Les tambours de Calanda (Los tambores de Calanda) – Petit défi littéraire

Voici ma participation au défi
«  LES PLUMES, thème n°1″ lancé par Asphodèle
sur le blog « Les lectures d’Asphodèle » .

Le défi : écrire un petit texte dans lequel les mots suivants doivent obligatoirement figurer (avec possibilité d’en retirer un).

Le thème proposé est le mot cortège.

………………………………………………………………………………………………….

funèbre – larme – ribambelle – cheminement – fleur – manifester – foule – costumes – rose (couleur ou fleur) – atmosphère – succession – carnaval – piquer – bleuté – attelage – embaumer – ancolie – cérémonie – tête – défiler – abattre – admirable – acclamation

………………………………………………………………………………………………….

Les tambours de Calanda

Quelque part dans le nord de l’Espagne est une région aride où la végétation peine à s’imposer. Seules quelques rares fleurs de genévriers et de thym embaument cette terre de désolation aux allures de steppe. Dans ce territoire quasi désertique, les ravins succèdent aux reliefs rocheux sur lesquels même les ancolies ne parviennent pas à pousser. Cette région est l’une des provinces les plus pauvres du pays : l’Aragon. Pourtant,  le village de Calanda, avec un peu plus de 3800 habitants, accueille pendant la semaine sainte un nombre impressionnant de touristes venus de toutes parts assister à une coutume ancestrale.

Tous les ans, à Pâques, la foule attend sur la Plaza Mayor  le début des festivités. Les joues roses, piquées par un froid vif, ils restent là, silencieux, dans cette atmosphère de recueillement qui précède  le premier coup de tambour. Ce premier coup retentit tel un signal qui entraîne après lui une succession de roulements en provenance de centaines d’autres instruments, tambours et bombos mêlés. Le bruit enfle pour devenir très vite assourdissant, dans un rythme syncopé. Les participants, des autochtones pour la plupart, sont vêtus de singuliers costumes de couleur violette ou bleutée. Leur tenue, à l’aspect quelque peu funèbre, est complétée d’une coiffe qui rappelle le némès des pharaons de l’Egypte antique.

Les musiciens improvisés pour l’occasion s’égayent ensuite en une ribambelle de groupes qui parcourent les rues du village. Vingt quatre heures durant, il est impossible d’échapper à leur bruyant cheminement, pas même la nuit. La fête se poursuit inlassablement. La rencontre de deux groupes aboutit immanquablement à une confrontation. Elle est prétexte à un duel de percussions, où chacun tente d’imposer son rythme à l’autre, en jouant de plus en plus fort jusqu’à absorption de l’équipe adverse.

Le lendemain, le public se presse pour assister à la traditionnelle procession avec son cortège de saints qui n’a rien d’un défilé de carnaval. Malgré un apparent modernisme, le peuple espagnol est resté très traditionnaliste dès qu’il s’agit de religion. Les acclamations du public ne sont pas bienvenues et il n’est pas de bon ton de manifester sa joie pendant cette cérémonie. Le plus impressionnant est sans conteste la vision des pleureuses, toutes de noir vêtues, défilant pied-nus, les chevilles entravées de chaînes. La tête entièrement recouverte d’un voile noir, elles paraissent si abattues et si malheureuses que l’on ne manque pas de  s’interroger : leurs larmes traduisent-elles leur émotion ou sont-elles feintes ? En quoi le fait de montrer sa souffrance serait-il admirable et est-il une absolue nécessité ?

En dépit d’une dévotion particulièrement démonstrative, il est à noter que, tout au long des festivités,  les cafés ne désemplissent pas. Les beuveries vont bon train et personne ne semble s’en offusquer.

La fête s’achève le samedi. Une année durant, les tambours vont définitivement se taire, jusqu’à l’année suivante.

………………………………………………………………………………………………….

Les coulisses

Cette fois-ci, il ne s’agit pas d’une histoire mais plutôt d’un mini reportage. Le mot « cortège » m’a rappelé ces processions qui m’ont toujours impressionnée, plutôt négativement car elles évoquent immanquablement à mes yeux l’Inquisition ou le Ku Klux Klan tant par les costumes revêtus que par l’austérité qui se dégage de ces défilés. En revanche, la fête des tambours de Calanda est une expérience extraordinaire. Voir et surtout entendre ces centaines de tambours et bombos m’avait paru absolument unique, d’autant plus lorsqu’on a la possibilité de se faire prêter un instrument et de participer activement à la fête.

J’ai fait le choix de mettre des photos personnelles (retrouvées dans la maison de mes parents), même si la qualité n’est pas au rendez-vous, pour plus d’authenticité. Elles ont été prises en 1973 avec un appareil « Kodak Instamatic » qui devait être à l’époque l’appareil photo bas de gamme par excellence. Cet appareil ne nécessitait aucun réglage préalable, pas même de mise au point.

Pour en savoir plus :

http://www.ina.fr/sciences-et-techniques/sciences-humaines/video/CPC90010172/espagne-les-tambours-de-calanda.fr.html

Publicités

30 réflexions sur “Les tambours de Calanda (Los tambores de Calanda) – Petit défi littéraire

  1. Ma connaissance de l’Espagne est plus que limitée, merci pour cette découverte.
    Les processions évoquent plutôt pour moi les Charitons, confrérie encore vivaces il y a une vingtaine d’années.

  2. Beau texte, mini-reportage très intéressant – surtout que j’ignorais tout de cette coutûme, qui peut laisser perplexe, surtout en Occident au 21e siècle. Et la description, au début… Très réussie: elle m’a donné envie de voir ce paysage désertique. Merci pour cette lecture à la fois imagée et informative 🙂

Laisser un commentaire...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s