut-le-cœur. Je compris pourquoi il m’avait été conseillé de prendre une goutte sur un sucre. Une fois de plus, je n’en avais fait qu’à ma tête et je le regrettais déjà. La sensation désagréable mit un bon quart d’heure à disparaître, après un brossage des dents particulièrement vigoureux.

Je me glissai dans les draps. Une douce chaleur m’enveloppa et je partis au pays des songes. Je me trouvais dans un immense champ de coquelicots. Leurs corolles bougeaient au gré du vent tel un ballet de danseuses de l’opéra. Les fleurs se muèrent alors en de jolies jeunes filles faisant virevolter leurs robes légères au son d’une douce musique. Cette musique m’était familière et me rappelait des souvenirs maintenant lointains, du temps où j’allais à la fac. Je me retrouvais à Woodstock, en 1969, et ce que j’entendais n’était autre que « Carry On ». L’image des jeunes filles s’estompa progressivement et se transforma  en une foule joyeuse et colorée où l’extravagance semblait être la règle. Un doux parfum de liberté et d’insouciance flottait dans l’air. Soudain, le ciel s’assombrit. L’orage approchait. Avec la pluie, le maquillage de fête que certains arboraient se mit à dégouliner en longues trainées noirâtres. Les visages et les corps se déformaient en de grotesques monstruosités. Des pleurs et des cris de douleur montaient de la foule. J’étais paralysé par la terreur qui s’emparait de moi de façon irrationnelle. La scène et les musiciens avaient disparu, le paysage s’était mué en un ravin calciné où les corps se tordaient tels des troncs d’arbres noueux. Je suffoquai lorsque je m’éveillai en sursaut, complètement glacé et en nage.  Il était deux heures du matin.

Mon cœur battait la chamade. Je tremblais sans parvenir à me contrôler. Je mis du temps avant de réaliser que je venais de faire un mauvais rêve, le pire que je n’aie jamais fait. Je m’interrogeai. Tout cela n’avait aucun sens, c’était bien là le problème.  Ou bien j’avais abusé du vin de Montmartre, ou bien ce cauchemar avait été provoqué par ce satané extrait de plantes. Sa seule évocation me donna la chair de poule et je décidai de jeter ce qui en restait dans le lavabo. Hélas, je ne parvins pas à remettre la main sur cette maudite fiole.

A deux heures quinze précises, une femme voilée appuyait sur la touche <Enter> de son ordinateur pour envoyer un message :   « Ca y est ! Le processus a démarré et il dépasse nos espérances ! »

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Les coulisses de l’histoire

Les mots ne présentant pas de difficulté particulière (exit le corail et la visitation 🙂 ), j’ai essayé d’écrire une suite à ma précédente histoire (le voyageur de commerce), exercice que je redoutais un peu. Comme je le craignais, elle est un peu partie en vrille avec le rêve psychédélique et je ne sais absolument pas à quoi elle va aboutir. Pour l’instant, elle ne mène pas bien loin puisqu’elle s’arrête au même endroit que dans la première partie. Qui sait si ce n’est pas une histoire à tourner en rond…

Pour les nostalgiques qui voudraient retrouver l’ambiance de Woodstock avec le « Carry On » de Crosby, Stills, Nash & Young » ou pour ceux qui ne connaissent pas, vous pouvez cliquer ici.

Pour ceux qui n’ont pas envie d’écouter, surtout ne cliquez pas !

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Photo  ||JL||, avec l’aimable autorisation de son auteur.

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31 réflexions sur “Le cinquième jour

  1. Pardon MCL mais je n’ai VRAIMENT pas eu le temps de tout suivre, juste pour te dire que ce texte est magique, qu’il donne envie d’en savoir plus… Je vais donc faire un flash-back ce ouikende ! 😀

  2. Point de vue lecteur, je n’ai pas du tout l’impression que tu patauges au contraire. « Pour l’instant, elle ne mène pas bien loin puisqu’elle s’arrête au même endroit que dans la première partie. » Justement, c’est ça qui est bon, tu avances dans l’histoire, l’intrigue reste en filigrane, c’est bon ça !

  3. C’est une belle réussite cette suite et j’ai encore envie de savoir la suite. ta plume est vraiment agréable, ton vocabulaire très riche, ça me plait beaucoup merci 🙂 Je pense que parfois ne as savoir où l’on va dans l’écriture est plaisant car le crayon écrit tout seul finalement, guidé par notre imagination, c’est spontané et révèle de belles surprises parfois 🙂
    bonne journée 🙂

  4. Dans mon cas où je me contente de petites histoire sans queue ne tête il est rare que je suive mon idée première, c’est au fil de l’écriture que les personnages prennent leur rôle, parfois tragique mais souvent en dérision.
    Bravo pour ton histoire qui prend des tournures inquiétantes!!!
    Bisous et belle soirée.
    Domi.

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