Je m’appelle Tommy

Une photo, une histoire…

Quand j’ai découvert cette photo, j’ai eu envie d’écrire une histoire courte, sans trop savoir où cet exercice allait me mener.

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Je m’appelle Tommy. J’ai 38 ans. J’ai rencontré Isabelle en cette fin d’année 2002, quelques jours avant Noël. A l’époque, elle était impatiente de quitter le bureau pour venir me retrouver. Elle me ramenait souvent de petits cadeaux, attentions qui me touchaient profondément, comme ce joli pull de laine vierge de couleur caramel que je ne quittais plus, tant l’hiver avait été rude cette année là.  Le soir, nous dînions en tête à tête, et goûtions les mets raffinés qu’elle concoctait pour mon plus grand bonheur. Le souvenir de son bœuf bourguignon, recette qu’elle tenait de sa grand-mère maternelle, m’émeut encore au plus haut point.

Le dimanche, nous partions nous aérer à la campagne. L’automne, avec ses couleurs flamboyantes, était notre saison préférée. Le craquement des feuilles sous nos pas, les rayons du soleil couchant filtrant  dans les sous-bois nous emplissaient de bonheur. Elle emportait toujours son appareil photo et ramenait de nombreux souvenirs de nos escapades. Parmi ces clichés figuraient de nombreux portraits qu’elle faisait de moi. Ne vous moquez pas, mais je crois bien qu’elle était obsédée par ma petite personne. Portrait en pied, gros plan, peu importait le style. J’étais sans aucun doute son modèle favori et cela me ravissait.

Un soir, à l’occasion d’un dîner chez des amis, Isabelle fut présentée à Paul, un galeriste qui avait pignon sur rue dans le quartier très prisé du quai Choiseul. Intrigué par cette femme à la personnalité singulière, il lui proposa d’apporter quelques unes de ses œuvres afin d’organiser une exposition à la galerie.

C’est alors que tout bascula. Ma vie prit un virage à 180 degrés.

Isabelle rentrait de plus en plus tard. Pas un mot, pas une explication. De mon côté, je ne demandais rien, n’exigeais aucune attention de sa part, mais tous les soirs, je l’attendais impatiemment, je guettais le moment où j’entendrais le bruit métallique de la clé dans la serrure, preuve qu’elle tenait encore un peu à moi. Je ne comprenais pas ce revirement. Avais-je fait quelque chose de mal ? Où passait-elle ses soirées et avec qui ?  Probablement avec ce Paul, dont elle ne prononçait jamais le nom. La plupart du temps, je finissais par prendre mon repas tout seul, tandis qu’elle filait se coucher. Il était bien loin le temps où elle se pelotonnait contre moi dans les draps glacés lorsqu’il faisait froid.

Aujourd’hui je suis heureux, car pour la première fois depuis longtemps, nous allons faire un tour en ville ensemble, rien que nous deux, comme avant. Isabelle veut faire quelques emplettes, car les fêtes de Noël approchent. En sortant du parking souterrain,  je suis saisi par la magie de cet instant : la place est illuminée sous les guirlandes scintillantes. Les chevaux de bois du grand manège virevoltent au son d’une musique joyeuse et je perçois les effluves des marrons chauds. Tout est exactement comme cette première fois, il y a six ans. Tout me semble possible, tout peut recommencer comme avant, je le sens.  C’est alors que la jeune femme me tire violemment de mes rêveries :

– Toi, tu restes là et tu m’attends !

La petite aiguille, sur l’horloge accrochée à la façade de la mairie, a déjà fait plusieurs fois le tour du cadran. Isabelle n’est toujours pas revenue et moi je suis toujours là, attaché à cette borne, attendant encore et encore.

Allez savoir pourquoi, un passant m’a pris en photo. Moi, Tommy, 38 ans  d’une vie de chien, un peu plus de 6 années pour vous,  humains.

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14 réflexions sur “Je m’appelle Tommy

  1. j’adore, j’ai été prise au piège, pourtant j’ai vu la photo du toutou accrocher à sa borne, mais je croyais et j’imaginais un homme, galant, attentionné, bien que les rôles étaient inversés ! Ben zut alors !

      • Je suis certaine que tu t’en tirerais très bien avec l’écriture d’un roman! Mais je pense qu’avant tout, on se sent à l’aise avec un style. J’ai écrit des poèmes à l’adolescence, mais le style m’intimide. Je suis capable d’écrire des nouvelles, cependant je me sens à l’étroit, mes idées mettent de la pression sur les parois du peu de mots, si je puis dire. Ce n’est que dans le roman, malgré le travail effectivement titanesque, que j’ai pu respirer. 🙂

  2. Alors… puis-je vous dire…vous savez écrire… n’en doutez point ! Ne doutez jamais de vous ! Surtout ne laissez personne vous dire le contraire. L’écriture est très personnelle, le style, etc… alors laissez-vous simplement aller…

    Belle journée

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