Errements – Une nouvelle en 3 parties – Premier épisode

Lorsque je m’éveillai ce matin-là, j’avais un goût amer dans la bouche, la langue pâteuse et un mal de crâne atroce.

La veille au soir, j’étais allé au pub avec mes amis pour fêter mon enterrement de vie de garçon. Nous avions beaucoup bu et fumé. Je me souviens vaguement d’une bagarre qui avait éclaté lorsqu’une bande de Hells Angels s’était pointée. Alertés par les pétarades de leurs motos rutilantes, quelques habitués étaient sortis pour leur demander de déguerpir. Bien mal leur en prit. Les motards les encerclèrent en faisant patiner les roues de leurs engins de mort, dans un nuage de poussière malodorant. La vision de ces hommes, vêtus de tenues de cuir râpé, portant, malgré l’heure tardive,  des Ray Ban qui les faisait ressembler à de grosses mouches bleues, n’avait rien de rassurant. Un grand gaillard, boucle argentée à l’oreille droite et bandana vissé sur le crâne, paraissait le plus menaçant de tous. Probablement le chef du gang. Lorsqu’il descendit de sa moto et se dirigea droit sur moi, je fus pris d’un spasme incontrôlable et vomis sur ses bottes déjà pas très reluisantes. J’eus à peine le temps d’entendre crier :

– Luc, attention !

 Je perçus un choc sourd et m’affalai face contre terre.

Je n’avais aucun autre souvenir de cette mémorable soirée. J’ignore qui m’avait ramené chez moi. J’émergeais lentement de cet état cotonneux qui précède le choc du réveil après une bonne cuite et réalisai soudain que je devais retrouver Cécile au Clam’s pour déjeuner. Il fallait absolument que je reprenne figure humaine car il était hors de question qu’elle me voie dans cet état-là. Je parvins péniblement à m’asseoir sur le lit et cherchai l’interrupteur de la lampe de chevet à tâtons. Impossible de le trouver. La lumière filtrait à travers les jalousies et mes yeux tentaient de s’accommoder de ce faible éclairage. C’était étrange, je n’avais jusqu’à présent jamais remarqué ces rais de lumière au travers des volets. Il fallait que je sois bien peu observateur. Je me levai et me dirigeai vers la fenêtre lorsque je me cognai violemment le pied à un meuble ou un objet qui n’aurait pas dû se trouver là. La douleur fulgurante me coupa le souffle et je terminai en clopinant en direction de la faible lueur. C’est à ce moment-là que tout bascula.

Subitement, la pièce fut inondée de lumière. Elle provenait d’une ampoule nue suspendue au plafond, une ampoule que je n’avais jamais vue auparavant, pas plus que la chambre dans laquelle je me trouvais. L’évidence était là : je n’étais pas chez moi. Un ami avait dû m’emmener chez lui après que je me sois fait tabasser. Mais lequel ? La pièce, de dimensions modestes, était vétuste et paraissait n’avoir plus servi depuis de longues années. Les murs étaient recouverts d’un papier peint fleuri désuet, fané par le temps. A la tête du lit, étroit et de facture ancienne, avait été accroché un tableau qui représentait une figure religieuse. Mais, plus étonnant encore, le sol était jonché de paille.

L’aspect rudimentaire et spartiate du mobilier m’évoquait une vieille ferme abandonnée ou, pire, la cellule d’un moine dans un couvent au fin fond de nulle part. A présent, j’avais le sentiment que l’ampoule ne brillait plus aussi intensément car la lumière s’était atténuée.

Je commençais à en avoir assez de cette atmosphère vieillotte et confinée. J’avais besoin d’air et vite ! Je fus stupéfait de constater qu’il était impossible d’ouvrir la fenêtre. Elle n’était munie d’aucune poignée et avait été condamnée. Ce que j’avais pris pour des jalousies n’étaient autres que des planches de bois, clouées du côté extérieur pour en fermer l’accès.

Mes tentatives furent interrompues par un grésillement suivi de trois brefs cliquetis. Je me retournai non sans une certaine appréhension. Etait-il possible que ces lieux soient infestés de je ne sais quelle malfaisante bestiole ? Si tel était le cas, il devait s’agir d’un insecte monstrueux, idée qui me répugnait au point de me hérisser le poil. Je baissai instinctivement les yeux vers mes pieds nus  enfoncés dans la paille, mais ne distinguai pas le moindre mouvement. Je me mis à piétiner vigoureusement, pour me débarrasser de cette horrible sensation d’intrusion, lorsque  le bruit se fit à nouveau entendre. La bouche sèche et le cœur battant la chamade, je fis volte face.

Lire le 2ème épisode

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Photos monolithe Urbex, avec l’aimable autorisation de leur auteur.

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5 réflexions sur “Errements – Une nouvelle en 3 parties – Premier épisode

  1. Premier épisode prometteur. Il est courageux, ce personnage – rester quand les Hells s’ammènent et vomir sur leurs bottes… Et il demeure zen malgré son idée d’insectes dans la paille : pour ma part, j’aurais bondit sur le lit, tant j’ai ces bestioles en horreur! J’attendrai la suite 🙂

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