La proie

Voici ma participation au défi  « Des mots, une histoire 82″ lancé par Olivia sur le blog « Désirs d’histoires« .

Les mots imposés :

pièce – progresser – ricaner – dépenaillé – aller – hoqueter – affaires – doué – cygne – tournée – auparavant – supporter – frère – surface – chercheur – projectile

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— Souvenez-vous que la psychologie du tueur en série est toujours d’une  logique implacable. Toutefois, n’oubliez pas qu’il s’agit de sa propre logique. Vous ne devez pas raisonner comme si vous deviez résoudre un problème mathématique mais  tenter de vous mettre à la place du tueur et, dans le meilleur des cas, vous identifier à lui.

Habituellement, les étudiants de cette prestigieuse université se séparaient en deux catégories. Les bons élèves, ceux que l’on disait doués, s’installaient toujours aux premiers rangs et participaient activement en posant des questions. Les autres, à l’allure souvent dépenaillée, semblaient assister aux cours en touristes, ricanant avec la plus grande nonchalance aux propos des enseignants, comme s’ils n’avaient cure de leurs futurs résultats aux examens. Les cours du professeur Kahn, éminent chercheur en criminologie, passionnaient son auditoire. Tous sans exception buvaient ses paroles avec une avidité que de nombreux enseignants lui enviaient. Même le directeur de l’établissement, un petit homme imbu de sa personne et notoirement connu pour son caractère soupe-au-lait, devait bien admettre que le taux d’assiduité était le meilleur jamais comptabilisé depuis la création de l’université. Le commissaire de police de l’arrondissement, qui n’était autre que son frère, travaillait en coordination avec le professeur, ce qui avait le don d’agacer prodigieusement le petit homme. Kahn lui volait la vedette, à lui qui était tout de même le personnage le plus important du campus.

— Passons à présent à l’affaire des docks. Un squelette calciné a été retrouvé dans un hangar désaffecté. Les analyses montrent que le crime a été commis dans la nuit du 8 au 9 novembre. Les relevés effectués sur la denture nous ont fourni l’identité du mort. Il s’agit d’un informaticien free lance qui effectuait des missions auprès de plusieurs grandes sociétés. Les ossements formaient un petit tas dans un coin de la pièce.

— La police ne dispose d’aucun indice ? questionna un étudiant assis au fond de l’amphithéâtre.

— Très peu d’indices ont été trouvés : pas de cendres, aucun mobilier, rien qui indique comment le feu a été allumé. Des traces au sol semblent prouver que d’imposants meubles métalliques s’y trouvaient encore récemment et ont été déménagés. On peut donc supposer qu’une sorte de poêle a été utilisé.

— Il aurait été brûlé vif ? hoqueta une étudiante, tétanisée à l’idée d’un acte aussi horrible.

— Non, il était déjà mort. Ajoutons qu’aucune arme à feu n’a été utilisée, car aucun projectile ni aucun impact n’ont été découverts.  En revanche, certains os présentent en surface des rainures indiquant clairement l’utilisation de plusieurs armes blanches, notamment un scalpel et une feuille de boucher. La victime a été démembrée à l’aide d’une scie électrique. Je ne vous cacherai pas que l’affaire n’a pas beaucoup progressé. Le commissaire chargé de l’enquête m’a demandé de dresser le profil psychologique du tueur, afin de procéder à des recoupements avec les résultats de ses experts en profilage.  C’est une méthode qui a fait ses preuves par le passé. Je vais donc vous mettre à contribution.

Un brouhaha s’éleva dans l’assistance.

— Vous allez former de petits groupes de 4 ou 5 personnes et travailler sur le sujet. Chaque groupe devra présenter son rapport en utilisant les méthodes enseignées dans ce cours, à savoir poser une hypothèse principale solidement étayée par des hypothèses secondaires. Auparavant, n’oubliez pas l’étape indispensable de brainstorming, durant laquelle vous devez laisser venir toute idée, quelle qu’elle soit. Essayez d’imaginer le tueur comme une araignée tissant sa toile en prévision de son prochain forfait.  Je vous donne rendez-vous ici, à la même heure, dans trois jours.

Ce soir-là, dans le parc de la Tête d’Or, pas un promeneur ne se douta de ce qui se tramait. Une jolie brune, vêtue d’un jogging gris perle,  observait à la dérobée un homme d’âge mûr qui jetait des morceaux de pains aux cygnes. En se levant ce matin là, elle avait à nouveau ressenti cette irrépressible tension qu’elle ne parvenait plus à supporter et décida que la perruque aux boucles brunes serait parfaite pour l’occasion.  La dernière fois, elle avait jeté son dévolu sur un trentenaire, dégoté en faisant la tournée des bars branchés. Il avait foncé tête baissée lorsqu’elle l’avait  rencardé  sur cette soi-disant rencontre de air guitar. Ces jeunes types, si sûrs d’eux en apparence,  étaient tellement crédules. Pour brouiller les pistes, il convenait de ne pas reproduire le même schéma, en modifiant son mode opératoire. Ce gentil retraité serait parfait. Un sourire satisfait aux lèvres, elle s’approcha discrètement de sa proie, tout en se remémorant les propos du professeur Kahn, à l’occasion de son dernier cours.

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Les coulisses de l’histoire

J’ai imaginé cette histoire tout en l’écrivant. Je ne savais pas du tout où elle allait me mener lorsque j’ai écrit les premiers mots. « Doué » m’a évoqué un étudiant assistant à un cours dans l’amphithéâtre  d’une université. C’est alors que m’est venue l’idée du cours de criminologie et l’envie de l’associer à l’histoire « Une rencontre inattendue », que j’avais écrite le 8 novembre dernier. D’où le petit clin d’œil avec le crime qui s’est déroulé dans la nuit du 8 au 9.

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La photo provient du blog http://mesphotosetvous.wordpress.com, avec l’aimable autorisation de leur auteur.

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29 réflexions sur “La proie

  1. Quand j’étais sur les bancs de l’école les profs disaient de moi que je venais au cours en touriste fatiguée lol!!! Suis un peu comme toi, quand je commence une histoire, je ne sais jamais où elle va me mener, mais j’essaye toujours dans la mesure du possible de la tourner en dérision.
    Ton histoire est bien agréable à la lecture, j’aime le ton de tes écrits.
    je te souhaite un doux week-end!!!
    Domi.

  2. Belle histoire. J’aurais aimé participer à ce genre de cours – une matière fascinante, je n’ai jamais étudié. Et ce clin d’oeil à un récit précédent… j’adore!

  3. Bonsoir,
    On est vite dans le bain, un regard différent fait souvent bien progresser la solution à l’intrigue.
    Elle ouvre quand cette « classe » de criminologie.
    Bonne soirée
    @mitié

  4. Et bien, si les étudiants en criminologie se mettent à tuer, il n’y aura bientôt plus d’enquêtes faute d’enquêteurs. 😆 J’espère que tu vas continuer cette histoire qui s’annonce fort intéressante. 😀

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